{"id":1259,"date":"2018-06-13T18:39:33","date_gmt":"2018-06-13T17:39:33","guid":{"rendered":"http:\/\/maclarema.fr\/blog\/?p=1259"},"modified":"2018-06-13T18:39:33","modified_gmt":"2018-06-13T17:39:33","slug":"foxtrot-film-de-samuel-maoz-2017-encore-en-salles","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/foxtrot-film-de-samuel-maoz-2017-encore-en-salles\/","title":{"rendered":"FOXTROT : film de Samuel Maoz, 2017 (encore en salles)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Lion d&rsquo;argent \u00e0 la Mostra de Venise en 2017<\/strong><br \/>\n<strong>R\u00e9compens\u00e9 par 8 ophirs (=c\u00e9sars) en Isra\u00ebl.\u00a0\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/06\/3973987.jpg-c_215_290_x-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-1285 alignleft\" src=\"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/06\/3973987.jpg-c_215_290_x-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg\" alt=\"\" width=\"215\" height=\"290\" \/><\/a><strong>Dafna et Michael Feldman<\/strong>, \u00ab\u00a0bobos\u00a0\u00bb cinquantenaires vivant dans un appartement design, froid et tr\u00e8s chic de Tel-Aviv, apprennent la mort, au cours de son service militaire, de leur fils Yonatan (19 ans), par des soldats qui font, au vrai sens du terme, \u00ab\u00a0irruption\u00a0\u00bb chez eux. Evanouissement de la m\u00e8re aussit\u00f4t mise sous calmants et rel\u00e9gu\u00e9e dans sa chambre. Rage du p\u00e8re qui s&rsquo;en prend \u00e0 son chien et aux soldats parce qu&rsquo;ils refusent de lui laisser voir le corps de son fils et donnent des ordres absurdes comme boire un verre d&rsquo;eau toutes les heures. Un coup de th\u00e9\u00e2tre cl\u00f4t cette premi\u00e8re partie : les soldats reviennent pour annoncer que finalement Yonatan est en vie.<br \/>\n<strong>Une seconde partie<\/strong> nous entra\u00eene dans le d\u00e9sert. Quatre soldats dont Yonatan gardent un check-point isol\u00e9 et v\u00e9tuste que traverseront de jour un chameau errant et de nuit trois voitures. Les soldats qui semblent abandonn\u00e9s \u00e0 leur sort mangent et dorment dans une cabane qui penche et s&rsquo;enfonce progressivement dans la boue. Ils trompent leur ennui, l&rsquo;un en \u00e9coutant de la musique ou des extraits de films gr\u00e2ce \u00e0 une radio militaire reconvertie, un autre en dansant,\u00a0 Yonatan en dessinant dans un carnet. Les passagers des trois voitures sont vraiment contr\u00f4l\u00e9s (\u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;un ordinateur) : on assiste \u00e0 une progression dans les intimidations. Les premiers passent la barri\u00e8re sans probl\u00e8mes, les seconds sont humili\u00e9s sous la pluie, les derniers seront victimes d&rsquo;une bavure perp\u00e9tr\u00e9e par Yonatan.<br \/>\n<strong>La derni\u00e8re partie<\/strong> nous replonge dans l&rsquo;appartement du d\u00e9but, quelques mois apr\u00e8s. Dafna termine un g\u00e2teau d&rsquo;anniversaire pour son fils r\u00e9ellement mort cette fois, et s&rsquo;entretient dans la cuisine avec Michael, dont elle s&rsquo;est s\u00e9par\u00e9e, au milieu des larmes puis des rires, sous l&rsquo;oeil perspicace de leur fille. <strong>L&rsquo;\u00e9pilogue<\/strong>, en forme de second coup de th\u00e9\u00e2tre, montre les circonstances de la mort de Yonatan.<!--more--><\/p>\n<p>Si le film reprend le canevas et la dramaturgie d&rsquo;une trag\u00e9die grecque- en trois actes et \u00e9pilogue- avec transmission de culpabilit\u00e9 du p\u00e8re au fils, il n&rsquo;en exclut pas pour autant d&rsquo;autres registres qui se superposent\u00a0 : \u00e0 la trag\u00e9die glac\u00e9e mais aussi grin\u00e7ante du d\u00e9but succ\u00e8de une com\u00e9die burlesque (la cabane qui penche, le chameau qui passe), grotesque ( la mission absurde des quatre soldats, le discours du chef d&rsquo;\u00e9tat-major), surr\u00e9aliste ( le camion \u00e0 glaces rouill\u00e9- avec pin-up dessin\u00e9e dessus- pr\u00e8s de la barri\u00e8re, l&rsquo;eau stagnante de la pluie dans un d\u00e9sert de nulle part, la barri\u00e8re totalement inutile). Dans la derni\u00e8re partie le m\u00e9lodrame et dans l&rsquo;\u00e9pilogue l&rsquo;absurde ont remplac\u00e9 le drame.<br \/>\n<strong>La seconde partie<\/strong> est de loin la plus int\u00e9ressante avec ses couleurs satur\u00e9es et presque \u00ab\u00a0rouill\u00e9es\u00a0\u00bb comme les bo\u00eetes de conserve que mangent les soldats, avec ses gros plans signifiants (la bo\u00eete qui roule, le soldat dans sa \u00ab\u00a0citerne\u00a0\u00bb, les fiches d&rsquo;ordinateur). Elle convoque Beckett (qu&rsquo;attendent ces soldats de \u00ab\u00a0fin de partie\u00a0\u00bb, isol\u00e9s du monde?), Kafka (quelle culpabilit\u00e9 transg\u00e9n\u00e9rationnelle Yonatan exorcise-t-il en dessinant sans rel\u00e2che?), <em>le rivage des Syrtes<\/em> de Gracq (ce d\u00e9sert quasi m\u00e9taphysique sans ennemis, o\u00f9 le temps s&rsquo;\u00e9tire). Mais reli\u00e9e au reste du film elle se teinte aussi d&rsquo;une allusion forte \u00e0 la Shoah et d&rsquo;une r\u00e9flexion sur la politique militaire actuelle d&rsquo;Isra\u00ebl. Le titre, <em>Foxtrot<\/em>, qui d\u00e9signe \u00e0 la fois une danse o\u00f9 l&rsquo;on revient toujours au point de d\u00e9part, et une lettre de code militaire, permet de relier les trois parties : deux sc\u00e8nes \u00e9tonnantes montrent dans une maison de retraite des personnes \u00e2g\u00e9es (dont l&rsquo;une porte un pyjama ray\u00e9!) danser un foxtrot puis un dialogue peu am\u00e8ne entre Michael et sa m\u00e8re, atteinte de pertes de m\u00e9moire, qui ne s&rsquo;exprime qu&rsquo;en allemand (langue des anciens oppresseurs) et confond Michael avec son autre fils. Nous apprendrons plus tard l&rsquo;origine de ce manque d&rsquo;amour de la m\u00e8re, une histoire de Bible \u00e9chang\u00e9e par Michael \u00e0 10 ans contre un magazine pornographique, faute originelle d\u00e9voy\u00e9e et grotesque. Le foxtrot est ensuite repris par un des soldats comme lettre de code et par un autre qui le danse, son fusil comme une femme dans ses bras, clin d&rsquo;oeil sans doute au tr\u00e8s beau <em>Valse avec Bachir<\/em> d&rsquo;Ari Folman (<a href=\"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/valse-avec-bachir\/\">voir article de maclarema)<\/a>. Il sera redans\u00e9 ensuite par Michael \u00e0 la fin du film. Cette danse \u00e9voque-t-elle une soci\u00e9t\u00e9 qui tourne en rond? Amn\u00e9sique comme la m\u00e8re? Coupable (d&rsquo;Occupation absurde) comme le p\u00e8re, dont une faute de jeunesse commise lors d&rsquo;une manoeuvre militaire est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e et documente en profondeur la fausse puis la vraie mort de son fils? Les non-dits pernicieux et mortif\u00e8res de cette famille semblent renvoyer \u00e0 la culpabilit\u00e9 de tout un pays enfouie sous la terre par un bulldozer rouge dans une sc\u00e8ne proprement hallucinante.<br \/>\nSamuel Maoz livre ici un film aussi fort que son r\u00e9cit autobiographique <em>Lebanon<\/em> (2009) (<a href=\"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/lebanon-film\/\">voir l&rsquo;article de maclarema)<\/a>. Avec force et d\u00e9rision il tend \u00e0 son pays un miroir peu gratifiant o\u00f9 la trag\u00e9die de l&rsquo;Occupation risque d&rsquo;engloutir Isra\u00e9liens et Palestiniens. Point de vue d\u00e9cri\u00e9 par les deux camps. Quand Miri Regev, ministre isra\u00e9lienne de la culture, lui a reproch\u00e9 de \u00ab\u00a0salir l&rsquo;arm\u00e9e\u00a0\u00bb et a voulu faire interdire le film au Festival isra\u00e9lien de Paris, d&rsquo;autres lui en ont voulu d&rsquo;insister sur la douleur c\u00f4t\u00e9 isra\u00e9lien et de r\u00e9duire les Palestiniens \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de silhouettes.<br \/>\nJ&rsquo;ai beaucoup aim\u00e9 ce film malgr\u00e9 une technique un peu envahissante et sophistiqu\u00e9e dans la premi\u00e8re partie. La seconde partie est une \u00e9pure po\u00e9tique et politique , un chef-d&rsquo;oeuvre de cin\u00e9ma. Ces personnages (et ce pays) qui \u00ab\u00a0fuient l&rsquo;annonce\u00a0\u00bb, comme l&rsquo;\u00e9crirait David Grossman, et d\u00e9nient les r\u00e9alit\u00e9s, ne font que retarder le moment de v\u00e9rit\u00e9. L&rsquo;appartement, si graphique et hygi\u00e9nique du d\u00e9but s&rsquo;est transform\u00e9 en espace chaotique o\u00f9 les tableaux penchent sur les murs, o\u00f9 une m\u00e8re enfonce ses mains dans le g\u00e2teau d&rsquo;anniversaire de son fils mort, o\u00f9 le rire ne peut venir que de la prise de cannabis. La fin des id\u00e9aux sionistes fondateurs de l&rsquo;Etat?<\/p>\n<p><strong>NOTES<\/strong><\/p>\n<p><strong>foxtrot<\/strong> : (pas de renard) danse de salon sur musique de ragtime des ann\u00e9es 1920-1950;<br \/>\nlettre F de l&rsquo;alphabet radio militaire international<\/p>\n<p><strong>David Grossman<\/strong> : <a href=\"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/une-femme-fuyant-lannonce\/\"><em>une Femme fuyant l&rsquo;annonce<\/em>,<\/a> roman<\/p>\n<p><strong>Ari Folman<\/strong> : <a href=\"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/valse-avec-bachir\/\"><em>Valse avec Bachir<\/em><\/a>, film<\/p>\n<p><em>Foxtrot<\/em> en salles \u00e0 Paris, banlieues et province.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lion d&rsquo;argent \u00e0 la Mostra de Venise en 2017 R\u00e9compens\u00e9 par 8 ophirs (=c\u00e9sars) en Isra\u00ebl.\u00a0\u00a0 Dafna et Michael Feldman, \u00ab\u00a0bobos\u00a0\u00bb cinquantenaires vivant dans un appartement design, froid et tr\u00e8s chic de Tel-Aviv, apprennent la mort, au cours de son &hellip; <a href=\"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/foxtrot-film-de-samuel-maoz-2017-encore-en-salles\/\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[13,8,19],"class_list":["post-1259","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-israel-palestine","tag-colonisation","tag-film","tag-shoah"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1259","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1259"}],"version-history":[{"count":34,"href":"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1259\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1298,"href":"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1259\/revisions\/1298"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1259"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1259"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1259"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}