{"id":1785,"date":"2020-01-14T10:37:24","date_gmt":"2020-01-14T09:37:24","guid":{"rendered":"http:\/\/maclarema.fr\/blog\/?p=1785"},"modified":"2020-01-14T23:12:19","modified_gmt":"2020-01-14T22:12:19","slug":"confort","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/confort\/","title":{"rendered":"Confort"},"content":{"rendered":"<p><strong>De Marceline Loridan \u00e0 Walter Benjamin et Georges Perec.<\/strong><\/p>\n<p>Les alertes sans cesse plus pressantes des scientifiques sur la d\u00e9gradation que l&rsquo;exploitation forcen\u00e9e de la plan\u00e8te fait peser sur le climat (1) ne cessent d&rsquo;interroger nos modes de vie. Le formidable d\u00e9veloppement industriel et technologique permet \u00e0 une part croissante des humains de vivre dans un confort (2) mat\u00e9riel sans pr\u00e9c\u00e9dent. <a href=\"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/climat.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-1789 alignright\" src=\"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/climat-300x225.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"225\" srcset=\"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/climat-300x225.jpg 300w, https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/climat-768x576.jpg 768w, https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/climat-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/climat.jpg 1280w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>Mais les ressources de la terre s&rsquo;\u00e9puisent, le temps se d\u00e9t\u00e9riore, et les signes de ralentissement de l&rsquo;usage des \u00e9nergies fossiles, de la production industrielle et du gaspillage inconsid\u00e9r\u00e9 de la nourriture et des biens restent faibles.<br \/>\nSi la recherche insatiable du profit domine le processus, le d\u00e9sir, qui semble universellement r\u00e9pandu, d&rsquo;une vie agr\u00e9able associ\u00e9e \u00e0 une multitude de biens, de services et de robots, contribue pour sa part \u00e0 la surconsommation des ressources. Le confort est la marque du progr\u00e8s auquel n&rsquo;acc\u00e8de pas le sauvage, il est moderne, il distingue le bon go\u00fbt de la vulgarit\u00e9. (3).<br \/>\n<strong>Le confort est-il si b\u00e9n\u00e9fique et si n\u00e9cessaire que nous ne puissions nous en passer\u00a0?<\/strong><br \/>\nPetits d\u00e9tours pour y penser, de Marceline Loridan \u00e0 Walter Benjamin et Georges Perec&#8230; <!--more--><\/p>\n<p>Une remarque de <strong>Marceline Loridan<\/strong> surprend et d\u00e9cale les certitudes. Dans le r\u00e9cit \u00e9crit avec Judith Perrignon \u00ab<em>\u00a0Et tu n&rsquo;es pas revenu<\/em>\u00a0\u00bb , Marceline, alors Rozenberg, raconte son arrestation \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 15 ans lors d&rsquo;une rafle, sa survie \u00e0 Birkenau et sa difficile r\u00e9adaptation au monde \u00ab\u00a0normal\u00a0\u00bb.<\/p>\n<div id=\"attachment_1790\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/Loridan2010.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1790\" class=\"size-medium wp-image-1790\" src=\"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/Loridan2010-300x225.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"225\" srcset=\"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/Loridan2010-300x225.jpg 300w, https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/Loridan2010-768x576.jpg 768w, https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/Loridan2010-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/Loridan2010.jpg 1280w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1790\" class=\"wp-caption-text\">Marceline Loridan en 2010, \u00e0 une rencontre d&rsquo;anciens de l&rsquo;unef.<\/p><\/div>\n<p>Avec sa formidable vitalit\u00e9, son humour, son absence de conformisme, sa volont\u00e9 joyeuse d&rsquo;\u00e9chapper au mortif\u00e8re, elle donne \u00e0 voir la stup\u00e9faction violente et r\u00e9volt\u00e9e de l&rsquo;adolescente \u00e0 son retour des camps \u00a0: un gouffre, une alt\u00e9rit\u00e9 incompr\u00e9hensible et inconciliable, s\u00e9parent l&rsquo;horreur v\u00e9cue des situations d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 polic\u00e9e. D\u00e9barqu\u00e9e du train, elle se retrouve \u00e0 l&rsquo;h\u00f4tel parisien Lutetia, qui, apr\u00e8s avoir abrit\u00e9 les Services de renseignement allemands, est devenu centre d&rsquo;accueil des d\u00e9port\u00e9s.<br \/>\nElle raconte\u00a0:<br \/>\n\u00ab\u00a0<em>Nous dormions dans des chambres de deux ou trois, toutes par terre, au pied des lits vides couverts de draps blancs, incapables de supporter l&rsquo;accueil d&rsquo;un matelas<\/em>\u00a0\u00bb (4)<br \/>\nElle n&rsquo;en donne pas d&rsquo;explication, sinon que \u00ab\u00a0<em>notre dos \u00e9tait encore l\u00e0-bas, sur les planches de la coya<\/em>\u00a0\u00bb. Le confort est de trop.<\/p>\n<p>Ce d\u00e9tail, commun \u00e0 bien d&rsquo;autres d\u00e9port\u00e9s, force l&rsquo;interrogation. Plut\u00f4t que d&rsquo;y voir un terrible conditionnement physique, on peut y lire une r\u00e9volte du corps contre le confort d&rsquo;une vie nouvelle qui ferait oublier l&rsquo;enfer dont on sort et la solidarit\u00e9 avec ceux qui y sont rest\u00e9s. Le modeste confort du lit est-il pour les d\u00e9port\u00e9s une subtile n\u00e9gation de l&rsquo;horreur subie, une invitation doucereuse \u00e0 l&rsquo;omerta, une insulte au ventre affam\u00e9\u00a0?<br \/>\nLes temps \u00e9taient agit\u00e9s par tant de questions urgentes que celles-ci n&rsquo;ont pas appel\u00e9 de r\u00e9ponses<\/p>\n<p><strong>Walter Benjamin<\/strong>, juif lui aussi rattrap\u00e9 par le nazisme, entretient avec le confort un rapport plus ambivalent, et dans un autre registre.<\/p>\n<div id=\"attachment_1797\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/Benjamin.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1797\" class=\"size-medium wp-image-1797\" src=\"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/Benjamin-300x225.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"225\" srcset=\"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/Benjamin-300x225.jpg 300w, https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/Benjamin-768x576.jpg 768w, https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/Benjamin-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/Benjamin.jpg 1280w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1797\" class=\"wp-caption-text\">un portrait de Walter Benjamin, \u00e0 Portbou.<\/p><\/div>\n<p>Penseur \u00e9rudit et brillant, sa d\u00e9marche intellectuelle originale l&rsquo;\u00e9loigne des usages acad\u00e9miques\u00a0; il se montre incapable de r\u00e9pondre aux conditions d&rsquo;une r\u00e9ussite universitaire, court d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment apr\u00e8s les subsides et la reconnaissance de ses pairs (5). Il rate compl\u00e8tement la vie confortable \u00e0 laquelle il aspire. Le confort n&rsquo;est pas fait pour lui.<\/p>\n<p>Il d\u00e9crit ainsi l&rsquo;appartement bourgeois de son enfance, le d\u00e9cor ostentatoire \u00e9touffant, l&rsquo;effet d\u00e9l\u00e9t\u00e8re de son confort codifi\u00e9\u00a0:<br \/>\n\u00ab\u00a0<em>L\u2019int\u00e9rieur bourgeois des ann\u00e9es soixante \u00e0 quatre-vingt-dix, avec ses buffets colossaux d\u00e9bordants de sculptures sur bois, ses angles sans soleil, o\u00f9 se dresse le palmier, sa fen\u00eatre en, saillie que retranche sa balustrade, et ses longs couloirs avec la flamme chantante du gaz, ne saurait convenir qu\u2019\u00e0 la demeure du cadavre. \u201cSur ce canap\u00e9, Tante ne peut qu\u2019\u00eatre assassin\u00e9e.<\/em>\u201d <em>L\u2019opulence sans \u00e2me du mobilier ne devient v\u00e9ritable confort que devant le cadavre\u00a0<\/em>\u00bb (6) Le confort est agr\u00e9able mais toxique, il est b\u00e2ti sur le d\u00e9ni de ses conditions dont le refoul\u00e9 perturbe l&rsquo;inconscient. le confort des lieux ne produit que du mal-\u00eatre, il p\u00e9trifie.<\/p>\n<p>Ce confort domestique r\u00e9serv\u00e9 aux puissants, si agr\u00e9ablement protecteur, n&rsquo;accueille ni les pauvres ni les malades et finit par chasser aussi ses habitants.<br \/>\nin<em> Enfance berlinoise<\/em>, en visite chez sa grand m\u00e8re : \u00ab\u00a0<em>Point de sonnette dont le tintement f\u00fbt plus amical. Pass\u00e9 le seuil de cet appartement, j&rsquo;\u00e9tais plus en s\u00e9curit\u00e9 encore que dans celui de mes parents\u00a0.<\/em>\u00a0\u00bb. Mais plus loin\u00a0:\u00ab l<em>a mis\u00e8re ne pouvait avoir aucune place dans ces pi\u00e8ces o\u00f9 la mort elle-m\u00eame n\u2019en avait pas. Il n&rsquo;y avait pas dans ces pi\u00e8ces de place pour mourir\u00a0; aussi leurs occupants mouraient-ils dans les sanatoriums, mais les meubles allaient chez le marchant d\u00e8s la premi\u00e8re succession. La mort n&rsquo;\u00e9tait pas pr\u00e9vue en eux. C\u2019est pour cette raison qu\u2019ils semblaient si confortables le jour, et devenaient la nuit le th\u00e9\u00e2tre de mauvais r\u00eaves&#8230;..Les r\u00eaves de ce genre ont \u00e9t\u00e9 le prix que je payais mon sentiment de s\u00e9curit\u00e9\u00a0<\/em>\u00bb (7).<br \/>\nAinsi, le sentiment de s\u00e9curit\u00e9 se trouve contredit, la nuit, par de p\u00e9nibles cauchemars. Le confort \u00e9triqu\u00e9 du bonheur bourgeois, n&rsquo;est donc vivable qu&rsquo;en apparence, le refoul\u00e9 travaille l&rsquo;inconscient et lib\u00e8re l&rsquo;angoisse.<\/p>\n<p>Lorsque Benjamin parle de \u00ab\u00a0<em>l&rsquo;homme en \u00e9tui\u00a0<\/em>\u00bb qui \u00ab\u00a0<em>cherche le confort, dont la coquille est la quintessence<\/em>\u00a0\u00bb (8), il n&rsquo;est pas dans le m\u00e9pris romantique des vies ti\u00e8des, il raille l&rsquo;esprit s\u00e9curitaire, marque du nanti qui se prot\u00e8ge des d\u00e9munis et signifie dans le luxe \u00e9tal\u00e9 sa place dans la hi\u00e9rarchie sociale. Ce n&rsquo;est pas une r\u00e9flexion morale sur le confort, mais une sensibilit\u00e9 politique qui lui permet de voir, comme dans les images d&rsquo;Epinal, la lutte de classe cach\u00e9e dans le d\u00e9cor.<\/p>\n<p><strong>Georges Perec,<\/strong> fils d&rsquo;artisans immigr\u00e9s juifs polonais, enfant frapp\u00e9 par le nazisme, vient d&rsquo;un autre monde,\u00a0&#8211; sa m\u00e8re, d\u00e9port\u00e9e \u00e0 Auschwitz, \u00e9tait coiffeuse \u2013 et sa vie d&rsquo;\u00e9crivain s&rsquo;inscrit dans les changements \u00e9conomiques et sociaux des \u00ab\u00a0trente glorieuses\u00a0\u00bb.<\/p>\n<div id=\"attachment_1791\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/Georges_Perec.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1791\" class=\"size-medium wp-image-1791\" src=\"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/Georges_Perec-300x162.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"162\" srcset=\"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/Georges_Perec-300x162.jpg 300w, https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/Georges_Perec.jpg 650w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1791\" class=\"wp-caption-text\">Georges Perec (photo wikipedia)<\/p><\/div>\n<p>Le confort n&rsquo;est plus l&rsquo;apanage de la bourgeoisie moderniste, le confort est un r\u00eave pour tous..<br \/>\n\u00ab<em>\u00a0Les choses \u2013 une histoire des ann\u00e9es 60<\/em>\u00a0\u00bb (9) d\u00e9crit ces r\u00eaves, ceux d&rsquo;une vie heureuse au travers de la possession de \u00ab\u00a0choses\u00a0\u00bb qui introduisent au monde du luxe, de l&rsquo;\u00e9l\u00e9gance, du loisir&#8230; L&rsquo;abondance de produits manufactur\u00e9s, les moyens \u00e9conomiques en progression d&rsquo;une classe moyenne en attente d&rsquo;\u00e9galit\u00e9 vont d\u00e9finir les contours du confort nouveau.<\/p>\n<p>S&rsquo;agit-il d&rsquo;un d\u00e9sir d&rsquo;ascension sociale\u00a0? Plut\u00f4t &#8211; m\u00eame si le snobisme pointe &#8211; d&rsquo;une accession \u00e0 un bonheur consum\u00e9riste, sans cesse aiguillonn\u00e9 par le d\u00e9sir de biens nouveaux et brid\u00e9 par les limites du compte en banque. Le confort n&rsquo;est plus dans le lourd d\u00e9cor des appartements bourgeois ni dans la \u00ab\u00a0mise en \u00e9tui\u00a0\u00bb d&rsquo;une vie ordonn\u00e9e. Le confort, c&rsquo;est la libre consommation.<br \/>\nLibre, mais encadr\u00e9e par l&rsquo;adh\u00e9sion \u00e0 de nouvelles valeurs\u00a0 : \u00ab\u00a0<em>fils de petits-bourgeois sans envergure, puis \u00e9tudiants amorphes et indiff\u00e9renci\u00e9s, ils n&rsquo;avaient eu du monde qu&rsquo;une vision \u00e9triqu\u00e9e et superficielle, ils commenc\u00e8rent \u00e0 comprendre ce qu&rsquo;\u00e9tait un honn\u00eate homme.<\/em>\u00a0\u00bb (p.35)<\/p>\n<p>S&rsquo;acheter des v\u00eatements de marque, r\u00eaver de voyages \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger ou d&rsquo;un appartement dans un beau quartier, avoir le temps de fl\u00e2ner, fr\u00e9quenter les antiquaires, d\u00e9couvrir le monde enchant\u00e9 de l&rsquo;\u00e9lite et ses jardins secrets,&#8230;., voil\u00e0 ce qui constitue le cadre d&rsquo;une vie confortable.<br \/>\n\u00ab<em>\u00a0Ils avaient longtemps \u00e9t\u00e9 parfaitement anonymes&#8230;&#8230;. Il se plong\u00e8rent avec ravissement dans la mode anglaise. Ils d\u00e9couvrirent les lainages, les chemisiers de soie, les chemises de Doucet, les cravates en voile, les carr\u00e9s de soie, le tweed, le lambswool, le cashmere, le vicuna, le cuir et le jersey, le lin, la magistrale hi\u00e9rarchie des chaussures, enfin, qui m\u00e8ne des Churchs aux Weston, des Weston aux Bunting, et des Bunting aux Lobb.<\/em>\u00a0\u00bb (p. 31)<\/p>\n<p>Mais les d\u00e9sirs suscit\u00e9s par l&rsquo;offre toujours renouvel\u00e9e de \u00ab\u00a0choses\u00a0\u00bb deviennent des besoins\u00a0; l&rsquo;argent en est le vecteur, il en faut toujours plus. Il change les hommes et le rapport entre les hommes..<br \/>\n\u00ab<em>\u00a0il leur semblait parfois que leur seules vraies conversations concernaient l&rsquo;argent , le confort, le bonheur<\/em>\u00a0\u00bb.(p 63) Avec plus d&rsquo;argent, les attributs convenus du confort se multiplient, le bonheur est pour bient\u00f4t\u00a0:<br \/>\n\u00ab\u00a0<em>Ils abandonn\u00e8rent leur chambre et les restaurants universitaires. Ils trouv\u00e8rent \u00e0 louer&#8230; un petit appartement de deux pi\u00e8ces qui donnait sur un joli jardin. Ils eurent envie de moquettes, de tables, de fauteuils, de divans<\/em>\u00a0\u00bb (p. 34)<\/p>\n<p>Le confort d&rsquo;un appartement bien choisi, le plaisir de sentir \u00e0 port\u00e9e de main une profusion de produits de luxe raffin\u00e9s, est-ce bien la voie du bonheur\u00a0? Perec en balaie l&rsquo;id\u00e9e en quelques lignes am\u00e8res\u00a0: \u00ab\u00a0 <em>Ils s&rsquo;arr\u00eat\u00e8rent devant chaque antiquaire. Ils visit\u00e8rent les grands magasins, des heures enti\u00e8res, \u00e9merveill\u00e9s, et d\u00e9j\u00e0 effray\u00e9s, mais sans encore oser se le dire, sans encore oser regarder en face cette esp\u00e8ce d&rsquo;acharnement minable qui allait devenir leur destin, leur raison d&rsquo;\u00eatre, leur mot d&rsquo;ordre, \u00e9merveill\u00e9s et presque submerg\u00e9s d\u00e9j\u00e0 par l&rsquo;ampleur de leurs besoins, par la richesse \u00e9tal\u00e9e, par l&rsquo;abondance offerte.\u00a0<\/em>\u00bb(p. 34)<\/p>\n<p>Le confort rassurant de l&rsquo;ordre s\u00e9curitaire bourgeois d\u00e9crit par Benjamin se transformait en cauchemars, chez Perec,\u00a0 le confort d\u00e9fini par la libre circulation des marchandises et leur insatiable consommation, repose\u00a0 sur la captation des d\u00e9sirs, le bonheur n&rsquo;est pas au rendez-vous, seulement \u00a0 l&rsquo;ali\u00e9nation.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/chienVuiton.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-1792 alignright\" src=\"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/chienVuiton-300x229.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"229\" srcset=\"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/chienVuiton-300x229.jpg 300w, https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/chienVuiton-768x585.jpg 768w, https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/chienVuiton-1024x780.jpg 1024w, https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/chienVuiton.jpg 1050w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>\u00ab\u00a0Les choses\u00a0\u00bb, roman des ann\u00e9es soixante, n&rsquo;a rien perdu de son actualit\u00e9. Les d\u00e9sirs de confort, devenus \u00ab\u00a0besoins\u00a0\u00bb universels, sont construits par le spectacle permanent et partout pr\u00e9sent du merveilleux bonheur attach\u00e9 aux produits du march\u00e9, au mode de vie des puissants. Les luttes sociales et les guerres attach\u00e9es \u00e0 cette foire aux bonheurs ne sont pas nouvelles, mais le XXIe si\u00e8cle pointe un autre d\u00e9sordre, lui aussi mondial\u00a0: nous mangeons notre plan\u00e8te et le ciel va nous tomber sur la t\u00eate.<\/p>\n<div id=\"attachment_1788\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/Lit.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1788\" class=\"size-medium wp-image-1788\" src=\"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/Lit-300x225.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"225\" srcset=\"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/Lit-300x225.jpg 300w, https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/Lit-768x576.jpg 768w, https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/Lit-1024x768.jpg 1024w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1788\" class=\"wp-caption-text\">un homme qui dort<\/p><\/div>\n<p>Faudra-t-il renoncer non seulement aux d\u00e9penses futiles et au gaspillage qui caract\u00e9risent une partie de l&rsquo;humanit\u00e9, mais aussi \u00e0 ce qui nous semble maintenant \u00eatre une composante n\u00e9cessaire de la vie : nourriture abondante, voyages faciles, communications instantan\u00e9es, marchandises \u00e0 sati\u00e9t\u00e9, constructions sans limites..\u00a0?<br \/>\nDans cette p\u00e9riode d&rsquo;interrogation sur l&rsquo;avenir des humains sur la plan\u00e8te Terre, pas de certitudes, seulement quelques remarques venues d&rsquo;auteurs qui \u00e9taient pr\u00e9occup\u00e9s par d&rsquo;autres questions : le confort n&rsquo;est pas toujours d\u00e9sirable, m\u00eame celui d&rsquo;un lit\u00a0; il peut \u00eatre triste et mortif\u00e8re, il peut alt\u00e9rer la conscience et faire perdre le sens de la vie. Le confort, c&rsquo;est juste une repr\u00e9sentation sociale, comme le bonheur, il peut \u00eatre pens\u00e9 autrement.<\/p>\n<p><strong>Notes<\/strong><\/p>\n<p>(1) Jean-Marc Jancovici, Cours \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole des Mines, 2019, <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=xgy0rW0oaFI&amp;list=PLMDQXkItOZ4LPwWJkVQf_PWnYHfC5xGFO&amp;index=1\">sur les effets climatiques des activit\u00e9s humaines<\/a>.<\/p>\n<p>(2) Le Tr\u00e9sor de la langue fran\u00e7aise d\u00e9finit le confort comme \u00ab\u00a0<em>Ensemble des commodit\u00e9s mat\u00e9rielles qui procurent le bien-\u00eatre<\/em>\u00a0\u00bb. Le confort est moderne, il concerne les \u00ab\u00a0<em>\u00c9quipements susceptibles de rendre un lieu d&rsquo;habitation confortable selon les normes de l&rsquo;\u00e9poque actuelle<\/em>\u00a0\u00bb\u00a0 Ce sont les \u00ab\u00a0<em>Biens de confort m\u00e9nager., biens que le progr\u00e8s technique met \u00e0 la port\u00e9e d&rsquo;un grand nombre d&rsquo;utilisateurs en les produisant en nombre suffisant et \u00e0 des prix tels qu&rsquo;ils ne sont plus un luxe<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>(3) Olivier Le Goff, <em>L&rsquo;invention du confort: naissance d&rsquo;une forme sociale, <\/em>Presses universitaires de Lyon, 1994 &#8211; 215 pages<\/p>\n<p>(4) (1) Marceline Loridan-Ivens, <em>Et tu n&rsquo;es pas revenu<\/em>, Grasset, 2015, p.25.<\/p>\n<p>(5) De cette marginalit\u00e9 sociale, Benjamin en paie le prix\u00a0: Il faut r\u00e9aliser \u00ab <em>que l&rsquo;individu irreligieux ou ne partageant pas les croyances de sa communaut\u00e9 ne pouvait compter sur le moindre \u00e9gard de sa part, exactement comme la bourgeoisie d&rsquo;aujourd&rsquo;hui traite le bourgeois qui ne gagne pas d&rsquo;argent<\/em>\u00a0\u00bb<br \/>\nIn\u00a0: <em>le capitalisme comme religion<\/em>, petite biblio Payot, 2019 (p. 64)<\/p>\n<p>(6) Walter Benjamin, <a href=\"https:\/\/www.editions-allia.com\/files\/pdf_681_file.pdf\">Rue \u00e0 sens unique<\/a>, Traduit de l\u2019allemand par Anne Longuet Marx, Ed.Allia, 2015, (p. 15)<\/p>\n<p>(7) Walter Benjamin, <em>Sens unique pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 de Enfance berlinoise<\/em>, 10-18, Collection Domaine \u00e9tranger, 2000, (p. 43\u00a0)<\/p>\n<p>(8) Walter Benjamin, <em>Technique et exp\u00e9rience<\/em>, Edition Eterotopia France \/ Rhizome, Paris 2016. Article : <em>Le caract\u00e8re destructeur<\/em> (p. 92)<\/p>\n<p>(9) Georges Perec, <em>Les choses, une histoire des ann\u00e9es 60<\/em>, Julliard, 1963<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De Marceline Loridan \u00e0 Walter Benjamin et Georges Perec. Les alertes sans cesse plus pressantes des scientifiques sur la d\u00e9gradation que l&rsquo;exploitation forcen\u00e9e de la plan\u00e8te fait peser sur le climat (1) ne cessent d&rsquo;interroger nos modes de vie. 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