Le Policier (Ha-shoter)

Rédigé par Reine

Le Policier
film de Nadav Lapid, 2012
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Dans Le Policier le cinéaste Nadav Lapid, auteur depuis de L’Institutrice, aborde les conflits qui traversent la société israélienne sous un angle nouveau : Israël ne souffre pas seulement de sa guerre avec les Palestiniens, mais aussi d’une injustice sociale grandissante qui déconstruit les vieux idéaux des pionniers kibboutznikim.
Avec une distance souvent glaciale et caustique, cette fable évolue en trois temps.
La première partie met en scène une brigade de « superflics » anti-terroristes et en particulier son chef Yaron qui se prépare (et prépare méticuleusement, en le massant, le corps de sa femme) à être père.

Un évènement qui le déstabilise dans son monde hyper viril, bardé de certitudes nationalistes. Le cinéaste s’attarde ironiquement sur ces hommes hyper musclés, machistes, fanatiques de leur Terre, prêts à sacrifier le plus faible d’entre eux, atteint d’un cancer incurable, en lui faisant porter la responsabilité d’une bavure antérieure contre des Palestiniens et éviter ainsi une sanction collective.
La seconde partie, amenée par une scène où des Punks, en bande eux aussi, vandalisent une voiture garée dans une rue, suit un autre groupe composé de cinq jeunes bourgeois israéliens révolutionnaires, héritiers lointains des Brigades rouges ou de la Bande à Baader, qui, sous la houlette d’un chef charismatique mais sujet aux évanouissements, projette d’entailler l’injustice sociale en enlevant deux patrons richissimes lors du mariage de leurs enfants.
Dans la dernière partie, la prise d’otages absurde et tragique confronte, dans une mise en scène virtuose, les deux groupes, policiers et révolutionnaires, qui se ressemblent plus qu’on ne pourrait s’y attendre : de la même génération, ils éprouvent la même fascination pour les armes et la violence, un même amour narcissique de ce qu’ils sont.

Cette fable, tournée au plus près des corps dans des cadrages abrupts et un montage sec, renvoie à la métaphore implacable des maux qui rongent la société israélienne : laissant en arrière-plan, sans l’escamoter totalement, le conflit avec les Palestiniens, elle montre un organisme gangrené (la tumeur) et boursouflé (les muscles énormes, le ventre de la femme enceinte, l’obésité d’un des patrons) de l’intérieur, une société qui promeut l’ultralibéralisme et met à mal les plus pauvres et les plus fragiles, en appliquant la loi du plus fort.
Même s’il peut paraître démonstratif, surtout dans la seconde partie, ce film très maîtrisé sur le plan idéologique comme sur le plan cinématographique, rappelle à l’ordre non seulement la société israélienne mais plus généralement toutes les sociétés démocratiques brisées par une fracture sociale galopante. Il fait écho aux mouvements des Indignés. Sa radicalité lui a valu de nombreuses controverses en Israël (il a échappé de peu à la censure) mais aussi un Prix spécial du Jury au festival de Locarno. Il ne se joue plus dans les cinémas français mais existe en DVD et donne très envie d’aller voir L’Institutrice

Le Policier de Nadav Lapid DVD (Editions Carlotta).

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