{"id":2286,"date":"2021-12-17T11:00:38","date_gmt":"2021-12-17T10:00:38","guid":{"rendered":"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/?p=2286"},"modified":"2022-02-14T09:27:30","modified_gmt":"2022-02-14T08:27:30","slug":"les-series-israeliennes-episode-1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/les-series-israeliennes-episode-1\/","title":{"rendered":"Les s\u00e9ries isra\u00e9liennes : \u00e9pisode 1"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: left;\">Pourquoi et comment un si petit pays* (environ 9 millions d&rsquo;habitants) produit-il un si grand nombres de s\u00e9ries de TV, populaires non seulement en Isra\u00ebl mais aussi \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger et qui en outre se voient adapt\u00e9es dans le monde entier \u00e0 l&rsquo;instar de <em>Betipul<\/em> (20 versions), de <em>Kvodo<\/em> ou de <em>Hatufim<\/em>? Pourtant les conditions historiques, politiques et \u00e9conomiques<a href=\"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/163363.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-2320 alignright\" src=\"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/163363.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx-222x300.jpg\" alt=\"\" width=\"222\" height=\"300\" \/><\/a> sont loin d&rsquo;\u00eatre favorables : la t\u00e9l\u00e9vision est apparue tr\u00e8s tard dans les foyers isra\u00e9liens. Jusqu&rsquo;au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980 il existait une seule cha\u00eene qui diffusait des \u00e9missions \u00e9ducatives et de la propagande militaire. Les premiers t\u00e9l\u00e9films apparaissent avec le cable et une 2\u00e8me cha\u00eene priv\u00e9e, dans les ann\u00e9es 1990 (s\u00e9rie t\u00e9l\u00e9visuelle <em>Florentine<\/em> en 1997). Encore aujourd&rsquo;hui, malgr\u00e9 le niveau excellent des moyens technologiques et les succ\u00e8s, les conditions financi\u00e8res de production restent al\u00e9atoires et pr\u00e9caires. Aucune aide de l&rsquo;Etat dans un environnement ultra-lib\u00e9ral. Les auteurs travaillent souvent isol\u00e9s, essaient de trouver des financements, trouvent parfois des soci\u00e9t\u00e9s de production qui les financent comme Keshet Production, mais sont la plupart du temps soumis au bon vouloir de plateformes num\u00e9riques comme HBO ou Netflix (qui co-produisent de tr\u00e8s nombreuses s\u00e9ries isra\u00e9liennes). Enfin d\u00e8s que des sujets politiques ou religieux sont abord\u00e9s comme dans <em>Our boys<\/em> ou <em>Fauda<\/em>, les r\u00e9actions de membres politiques (de la droite dure en g\u00e9n\u00e9ral), ou de la soci\u00e9t\u00e9 civile et religieuse peuvent \u00eatre virulentes. Voil\u00e0 un contexte bien compliqu\u00e9 qui interroge : pourquoi, malgr\u00e9 tout, une telle profusion de s\u00e9ries de qualit\u00e9? Comme disent certains\u00a0 cr\u00e9ateurs <strong>\u00ab\u00a0Low cost, high quality\u00a0\u00bb<\/strong>(bas co\u00fbt, haute qualit\u00e9).<!--more--><\/p>\n<p>On peut imaginer <strong>plusieurs raisons<\/strong>. Les budgets tr\u00e8s limit\u00e9s -une s\u00e9rie isra\u00e9lienne enti\u00e8re avec plusieurs saisons co\u00fbte moins cher que quelques \u00e9pisodes d&rsquo;une s\u00e9rie am\u00e9ricaine-\u00a0 obligent le sc\u00e9nariste\/r\u00e9alisateur et sa petite \u00e9quipe \u00e0 beaucoup travailler, imaginer, occuper chacun plusieurs postes. La contrainte cr\u00e9e de l&rsquo;imaginaire. On mise avant tout sur <strong>le concept<\/strong> et des auteurs comme Haga\u00ef L\u00e9vi, Gideon Raff ou Joseph Cedar semblent poss\u00e9der \u00ab\u00a0le g\u00e9nie du concept\u00a0\u00bb.<br \/>\nCe sont <strong>les narratifs<\/strong> de ces s\u00e9ries qui sont avant tout remarqu\u00e9s. Leurs auteurs ont une infinit\u00e9 d&rsquo;histoires \u00e0 raconter, h\u00e9ritiers d&rsquo;une longue tradition juive orale et \u00e9crite. Ces histoires sont d&rsquo;autant plus int\u00e9ressantes qu&rsquo;elles sont intimement li\u00e9es aux conditions de vie des Isra\u00e9liens : tensions intra-familiales, terrain de conflits insolubles, tensions entre Isra\u00e9liens et Palestiniens dans le contexte de l&rsquo;occupation, tensions entre les multiples communaut\u00e9s du pays lui-m\u00eame : Juifs\/ Musulmans\/ Chr\u00e9tiens, la\u00efcs\/religieux\/ ultra religieux, Arabes isra\u00e9liens\/ Isra\u00e9liens juifs, Ashk\u00e9nazes\/S\u00e9pharades, Juifs \u00e9thiopiens, sabras\/nouveaux immigrants, riches\/ pauvres etc. La soci\u00e9t\u00e9 isra\u00e9lienne est complexe et fractur\u00e9e, en guerre quasi permanente depuis sa cr\u00e9ation. De quoi alimenter de nombreux sc\u00e9narios exportables car ce microcosme bouillonnant est embl\u00e9matique de ce qui se passe ailleurs. Les th\u00e9matiques nationales et originales renvoient ainsi \u00e0 l&rsquo;universel. Les films\u00a0 sont ais\u00e9s \u00e0 visionner, toujours sous-titr\u00e9s en anglais ou dans d&rsquo;autres langues. Un quart s&rsquo;exporte aux USA, devan\u00e7ant m\u00eame les s\u00e9ries anglaises. Les sc\u00e9narios plaisent aussi parce que la soci\u00e9t\u00e9 isra\u00e9lienne est famili\u00e8re aux spectateurs des autres pays, tant Isra\u00ebl est <strong>couvert m\u00e9diatiquement<\/strong> dans le monde entier.<br \/>\nEnfin on ne peut sous-estimer les liens forts qui existent entre Isra\u00ebl et les pays de la diaspora, en particulier aux Etats-Unis et en Europe.<\/p>\n<p><strong>La vari\u00e9t\u00e9 des genres<\/strong> permet de toucher de nombreux publics. Le spectre est large : des thrillers politiques (<em>Our boys<\/em>, <em>Hatufim<\/em>, <em>When heroes fly<\/em>),\u00a0 des s\u00e9ries psychologiques (<em>Losing Alice<\/em>, <em>Betipul<\/em>), des drames (<em>Euphoria<\/em>, <em>Kvodo<\/em>, <em>Hostages<\/em>), de l&rsquo;espionnage (<em>T\u00e9h\u00e9ran<\/em>, <em>Fauda<\/em>, <em>The spy<\/em>, <em>Mossad 101<\/em>), des sujets familiaux ( <em>Les Shtisel<\/em>, <em>Nehama<\/em>, <em>Hatufim)<\/em> et soci\u00e9taux (<em>On the spectrum<\/em>,\u00a0 <em>Les Shtisel<\/em>, <em>Black space<\/em>) parfois teint\u00e9s de dr\u00f4lerie (<em>Hamishim<\/em>, <em>Nehama<\/em>).<\/p>\n<p><strong>Les th\u00e9matiques<\/strong> sont tr\u00e8s diverses et contemporaines : le fonctionnement des institutions est questionn\u00e9\u00a0 : la Justice (<em>Kvodo)<\/em>, les services secrets (<em>Fauda<\/em>, <em>Hatufim,<\/em> <em>Mossad 101,<\/em> <em>False flag<\/em>, <em>T\u00e9h\u00e9ran<\/em>), l&rsquo;arm\u00e9e (<em>Hatufim<\/em>, <em>When heroes fly<\/em>, <em>Kipat Barzel<\/em>)<br \/>\nLes minorit\u00e9s sont souvent repr\u00e9sent\u00e9es : l&rsquo;homosexualit\u00e9 (dans <em>Losing Alice<\/em> ou <em>Betipul<\/em>), les religieux ultra orthodoxes (<em>Les Shtisel<\/em>, <em>Kipat Barzel, Our boys<\/em>).<br \/>\nLes auteurs traitent tr\u00e8s souvent de sujets de soci\u00e9t\u00e9 comme les vagues d&rsquo;immigration successives dans un quartier de Tel Aviv (<em>Florentine<\/em>), la drogue (<em>Euphoria<\/em>), la violence qui fait irruption dans un lyc\u00e9e (<em>Black space),<\/em> l&rsquo;autisme (<em>On the spectrum)<\/em>, les abus sexuels (<em>Betipul<\/em>), la difficult\u00e9 de vivre en famille (<em>Nehama<\/em>, <em>Betipul<\/em>, <em>Hatufim, Les Shtisel<\/em>).<\/p>\n<p>Des sujets politiques sont abord\u00e9s dans des s\u00e9ries qui n&rsquo;h\u00e9sitent pas \u00e0 s&#8217;emparer de l&rsquo;actualit\u00e9 (g\u00e9opolitique dans <em>False flag<\/em>). Certaines s\u00e9ries traitent en creux ou frontalement du rapport entre Isra\u00e9liens et Palestiniens des territoires occup\u00e9s, ou Isra\u00e9liens juifs et arabes isra\u00e9liens.(<em>Our boys<\/em>, <em>Fauda<\/em>).<\/p>\n<p><strong>Les cr\u00e9ateurs et cr\u00e9atrices<\/strong> sont toujours des Isra\u00e9liens juifs (sauf \u00e0 de tr\u00e8s rares exceptions). Les sc\u00e9naristes de <em>Our boys,<\/em> Haga\u00ef Levi et Joseph Cedar, ont fait appel \u00e0 Tawfik Abu-Wael, Arabe isra\u00e9lien, pour le point de vue palestinien dans le film. Les cons\u00e9quences sont \u00e9videntes. M\u00eame si les auteurs sont le plus souvent des progressistes, le traitement des deux \u00ab\u00a0camps\u00a0\u00bb n&rsquo;est pas \u00e9galitaire. Les Palestiniens apparaissent peu dans les s\u00e9ries et quand ils sont des personnages ils sont per\u00e7us comme une entit\u00e9 ennemie et terroriste (<em>Fauda<\/em>, <em>Hatufim<\/em>). <em>Our boys<\/em> seul \u00e9chappe \u00e0 la r\u00e8gle, cr\u00e9ant de nombreuses pol\u00e9miques dans le pays.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;essaimage des s\u00e9ries dans le monde entier<\/strong> est impressionnant gr\u00e2ce \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision et aux plateformes num\u00e9riques, et bonifie l&rsquo;image d&rsquo;Isra\u00ebl dans le monde autrement que dans les m\u00e9dias (les Isra\u00e9liens, comme les Am\u00e9ricains, sont jug\u00e9s capables d&rsquo;auto-critique). <em>Hatufim<\/em> a \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9e meilleure s\u00e9rie de la d\u00e9cennie par le New York Times, <em>Fauda<\/em> est arriv\u00e9e 8\u00e8 sur 30. Les s\u00e9ries s&rsquo;exportent telles quelles, ou bien sont adapt\u00e9es par d&rsquo;autres r\u00e9alisateurs qui les contextualisent selon le pays. <em>Hatufim<\/em> a engendr\u00e9 <em>Homeland<\/em> (USA), <em>Betipul<\/em> a \u00e9t\u00e9 adapt\u00e9 20 fois, jusqu&rsquo;en Inde, dont <em>In treatment<\/em> aux USA et <em>En th\u00e9rapie<\/em> en France. (qui elle-m\u00eame va \u00eatre adapt\u00e9e dans d&rsquo;autres pays), <em>Kvodo<\/em> a donn\u00e9 <em>Your Honnor<\/em> aux USA et <em>Un homme d&rsquo;honneur<\/em> en France, <em>Euphoria<\/em> aux USA etc.<br \/>\nLe succ\u00e8s retentit aussi sur les cr\u00e9ateurs qui s&rsquo;exportent parfois eux-m\u00eames comme Haga\u00ef Levi qui a cr\u00e9\u00e9 aux Etats-Unis la s\u00e9rie \u00e0 grand succ\u00e8s <em>The Affair<\/em> et a adapt\u00e9 la s\u00e9rie de Bergman <em>Sc\u00e8nes de la vie conjugale<\/em> (<em>Scenes from a marriage<\/em> sur HBO).<\/p>\n<p>Je reviendrai dans l&rsquo;article suivant sur quelques s\u00e9ries en d\u00e9tail.<\/p>\n<p><strong>SOURCES<\/strong><\/p>\n<p><strong>Documentaire<\/strong> d&rsquo;Olivier Joyard : <em>Isra\u00ebl terre de s\u00e9ries<\/em>\u00a0 (2019) sur Canal Plus<\/p>\n<p><strong>Emission<\/strong> de France culture du 29\/04\/2021 : <em>une soci\u00e9t\u00e9 au miroir des s\u00e9ries<\/em>, avec Ayelet Lilti (enseignante Sciences Po Lille) et J\u00e9r\u00f4me Bourdon (historien et sociologue des m\u00e9dias, universit\u00e9 de Tel Aviv)<\/p>\n<p><strong>Article<\/strong> dans Le Monde du 21\/08\/2021<\/p>\n<p><strong>NOTE<\/strong><\/p>\n<p>Isra\u00ebl n&rsquo;est pas le seul \u00ab\u00a0petit pays\u00a0\u00bb bien s\u00fbr \u00e0 exporter des s\u00e9ries. Le Danemark aussi produit des s\u00e9ries de qualit\u00e9, export\u00e9es (<em>Borgen<\/em> par exemple), ou adapt\u00e9es (<em>The killing<\/em>), la Norv\u00e8ge, la Su\u00e8de.<br \/>\nActuellement c&rsquo;est la Turquie qui produit le plus de s\u00e9ries (36%), puis les USA (32%), la Cor\u00e9e du Sud (13%) d&rsquo;apr\u00e8s M\u00e9diam\u00e9trie 2020. On note une grande diversit\u00e9 historique de pays (Japon, Grande-Bretagne, Europe du Nord, Inde) mais aussi une \u00e9mergence r\u00e9cente (Espagne, Tch\u00e9quie, Roumanie, Nig\u00e9ria&#8230;)<\/p>\n<p><strong>SERIES<\/strong><\/p>\n<p><strong>Sur Arte.fr<\/strong> en acc\u00e8s libre : Hatufim, prisoners of war \/ Betipul \/ Hamishim<\/p>\n<p><strong>Sur Netflix<\/strong> : Les Shtisel, une famille \u00e0 J\u00e9rusalem \/ Fauda \/ When heroes fly \/ Black space \/ The spy \/ Hostages<\/p>\n<p><strong>Sur Canal Plus<\/strong> : Our boys \/ Nehama<\/p>\n<p><strong>Sur Apple TV+<\/strong> : Losing Alice \/ T\u00e9h\u00e9ran<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pourquoi et comment un si petit pays* (environ 9 millions d&rsquo;habitants) produit-il un si grand nombres de s\u00e9ries de TV, populaires non seulement en Isra\u00ebl mais aussi \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger et qui en outre se voient adapt\u00e9es dans le monde entier &hellip; <a href=\"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/les-series-israeliennes-episode-1\/\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[6,4],"tags":[8,11],"class_list":["post-2286","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-culture","category-israel-palestine","tag-film","tag-israel"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2286","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2286"}],"version-history":[{"count":38,"href":"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2286\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2329,"href":"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2286\/revisions\/2329"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2286"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2286"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2286"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}