{"id":2251,"date":"2021-11-01T20:17:07","date_gmt":"2021-11-01T19:17:07","guid":{"rendered":"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/?p=2251"},"modified":"2021-11-08T16:24:45","modified_gmt":"2021-11-08T15:24:45","slug":"a-serious-man-film-dethan-et-joel-coen-2009","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/a-serious-man-film-dethan-et-joel-coen-2009\/","title":{"rendered":"A serious man : film d&rsquo;Ethan et Jo\u00ebl Coen (2009)"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/833255f02c4b45b444538cfc3f63274733a7694967788d39f76ce5f3375d795e._RI_V_TTW_-1.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-2271 alignleft\" src=\"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/833255f02c4b45b444538cfc3f63274733a7694967788d39f76ce5f3375d795e._RI_V_TTW_-1-225x300.jpg\" alt=\"\" width=\"225\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/833255f02c4b45b444538cfc3f63274733a7694967788d39f76ce5f3375d795e._RI_V_TTW_-1-225x300.jpg 225w, https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/833255f02c4b45b444538cfc3f63274733a7694967788d39f76ce5f3375d795e._RI_V_TTW_-1-768x1024.jpg 768w, https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/833255f02c4b45b444538cfc3f63274733a7694967788d39f76ce5f3375d795e._RI_V_TTW_-1-1152x1536.jpg 1152w, https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/833255f02c4b45b444538cfc3f63274733a7694967788d39f76ce5f3375d795e._RI_V_TTW_-1-1536x2048.jpg 1536w, https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/833255f02c4b45b444538cfc3f63274733a7694967788d39f76ce5f3375d795e._RI_V_TTW_-1.jpg 1920w\" sizes=\"auto, (max-width: 225px) 100vw, 225px\" \/><\/a>Mes recherches sur les Juifs am\u00e9ricains m&rsquo;ont donn\u00e9 l&rsquo;id\u00e9e de revoir <em>A serious man<\/em> et de prolonger ces articles en parlant de ce film largement autobiographique des fr\u00e8res Coen, qui rend bien compte de la vie d&rsquo;une communaut\u00e9 juive dans une banlieue am\u00e9ricaine, en l&rsquo;occurence celle de Minneapolis (Minnesota).<br \/>\nA la fin des ann\u00e9es 1960 (les titres de musique pop rock aident \u00e0 dater), Larry Gopnik*, \u00ab\u00a0un homme s\u00e9rieux\u00a0\u00bb a tout pour \u00eatre heureux. Enseignant de physique quantique \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9, il doit prochainement \u00eatre titularis\u00e9, il est mari\u00e9 avec Judith, a deux enfants adolescents, une maison coquette avec pelouse. Sauf que, un \u00ab\u00a0mauvais jour\u00a0\u00bb, le sort s&rsquo;acharne contre lui. Telles les plaies d&rsquo;Egypte, les tr\u00e8s mauvaises nouvelles se succ\u00e8dent \u00e0 un rythme effr\u00e9n\u00e9 : Judith veut divorcer pour \u00e9pouser leur meilleur ami Sy Ableman et l&rsquo;envoie vivre dans un motel, ses enfants adolescents Sarah et Daniel ne lui parlent que pour se plaindre ou lui demander de l&rsquo;argent, son fr\u00e8re Arthur, ch\u00f4meur qui campe dans le salon et la salle de bains o\u00f9 il s&rsquo;enferme des heures, est appr\u00e9hend\u00e9 par la police pour comportement sexuel d\u00e9viant. On apprend aussi que Daniel au lieu de pr\u00e9parer s\u00e9rieusement sa bar mitzvah*, a des embrouilles avec un copain \u00e0 qui il ach\u00e8te de l&rsquo;herbe et qu&rsquo;il ne peut rembourser qu&rsquo;en volant son p\u00e8re. Et pour couronner le tout, un \u00e9tudiant cor\u00e9en lui a gliss\u00e9 une enveloppe dans son bureau pour qu&rsquo;il remonte sa note de partiel, ce qu&rsquo;il refuse de faire dans un premier temps. Objet de lettres calomnieuses et de menaces anonymes, il voit sa titularisation devenir incertaine. Enfin son effrayant voisin, chasseur aux propos supr\u00e9macistes, empi\u00e8te sur sa pelouse. En quelques heures l&rsquo;homme s\u00e9rieux Larry (\u00ab\u00a0Mensch*\u00a0\u00bb en yiddish)\u00a0 bascule dans le path\u00e9tique, le grotesque, et devient un \u00ab\u00a0schlemil*\u00a0\u00bb (un idiot malchanceux).<!--more--><\/p>\n<p>La part autobiographique est importante dans ce film assez diff\u00e9rent de leurs autres opus qui empruntent aux films de genre : thrillers, polars, westerns ou com\u00e9dies*. Le personnage de Larry est inspir\u00e9 par leur p\u00e8re, lui-m\u00eame professeur d&rsquo;universit\u00e9, le quartier ressemble \u00e0 leur banlieue d&rsquo;enfance et Daniel est un condens\u00e9 des deux fr\u00e8res, n\u00e9s en 1954 et 1957, qui font explicitement r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la contre-culture am\u00e9ricaine de la fin des ann\u00e9es 1960 : musique pop rock californienne de Jefferson Airplane* ou Santana*, consommation de marijuana. Dans sa d\u00e9stabilisation Larry n&rsquo;est pas seul, la soci\u00e9t\u00e9 enti\u00e8re est en train de se m\u00e9tamorphoser en profondeur : les enfants se rebellent contre les parents, la voisine tr\u00e8s lib\u00e9r\u00e9e fait fumer Larry et le met dans son lit d\u00e8s sa premi\u00e8re visite, le divorce se banalise, les \u00e9tudiants ach\u00e8tent les dip\u00f4mes, etc. Larry est tiraill\u00e9 entre ce basculement et sa communaut\u00e9 qui, elle, semble rester fid\u00e8le \u00e0 ses fondements imm\u00e9moriaux. Pour preuve cet apologue incroyable, en yiddish, qui ouvre le film et annonce la suite \u00e0 la lumi\u00e8re d&rsquo;un aphorisme du rabbin Rachi* : \u00ab\u00a0Accepte avec simplicit\u00e9 ce qui t&rsquo;arrive\u00a0\u00bb. La fable ancr\u00e9e dans la Galicie polonaise de la fin du XIX\u00e8 si\u00e8cle revisite avec humour le mythe du Dibbouk*.<br \/>\nOn se rend compte aussi \u00e0 quel point, dans ces ann\u00e9es 1960-1970, une grande partie des Juifs am\u00e9ricains vit en communaut\u00e9. Ils ne fr\u00e9quentent que des Juifs (amis, m\u00e9decins, avocats, rabbins) et tous les enfants font leur bar mitzvah (ici selon le culte r\u00e9form\u00e9). Les non-Juifs (goyim) repr\u00e9sentent une menace : le voisin, la police, l&rsquo;\u00e9tudiant cor\u00e9en et son p\u00e8re.<br \/>\nL&rsquo;apologue permet ainsi d&rsquo;introduire l&rsquo;enjeu principal du film. Larry est totalement d\u00e9stabilis\u00e9 parce que, homme logique (il est physicien et travaille sur le principe d&rsquo;incertitude de Schr\u00f6dinger*) il est confront\u00e9 \u00e0 un monde illogique et incertain, tel Joseph K dans <em>Le Proc\u00e8s<\/em> de Kafka, et en devient inconsistant \u00e0 force de subir et d&rsquo;accepter. Pour illustrer le glissement du personnage les r\u00e9alisateurs nous \u00e9garent \u00e0 leur tour. Le Dibbouk de l&rsquo;apologue en est-il vraiment un? Larry est-il en bonne sant\u00e9 ou tr\u00e8s malade? Va-t-il accepter le pot de vin de l&rsquo;\u00e9tudiant cor\u00e9en? D&rsquo;ailleurs celui-ci en est-il \u00e0 l&rsquo;origine? Sy Ableman est-il tu\u00e9 dans un accident de voiture provoqu\u00e9 par Larry? Rien n&rsquo;est s\u00fbr- sauf le pire- ni clarifi\u00e9 et les r\u00eaves r\u00e9currents de Larry (dont un sur Sy revenant en Dibbouk moralisateur) ne nous aident pas \u00e0 r\u00e9soudre nos incertitudes. Comme la science ne l&rsquo;aide pas, Larry cherche conseil aupr\u00e8s de trois rabbins dans des sc\u00e8nes hilarantes. Les deux premiers le noient sous des paraboles incompr\u00e9hensibles de parking ou de dentiste; le troisi\u00e8me, homme tr\u00e8s vieux et v\u00e9n\u00e9rable, ne le re\u00e7oit m\u00eame pas, tr\u00e8s occup\u00e9 \u00e0 \u00e9couter Jefferson Airplane sur une petite radio confisqu\u00e9e \u00e0 Daniel par le professeur de Talmud. Il ressort de toute cette confusion que la vie n&rsquo;a pas de sens, que Dieu ne r\u00e9pondant pas aux questions, il faut renoncer \u00e0 les poser. Rien n&rsquo;est r\u00e9gl\u00e9 pour Larry nouveau martyr juif que Dieu n&rsquo;entend pas (une allusion \u00e0 la Shoah ?). Ce Gopnik, cet \u00ab\u00a0homme sans qualit\u00e9s\u00a0\u00bb est le jouet de la fatalit\u00e9 et le film se teinte d&rsquo;une angoisse insidieuse. Et peut-\u00eatre que l&rsquo;homme juif (am\u00e9ricain) est ch\u00e2ti\u00e9 parce qu&rsquo;il n&rsquo;est plus assez juif, que la religion s&rsquo;est trop s\u00e9cularis\u00e9e. Il est assez savoureux que le film d\u00e9bute par un pr\u00e9cepte rabbinique et se termine par une citation de Jefferson Airplane.<br \/>\nHeureusement l&rsquo;humour (juif), qualit\u00e9 commune \u00e0 tous les films des fr\u00e8res Coen, ainsi que la tendresse pour les personnages permettent d&rsquo;\u00e9chapper \u00e0 cette vision tragique. Les plans et les cadrages ajoutent au cocasse (par exemple Larry minuscule faisant cours devant un tableau gigantesque recouvert d&rsquo;\u00e9quations, tel Gr\u00e9goire Samsa transform\u00e9 en cafard dans <em>La M\u00e9tamorphose<\/em> de Kafka, ou les gros plans sur les \u00ab\u00a0dents du goy\u00a0\u00bb lors de la fable du dentiste). Par cet humour dr\u00f4le et d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, les fr\u00e8res Coen assument ainsi leur filiation avec la litt\u00e9rature yiddish de la fin du XIX\u00e8 si\u00e8cle, les comiques de sc\u00e8ne Lenny Bruce* ou Jerry Lewis*, ou les romanciers am\u00e9ricains plus r\u00e9cents comme Philippe Roth ou Saul Bellow.<\/p>\n<p>En fait ce film est une immense (dans tous les sens du terme) blague juive.<\/p>\n<p><strong>NOTES<\/strong><\/p>\n<p><strong>Gopnik<\/strong> : nom p\u00e9joratif russe signifiant homme populaire des banlieues vivant modestement. Par extension \u00ab\u00a0pauvre type\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Bar mitzvah<\/strong> : c\u00e9r\u00e9monie qui c\u00e9l\u00e8bre la majorit\u00e9 de l&rsquo;enfant juif et son entr\u00e9e officielle dans la communaut\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Quelques films des fr\u00e8res Coen<\/strong> : thriller <em>Barton Fink<\/em> (1991)<br \/>\npolar <em>Fargo <\/em>(1996)<em><br \/>\n<\/em>western <em>True grit <\/em>(2010)<em><br \/>\n<\/em>com\u00e9dies<em>\u00a0 The Big Lebowski <\/em>(1998)\u00a0 <em>O&rsquo;Brother <\/em>(2000)<\/p>\n<p><strong>Jefferson Airplane<\/strong> : groupe am\u00e9ricain de rock psych\u00e9d\u00e9lique, n\u00e9 \u00e0 San Francisco en 1965. Il compose 13 albums dont <em>Surrealistic Pillow<\/em> en 1967 et <em>Volunteers<\/em> en 1969 et se produit dans de nombreux festivals (Monterey, Woodstock, Altamont). Leur chanteuse Grace Slick envo\u00fbte le public de sa voix de contralto. En 1970 le groupe implose, devient Jefferson Starship et produit 14 albums. En 1984 il ne reste plus aucun des fondateurs du groupe.<\/p>\n<p><strong>Santana<\/strong> : du nom de son guitariste Carlos Santana, n\u00e9 au Mexique, qui s&rsquo;entoure de musiciens diff\u00e9rents selon les albums (29 entre 1969 et 2021) et se produit surtout en Californie et dans les festivals (Woodstock&#8230;). Son style ne cesse d&rsquo;\u00e9voluer au contact d&rsquo;autres musiques : rock latino, rock psych\u00e9d\u00e9lique, jazz&#8230;et m\u00eame rap.<\/p>\n<p><strong>Rachi (1040-1105)<\/strong> : rabbin de Troyes (et vigneron). Il fonde une \u00e9cole talmudique et attire l&rsquo;Europe enti\u00e8re par ses commentaires de la Bible h\u00e9bra\u00efque et du Talmud de Babylone.<\/p>\n<p><strong>Dibbouk<\/strong> : dans la mythologie juive et kabbalistique, esprit malin, d\u00e9mon qui s&#8217;empare du corps d&rsquo;un individu de son vivant (jusqu&rsquo;\u00e0 le rendre fou), ou apr\u00e8s sa mort. Il existe une pi\u00e8ce en russe et yiddish, <em>Le Dibbouk<\/em> (1919) de Shalom Anski (1863-1920).<\/p>\n<p><strong>Schr\u00f6dinger<\/strong> : physicien de m\u00e9canique quantique travaillant sur les probabilit\u00e9s. Exp\u00e9rience du chat, \u00e0 la fois mort et vivant, selon un principe d&rsquo;incertitude.<\/p>\n<p><strong>Lenny Bruce (1925-1966)<\/strong> : comique juif am\u00e9ricain, fondateur du stand-up comedy. Il se produisait dans les cabarets de Catskill \u00e0 New-York. Esprit tr\u00e8s contestataire, il fut arr\u00eat\u00e9 plusieurs fois par le FBI pour ses propos tr\u00e8s libres.<\/p>\n<p><strong>Jerry Lewis (1926-2017)<\/strong> : autre comique juif am\u00e9ricain qui a d\u00e9but\u00e9 en duo avec Dean Martin. Tr\u00e8s connu \u00e9galement par ses films, qu&rsquo;il r\u00e9alisa et dans lesquels il joua.<\/p>\n<p><strong>Voir <em>A serious man<\/em> <\/strong>: en DVD, en VOD sur Arte boutique, Canal +, Orange.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mes recherches sur les Juifs am\u00e9ricains m&rsquo;ont donn\u00e9 l&rsquo;id\u00e9e de revoir A serious man et de prolonger ces articles en parlant de ce film largement autobiographique des fr\u00e8res Coen, qui rend bien compte de la vie d&rsquo;une communaut\u00e9 juive dans &hellip; <a href=\"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/a-serious-man-film-dethan-et-joel-coen-2009\/\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[6],"tags":[8,59],"class_list":["post-2251","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-culture","tag-film","tag-judaisme"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2251","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2251"}],"version-history":[{"count":25,"href":"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2251\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2283,"href":"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2251\/revisions\/2283"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2251"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2251"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2251"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}