{"id":168,"date":"2015-12-03T18:32:43","date_gmt":"2015-12-03T17:32:43","guid":{"rendered":"http:\/\/maclarema.fr\/blog\/?p=168"},"modified":"2015-12-09T11:51:27","modified_gmt":"2015-12-09T10:51:27","slug":"le-fils-de-saul-de-laszlo-nemes-2015","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/le-fils-de-saul-de-laszlo-nemes-2015\/","title":{"rendered":"Le Fils de Saul, de Laszlo Nemes (2015)"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/affiche-le-fils-de-saul-500x667.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-180 alignright\" src=\"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/affiche-le-fils-de-saul-500x667-225x300.jpg\" alt=\"affiche-le-fils-de-saul-500x667\" width=\"225\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/affiche-le-fils-de-saul-500x667-225x300.jpg 225w, https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/affiche-le-fils-de-saul-500x667.jpg 500w\" sizes=\"auto, (max-width: 225px) 100vw, 225px\" \/><\/a>R\u00e9dig\u00e9 par Reine.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai beaucoup h\u00e9sit\u00e9 avant d&rsquo;aller voir ce film. Par crainte sans doute et d&rsquo;\u00eatre rattrap\u00e9e\u00a0par l&rsquo;angoisse provoqu\u00e9e par l&rsquo;histoire de ma famille, et de retomber dans ce vieux d\u00e9bat qui a jalonn\u00e9 par le pass\u00e9 les films qui traitaient de la Shoah, comme <em>Kapo<\/em> de Gilles Pontecorvo (avec ce fameux travelling tant d\u00e9cri\u00e9 par Jacques Rivette,\u00a01961), <em>Portier de nuit<\/em> de Liliana Cavani (1974 \u00a0), <em>La Liste de Schindler<\/em> de Steven Spielberg (avec une\u00a0contre-plong\u00e9e sur la douche tr\u00e8s critiqu\u00e9e, 1993), <em>La Vie est belle<\/em> de Roberto Benigni (1997), <em>La Tr\u00eave<\/em> de Francesco Rosi, d&rsquo;apr\u00e8s un livre de Primo Levi (1997), ou plus r\u00e9cemment <em>La Rafle<\/em> de Rose Bosch (2010). Comment filmer l&rsquo;inmontrable, l&rsquo;irrepr\u00e9sentable, l&rsquo;indicible sans trahir, sans rendre le spectateur voyeur, en introduisant de la fiction? Les voies emprunt\u00e9es par Alain Resnais dans le d\u00e9but de <em>Nuit et brouillard<\/em> (1956 ) et Claude Lanzmann dans <em>Shoah<\/em> (1985 \u00a0) ou <em>Sobibor<\/em> (2001 \u00a0) paraissaient les seules acceptables, tout dire, ne rien montrer. Malgr\u00e9 le Grand Prix re\u00e7u par Nemes \u00e0 Cannes en 2015 et des critiques souvent \u00e9logieuses (m\u00eame Claude Lanzmann, grand gardien du temple, a dit \u00ab\u00a0Je ne dirai jamais aucun\u00a0mal de ce film\u00a0\u00bb), j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 guid\u00e9e, me semble-t-il, plus par une sorte de devoir familial, un hommage \u00e0 mes grands-parents d\u00e9port\u00e9s, que par une r\u00e9elle envie.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p><strong>Le synopsis<\/strong> est simple : l&rsquo;action , qui s&rsquo;\u00e9tend sur un jour et demi, se situe dans le camp d&rsquo;Auschwitz, en ao\u00fbt\u00a01944. Un d\u00e9port\u00e9 juif hongrois, Saul Ausl\u00e4nder( l&rsquo;\u00e9tranger en allemand), Sonderkommando* depuis quelques semaines, croit reconna\u00eetre son fils dans le cadavre d&rsquo;un adolescent qui vient d&rsquo;\u00eatre gaz\u00e9. A partir de cet instant une obsession va l&rsquo;animer, le r\u00e9-humaniser :\u00a0inhumer dignement ce jeune homme et trouver un rabbin qui puisse dire le kaddish*. Cette qu\u00eate fi\u00e9vreuse croisera\u00a0deux autres \u00e9v\u00e9nements (ce qui peut para\u00eetre beaucoup dans un temps si resserr\u00e9) : la prise des 4 seules photos* de l&rsquo;extermination par Alex, autre d\u00e9port\u00e9, et un soul\u00e8vement pr\u00e9par\u00e9 par des\u00a0d\u00e9port\u00e9s du m\u00eame bloc.<\/p>\n<p><strong>La technique cin\u00e9matographique<\/strong> employ\u00e9e fait corps avec le sujet. Le format du film est \u00e9troit, la cam\u00e9ra port\u00e9e \u00ab\u00a0\u00e0 l&rsquo;\u00e9paule\u00a0\u00bb suit pas \u00e0 pas Saul, soit de dos (on pourrait dire de \u00ab\u00a0nuque\u00a0\u00bb), soit de face. Le personnage est de tous les plans, \u00a0toujours en mouvement mais visage impassible, sans affect, les arri\u00e8re-plans sont le plus souvent flous, la bande-son est tr\u00e8s pr\u00e9sente, compos\u00e9e de hurlements, d&rsquo;aboiements de chiens et d&rsquo;hommes; le hongrois, l&rsquo;allemand et le yiddish se superposent et se cognent, le bruit et la vision des pellet\u00e9es de charbon, du feu et des cendres rend palpable la dimension industrielle du g\u00e9nocide*.<\/p>\n<p>La recherche\u00a0compliqu\u00e9e et tr\u00e8s risqu\u00e9e de Saul est mise en parall\u00e8le avec des arriv\u00e9es de plus en plus massives de Hongrois*, la machine \u00e0 tuer tourne \u00e0 plein r\u00e9gime, Saul et ses compagnons d&rsquo;enfer \u00ab\u00a0travaillent\u00a0\u00bbsans plus s&rsquo;arr\u00eater.<\/p>\n<p><strong>Les plans de la fin<\/strong> am\u00e8nent une sorte de r\u00e9pit provisoire, de purification par l&rsquo;eau \u00a0(le corps du \u00ab\u00a0fils\u00a0\u00bb recouvert d&rsquo;un linceul \u00e9chappe \u00e0 Saul et est entra\u00een\u00e9 par le courant). La for\u00eat de bouleaux, d\u00e9gag\u00e9e des fum\u00e9es de cendre, para\u00eet prot\u00e9ger les d\u00e9port\u00e9s en fuite qui seront vite rattrap\u00e9s par les nazis.<\/p>\n<p>Ce film s&rsquo;est inspir\u00e9 des t\u00e9moignages de Sonderkommandos d&rsquo;Auschwitz, publi\u00e9s sous le titre <em>Des Voix sous la cendre<\/em>. Il est \u00e0 la fois <strong>tr\u00e8s r\u00e9aliste<\/strong> (rien n&rsquo;est cach\u00e9 des op\u00e9rations de nettoyage qui suivent le passage dans la chambre \u00e0 gaz, des rapports de violence \u00e0 tous les niveaux, de l&rsquo;arbitraire et de l&rsquo;al\u00e9atoire) et <strong>en m\u00eame temps est\u00a0une<\/strong> <strong>parabole<\/strong> : ce fils que Saul s&rsquo;invente et qu&rsquo;il veut soustraire aux flammes pour l&rsquo;enterrer religieusement permet de redonner un sens \u00e0 ce qui n&rsquo;en a aucun, dans cette catastrophe absolue de l&rsquo;Histoire\u00a0de l&rsquo;humanit\u00e9. Le cin\u00e9aste, dont c&rsquo;est \u00e0 38 ans le premier long-m\u00e9trage, \u00e0 travers Saul , interpr\u00e9t\u00e9 a minima et tr\u00e8s justement par le po\u00e8te hongrois G\u00e9za R\u00f6hrig, nous fait \u00ab\u00a0vivre\u00a0\u00bbun chemin \u00e9prouvant, implacable qui n&#8217;emprunte plus la voie historique et intellectuelle de Lanzmann mais une <strong>voie fictionnelle et sensorielle.<\/strong> Au moment o\u00f9 les derniers t\u00e9moins de cette trag\u00e9die disparaissent, une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration d&rsquo;artistes s&rsquo;approprie autrement cette p\u00e9riode jusqu&rsquo;ici sanctuaris\u00e9e. M\u00eame si l&rsquo;on peut reprocher \u00e0 Laszlo Nemes un certain mani\u00e9risme esth\u00e9tique qui peut agacer, il n&rsquo;en reste pas moins que c&rsquo;est un film prenant , marquant et qui fera date dans la longue cohorte des oeuvres traitant de la Shoah.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Notes<\/strong><\/p>\n<p><strong>Sonderkommando :\u00a0<\/strong>unit\u00e9 de d\u00e9port\u00e9s dans les camps d&rsquo;extermination, forc\u00e9s de participer au processus de la solution finale (chambres \u00e0 gaz et cr\u00e9matoires). Sur 2000 d\u00e9port\u00e9s d&rsquo;Auschwitz ayant \u00ab\u00a0travaill\u00e9\u00a0\u00bb \u00e0 ces t\u00e2ches entre\u00a01942 et\u00a01944, 10 ont surv\u00e9cu.<\/p>\n<p><strong>Kaddish<\/strong> : pri\u00e8re \u00e0\u00a0Dieu. Lors des enterrements on dit le\u00a0\u00bb kaddish des endeuill\u00e9s\u00a0\u00bb, texte de consolation pour les vivants et les morts.<\/p>\n<p><strong>Les 4 photos d&rsquo;Auschwitz<\/strong> : ont \u00e9t\u00e9 effectivement prises clandestinement en ao\u00fbt 1944 par un d\u00e9port\u00e9 juif grec.\u00a0Elles sont le seul document visuel sur l&rsquo;extermination et les fours cr\u00e9matoires. On peut les voir au M\u00e9morial de la Shoah \u00e0 Paris et dans les livres d&rsquo;histoire.<\/p>\n<p><strong>Raul Hilberg<\/strong>, historien am\u00e9ricain, a magistralement \u00e9tudi\u00e9 le caract\u00e8re industriel de la Shoah dans son essai <em>La Destruction des Juifs d&rsquo;Europe<\/em> (1961) Folio histoire.<\/p>\n<p><strong>D\u00e9portation massive des Hongrois<\/strong> : Les nazis ayant occup\u00e9 tardivement la Hongrie en mars 1944, \u00a0564 500 juifs hongrois furent extermin\u00e9s entre juin et ao\u00fbt 1944. C&rsquo;est \u00e0 ce rythme infernal que fait allusion le film.<\/p>\n<p><strong>Saul,\u00a0<\/strong>en h\u00e9breu \u00ab\u00a0d\u00e9sir\u00e9\u00a0\u00bb, est un personnage biblique du livre de Samuel, premier Roi des Isra\u00e9lites en terre d&rsquo;Isra\u00ebl. Il eut\u00a0pour t\u00e2che de lib\u00e9rer son pays des Philistins.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Le Fils de Saul,<\/em> <strong>en salles dans toute la France.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>R\u00e9dig\u00e9 par Reine. J&rsquo;ai beaucoup h\u00e9sit\u00e9 avant d&rsquo;aller voir ce film. 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