{"id":2814,"date":"2022-11-02T11:42:50","date_gmt":"2022-11-02T10:42:50","guid":{"rendered":"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/?p=2814"},"modified":"2022-11-06T19:48:34","modified_gmt":"2022-11-06T18:48:34","slug":"__trashed","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/__trashed\/","title":{"rendered":"Jean-Luc Godard et l&rsquo;obssession des Juifs"},"content":{"rendered":"<p>Autant commencer par l\u00e0 : Godard est pour moi un cin\u00e9aste majeur de l&rsquo;histoire du cin\u00e9ma, j&rsquo;ai vu presque tous ses films, et ce qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 ou dit n&rsquo;enl\u00e8vera rien \u00e0 son immense talent. Symbole de la modernit\u00e9, autant par son g\u00e9nie des images et du son que par<\/p>\n<div id=\"attachment_2797\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/462dee36428727.560642f5e4652.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2797\" class=\"size-medium wp-image-2797\" src=\"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/462dee36428727.560642f5e4652-300x143.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"143\" srcset=\"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/462dee36428727.560642f5e4652-300x143.jpg 300w, https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/462dee36428727.560642f5e4652-1024x487.jpg 1024w, https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/462dee36428727.560642f5e4652-768x365.jpg 768w, https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/462dee36428727.560642f5e4652.jpg 1400w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2797\" class=\"wp-caption-text\">Histoire(s) du cin\u00e9ma<\/p><\/div>\n<p>l&rsquo;introduction dans les films eux-m\u00eames d&rsquo;une intellectualit\u00e9 r\u00e9flexive, d&rsquo;un m\u00e9ta-langage sur le cin\u00e9ma, il n&rsquo;aura cess\u00e9 de nous provoquer par ses paradoxes brillants et \u00e9nervants contenus dans ses critiques des Cahiers du cin\u00e9ma, ses interviews, ses coups d&rsquo;\u00e9clat au Festival de Cannes, ses oeuvres. Il creuse un sillon singulier, tr\u00e8s diff\u00e9rent de ses amis de la Nouvelle Vague*, car il est en qu\u00eate d&rsquo;exp\u00e9rimentations personnelles et collectives permanentes (groupe Tziga Vertov*) au risque de l&rsquo;autodestruction et du d\u00e9rapage id\u00e9ologique. Ses premiers films (<em>A bout de<\/em> <em>souffle<\/em> 1960, <em>Le M\u00e9pris<\/em> et <em>Le Petit soldat<\/em>, 1963, <em>Pierrot le fou<\/em>, 1965), font partager au spectateur des histoires en prise avec l&rsquo;actualit\u00e9, (\u00e9mancipation de la jeunesse et de la femme en particulier, guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie&#8230;). Une narration sous-tend la fiction, les personnages existent fortement. A la fin des ann\u00e9es 1960, militant exalt\u00e9 de mai 68, il tourne des films plus secs, purement politiques comme <em>La Chinoise<\/em> 1967, <em>Pravda<\/em> 1969 ou <em>Vent d&rsquo;est<\/em> 1970.\u00a0 Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980 il retourne aux histoires (m\u00eame si elles sont constamment entrecoup\u00e9es, non lin\u00e9aires), avec des \u00ab\u00a0vedettes\u00a0\u00bbcomme Isabelle Huppert, G\u00e9rard Depardieu, Jacques Dutronc, Alain Delon, Johnny Hallyday &#8230;gr\u00e2ce \u00e0 des producteurs connus (Marin Karmitz ou Alain Sarde) avec lesquels il entretient des relations houleuses, comme le personnage de Michel Piccoli\u00a0 avec son producteur dans <em>Le M\u00e9pris,<\/em>\u00a020 ans auparavant. A partir de 1990 l&rsquo;univers se fait plus personnel, sous forme de journaux intimes comme <em>JLG\/JLG<\/em> (1994) ou de r\u00e9flexion plus apais\u00e9e sur l&rsquo;art du cin\u00e9ma dans les 8 \u00e9pisodes de <em>Histoire(s) du<\/em> <em>cin\u00e9ma<\/em>*(1989-1999). Les derniers opus, plus abscons mais \u00e9maill\u00e9s d&rsquo;images hypnotiques comment\u00e9es d&rsquo;une voix caverneuse par l&rsquo;auteur, sont un adieu aux utopies politiques\u00a0 (<em>Film Socialisme<\/em> 2010), au cin\u00e9ma (<em>Adieu au langage<\/em> 2014), \u00e0 l&rsquo;industrie du cin\u00e9ma et au public (<em>Le Livre d&rsquo;image<\/em> 2018, non sorti en salle \u00e0 sa demande, diffus\u00e9 uniquement sur Arte).<!--more--><\/p>\n<p>Tout cela est bien connu de ceux qui s&rsquo;int\u00e9ressent \u00e0 l&rsquo;histoire du cin\u00e9ma et \u00e0 Godard. On conna\u00eet ses exc\u00e8s et leur th\u00e9\u00e2tralisation lors des interviews et conf\u00e9rences de presse, on les attend m\u00eame car ses sorties sont souvent tr\u00e8s fines et tr\u00e8s dr\u00f4les. Ce qui l&rsquo;est beaucoup moins et qui est moins connu, ce sont ses d\u00e9clarations sur les Juifs en g\u00e9n\u00e9ral et sur Isra\u00ebl. D&rsquo;ailleurs dans les diff\u00e9rents hommages au cin\u00e9aste parus dans les journaux apr\u00e8s sa mort le 13 septembre, on remarque, surtout dans la presse dite \u00ab\u00a0de gauche\u00a0\u00bb, tr\u00e8s peu, voire pas du tout d&rsquo;allusions \u00e0 ce c\u00f4t\u00e9 de sa personnalit\u00e9. Isol\u00e9s l&rsquo;article de Didier Daeninckx dans Franc tireur ou celui de Michel Guerrin, le 17 septembre 2022, dans sa chronique au Monde : \u00ab\u00a0Le sujet le plus d\u00e9licat est l&rsquo;antisionisme de Godard que certains qualifient d&rsquo;antis\u00e9mitisme\u00a0\u00bb. Sa facette antisioniste est la plus connue et la mieux document\u00e9e, principalement par ses films. Depuis la guerre des 6 jours de 1967, Godard, comme toute l&rsquo;extr\u00eame gauche fran\u00e7aise, se d\u00e9clare ouvertement pro-palestinien. Il veut \u00ab\u00a0rendre visible l&rsquo;invisible peuple palestinien\u00a0\u00bb. Il est d&rsquo;ailleurs contact\u00e9 par la Ligue arabe en 1968, qui lui commande un film sur les camps de r\u00e9fugi\u00e9s palestiniens de Jordanie, Cisjordanie et au Liban, qu&rsquo;il tourne sous la protection du Fatah*. Le tournage de <em>Jusqu&rsquo;\u00e0 la victoire<\/em> d\u00e9bute en 1970, mais les pressions de Yasser Arafat pour obtenir un film de propagande et les massacres de Septembre noir* interrompent le projet. Godard muni de ses rushs reprend le tournage en 1976 sous le titre <em>Ici et Ailleurs<\/em>. Et commence &#8230;\u00e0 d\u00e9raper. Qu&rsquo;il produise des images de camps de r\u00e9fugi\u00e9s et d\u00e9nonce la colonisation n&rsquo;est pas bl\u00e2mable en soi. Mais certaines images et certains propos sont inexcusables. Dans un montage grossier, il superpose des photos de Golda Meir, une des fondatrices de l&rsquo;Etat, avec celles de Hitler, pronon\u00e7ant tous les deux le mot Palestine, ou encore des photos d&rsquo;enfants palestiniens tu\u00e9s \u00e0 des cadavres de camps de la mort. Le film justifie aussi la prise d&rsquo;otages d&rsquo;athl\u00e8tes isra\u00e9liens aux JO de M\u00fcnich en 1972. Pour lui les Isra\u00e9liens se vengent de la Shoah sur les Palestiniens, et par les surimpressions d&rsquo;images de ce film, il les traite implicitement de bourreaux nazis. En 2004, dans <em>Notre Musique<\/em>, Godard rapproche Shoah et Nakba*. Encore plus grave et consternant, dans le film d&rsquo;Alain Fleisher <em>Morceaux<\/em> de <em>conversations avec JL Godard<\/em> (2007), il dit \u00e0 Jean Narboni* : \u00ab\u00a0Les attentats suicides du peuple palestinien pour faire exister un Etat, ressemblent en fin de compte \u00e0 ce que firent les Juifs en se laissant conduire comme des moutons\u00a0\u00bb (qui se veut formule biblique)\u00a0\u00bbet exterminer dans les chambres \u00e0 gaz, <strong>se sacrifiant ainsi pour parvenir<\/strong> <strong>\u00e0 faire exister l&rsquo;Etat d&rsquo;Isra\u00ebl <\/strong>(sic)..Au fond il y a eu 6 millions de kamikazes\u00a0\u00bb. Les Juifs seraient donc responsables et coupables de leur extermination. A Elias Sambar* il \u00e9crit : \u00ab\u00a0Isra\u00ebl ne dit pas qu&rsquo;il lui a fallu cette folie allemande pour conqu\u00e9rir le droit d&rsquo;avoir un pays. D&rsquo;exister uniquement \u00e0 cause de la haine. Et le peuple juif rencontre \u00e0 son tour son autre peuple juif, les Palestiniens\u00a0\u00bb. Pour justifier ces arguments il est pr\u00eat \u00e0 n&rsquo;importe quel jeu de mots. dans <em>JLG\/JLG<\/em> en 1994 il dit : \u00ab\u00a0Dans les camps nazis les d\u00e9tenus tr\u00e8s affaiblis \u00e9taient appel\u00e9s des musulmans\u00a0\u00bb.<br \/>\nSes propos sont \u00e9galement souvent purement antis\u00e9mites. D&rsquo;abord il essentialise les Juifs. Il parle de \u00ab\u00a0peuple\u00a0\u00bb juif (ce terme a-t-il un sens? Il est vrai que beaucoup l&#8217;emploient, y compris des Juifs), ou il utilise facilement le pluriel : \u00ab\u00a0les Juifs\u00a0\u00bb. Il ne craint pas d&rsquo;exprimer ouvertement ses pr\u00e9jug\u00e9s antis\u00e9mites. Alors qu&rsquo;il se plaint des plaisanteries antis\u00e9mites prof\u00e9r\u00e9es par son grand-p\u00e8re maternel quand il \u00e9tait enfant, il accuse des \u00ab\u00a0gangsters juifs d&rsquo;avoir cr\u00e9\u00e9 Hollywood et les producteurs juifs \u00e9migr\u00e9s d&rsquo;Europe centrale d&rsquo;avoir compris que faire un film, c&rsquo;est produire une dette\u00a0\u00bb. D&rsquo;ailleurs lors d&rsquo;une dispute il traite son producteur Pierre Braunberger de \u00ab\u00a0sale Juif\u00a0\u00bb ou dit \u00e0 son ami Jean Pierre Gorin (avec lequel il a fond\u00e9 le collectif Tziga Vertov) : \u00ab\u00a0Ah&#8230;les Juifs vous appellent quand ils entendent le tiroir-caisse!\u00a0\u00bb. Dans certains films il commet des blagues douteuses, par exemple il plaisante sur l&rsquo;\u00e9toile de recommandation donn\u00e9e \u00e0 un cin\u00e9aste par un critique de Paris Match, \u00ab\u00a0donn\u00e9e comme aux Juifs\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Et pourtant l&rsquo;homme est contradictoire et particuli\u00e8rement sur la question des Juifs qui<\/strong> <strong>l&rsquo;obs\u00e8de.<\/strong> En plus du reproche adress\u00e9 \u00e0 son grand-p\u00e8re il se sent culpabilis\u00e9 de n&rsquo;avoir pas \u00e9t\u00e9 alert\u00e9 sur l&rsquo;Holocauste dans son enfance. Alors qu&rsquo; il d\u00e9clare : \u00ab\u00a0Un catholique (lui est protestant), je sais ce que c&rsquo;est : il va \u00e0 la messe. mais un Juif, je ne sais pas, je ne comprends pas.\u00a0\u00bb (film d&rsquo;Alain Fleischer), en m\u00eame temps il s&rsquo;autoproclame \u00ab\u00a0Juif du cin\u00e9ma\u00a0\u00bb, parce qu&rsquo;il s&rsquo;y sent marginalis\u00e9 et pers\u00e9cut\u00e9. La profondeur des textes sacr\u00e9s juifs se retrouve dans son oeuvre. Le film <a href=\"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/287172.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-2794 alignleft\" src=\"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/287172-222x300.jpg\" alt=\"\" width=\"222\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/287172-222x300.jpg 222w, https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/287172.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 222px) 100vw, 222px\" \/><\/a><em>H\u00e9las pour moi<\/em> (1993) s&rsquo;inspire librement du philosophe Gershom Scholem, sp\u00e9cialiste de la Kabbale et de la mystique juive. Godard pense \u00e9trangement que les Juifs ont su transmettre l&rsquo;art des images (pourtant interdites par la religion) qui s&rsquo;est perdu lors de la seconde guerre mondiale, p\u00e9riode qui signe pour lui la mort du cin\u00e9ma. Et l&rsquo;on peut dire qu&rsquo;il est travaill\u00e9, m\u00eame obs\u00e9d\u00e9 par la Shoah qui appara\u00eet directement ou indirectement dans ses films, de fa\u00e7on inverse aux id\u00e9es qu&rsquo;il exprimait en parlant d&rsquo;Isra\u00ebl. Dans <em>Une Femme mari\u00e9e<\/em> (1964), il est beaucoup question des Juifs et d&rsquo;Auschwitz. Le cin\u00e9aste d\u00e9nonce la banalisation du mal et de ses images. L&rsquo;h\u00e9ro\u00efne Charlotte confond Auschwitz avec la thalidomide* et quand elle va voir au cin\u00e9ma <em>Nuit et Brouillard <\/em>(1956) de Resnais, le cin\u00e9aste alterne les plans avec de banals gestes d&rsquo;amants, pour condamner la superficialit\u00e9 et l&rsquo;obsc\u00e9nit\u00e9 de cette soci\u00e9t\u00e9 qui consomme de la m\u00e9moire comme tout autre objet jetable. Dans <em>Deux ou trois<\/em> <em>choses que je sais d&rsquo;elle<\/em> (1967), une prostitu\u00e9e, incarn\u00e9e par Marina Vlady, emmen\u00e9e par un client dans un h\u00f4tel, se rebiffe quand celui-ci ironise en ces mots : \u00ab\u00a0C&rsquo;est un h\u00f4tel r\u00e9serv\u00e9 aux Juifs car il a une \u00e9toile\u00a0\u00bb. Dans <em>Notre Musique<\/em> (2004), un personnage de jeune journaliste isra\u00e9lienne, petite-fille de d\u00e9port\u00e9, interviewe le po\u00e8te palestinien Mahmoud Darwich (moment illusoire de paix entre les deux peuples ?). Les \u00e9pisodes <em>d&rsquo;Histoire(s) du cin\u00e9ma<\/em> sont pleins d&rsquo;images d&rsquo;archives de la Shoah. Godard trouve le cin\u00e9ma fautif de n&rsquo;avoir pas d\u00e9nonc\u00e9 les camps par l&rsquo;image, phrase assez obscure puisque, \u00e0 part les nazis, on ne voit pas bien qui aurait pu filmer. Peut-\u00eatre parle -t-il de fictions ou de reconstitutions. mais on sait \u00e0 quel point elles ont soulev\u00e9 des d\u00e9bats sans fin : <em>Kapo <\/em>(1960) de Gilles Pontecorvo, <em>La Passag\u00e8re <\/em>(1963) film polonais de Munk et Lesiewicz<em>,<\/em> <em>La Liste de Schindler <\/em>(1993) de Steven Spielberg<em>,<\/em> <em>La Vie est belle <\/em>(1997) de Roberto Benigni, pour ne citer que les plus connus. \u00ab\u00a0Il faudrait\u00a0\u00bb, dit-il, \u00ab\u00a0filmer le camp du point de vue des tortionnanires se posant des probl\u00e8mes concrets de logistique\u00a0\u00bb. mais il reconna\u00eet que ce serait intol\u00e9rable. Il a envisag\u00e9 d&rsquo;adapter le roman <em>Les<\/em> <em>Bienveillantes <\/em>(2006) de Jonathan Littell et acquis les droits de <em>Les Disparus <\/em>(2007) de Daniel Mendelsohn. En 1960 il prend part au d\u00e9bat sur les rapports entre la forme et le fond au cin\u00e9ma lors d&rsquo;une table ronde sur <em>Hiroshima mon amour <\/em>(1959) de Resnais.\u00a0\u00bbLe travelling est affaire de morale\u00a0\u00bb. La morale est dans le regard. Pour lui \u00ab\u00a0<em>Hiroshima<\/em> et <em>Nuit et brouillard<\/em> esth\u00e9tisent l&rsquo;horreur et suscitent de mauvaises r\u00e9actions, comme pour un film pornographique\u00a0\u00bb. Ce que Rivette en 1962 d\u00e9noncera violemment aussi \u00e0 propos du film <em>Kapo <\/em>(de Gilles Pontecorvo) qui esth\u00e9tise le suicide d&rsquo;une d\u00e9port\u00e9e, jou\u00e9e par Emmanuelle Riva, qui se jette sur les fils barbel\u00e9s du camp.\u00a0\u00bbLe cin\u00e9aste capable d&rsquo;un tel travelling n&rsquo;a droit qu&rsquo;au plus profond m\u00e9pris\u00a0\u00bb, dit-il. Enfin Godard s&rsquo;oppose fermement \u00e0 Claude Lanzmann \u00e0 qui il reproche de n&rsquo;avoir rien voulu montrer dans <em>Shoah <\/em>(1985). \u00ab\u00a0Il vaut mieux voir\u00a0\u00bb, dit-il, \u00ab\u00a0que s&rsquo;entendre dire\u00a0\u00bb. Peur du n\u00e9gationnisme?<\/p>\n<p>On le voit, l&rsquo;homme est complexe, souvent antipathique (ne faisant rien pour se faire aimer) et contradictoire, parfois jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;absurde. Certes ses positions antisionistes se fondent dans le courant extr\u00eame-gauchiste d&rsquo;apr\u00e8s 1968 et sont encore actuelles. Mais son explication du r\u00f4le de la Shoah dans la cr\u00e9ation de l&rsquo;Etat d&rsquo;Isra\u00ebl est fausse, d\u00e9lirante, et intol\u00e9rable. Son antis\u00e9mitisme ordinaire relev\u00e9 par de nombreuses personnes est m\u00e9diocre et tomberait aujourd&rsquo;hui sous le coup de la loi. Est-ce-que son talent, sa sensibilit\u00e9 particuli\u00e8re \u00e0 la pers\u00e9cution des Juifs et sa traduction en geste artistique peuvent le racheter sur le plan \u00e9thique? On retrouve l\u00e0 les vieux d\u00e9bats sur les rapports de l&rsquo;art et de la morale, de l&rsquo;oeuvre et de l&rsquo;homme.<\/p>\n<p><strong>SOURCES<\/strong><\/p>\n<p>La plupart des citations de Godard sont extraites du livre de JLuc Douin.<\/p>\n<p><em>Jean-Luc Godard, dictionnaire des passions<\/em> par Jean-Luc Douin (Stocck, 2010)<\/p>\n<p>Articles du Monde de Jacques Mandelbaum et Michel Guerrin des 14 et 17 septembre 2022<\/p>\n<p>Article de Franc tireur de Didier Daeninckx semaine du 24 octobre 2022<\/p>\n<p>Film d&rsquo;Alain Fleischer <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=b_8vW8JG7ZM\"><em>Morceaux de<\/em> <em>conversations avec JL Godard<\/em> <\/a>2007<\/p>\n<p>Films de JL Godard dont <a href=\"https:\/\/www.france.tv\/films\/histoires-du-cinema\/\">Histoire(s) du cin\u00e9ma,<\/a> gratuitement en ligne sur FR TV<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.arte.tv\/fr\/videos\/107365-000-A\/une-femme-mariee\/\"><em>Une Femme mari\u00e9e<\/em> <\/a>sur Arte.fr, gratuitement en ligne.<\/p>\n<p>Tous les films de Godard sont vendus en DVD.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>NOTES<\/strong><\/p>\n<p><strong>Nouvelle vague<\/strong> : mouvement de cin\u00e9ma fran\u00e7ais n\u00e9 au milieu des ann\u00e9es 1950 et qui se termine \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1960. Il f\u00e9d\u00e8re de jeunes critiques des Cahiers du cin\u00e9ma dirig\u00e9 par Andr\u00e9 Bazin, influenc\u00e9s par le cin\u00e9ma am\u00e9ricain d\u00e9couvert apr\u00e8s 1945 et certains r\u00e9alisateurs europ\u00e9ens comme Jean Renoir, JPierre Melville ou les n\u00e9o-r\u00e9alistes italiens. Ils rejettent l&rsquo;acad\u00e9misime du cin\u00e9ma fran\u00e7aie, revendiquent une nouvelle fa\u00e7on d&rsquo;\u00e9crire, de r\u00e9aliser et de produire des films. C&rsquo;est \u00a0\u00bb la politique des auteurs\u00a0\u00bb. Parmi les plus connus Truffault, Godard, Rivette, Chabrol, Rohmer, Eustache, Resnais, Varda, Demy etc.<\/p>\n<p><strong>Groupe Tziga Vertov<\/strong> : (1968-1972) Collectif de cin\u00e9astes (Godard, Gorin et Roger) qui ont r\u00e9alis\u00e9 8 films militants mao\u00efstes.<\/p>\n<p><strong>Fatah<\/strong> : parti nationaliste palestinien fond\u00e9 en 1959 par Arafat, appartenant \u00e0 l&rsquo;OLP.<\/p>\n<p><strong>Massacres de septembre noir (1970-1971)<\/strong> : guerre intestine entre le roi de Jordanie et les Palestiniens du m\u00eame pays. Des milliers de morts et l&rsquo;exil des Palestiniens vers le Liban. Un groupe terroriste nomm\u00e9 Septembre noir se forme en 1971 et commettra de nombreux attentats contre des dirigeants arabes mais aussi contre isra\u00ebl dont celui de M\u00fcnich.<\/p>\n<p><strong>Nakba<\/strong> : exode de la population palestinienne hors d&rsquo;Isra\u00eal apr\u00e8s la guerre de 1948-49.<\/p>\n<p><strong>Jean Narboni<\/strong> : n\u00e9 en 1937, il est critique de cin\u00e9ma, historien, universitaire \u00e0 Vincennes. Il co-dirige longtemps les Cahiers du cin\u00e9ma.<\/p>\n<p><strong>Elias Sambar<\/strong> : n\u00e9 en 1947 \u00e0 Ha\u00effa. Intellectuel et po\u00e8te palestinien qui a enseign\u00e9 \u00e0 Paris, au Liban, aux USA. De 1981 \u00e0 2008 il fonde et dirige \u00e0 Paris la Revue d&rsquo;\u00e9tudes palestiniennes. Actuellement il est ambassadeur de la Palestine \u00e0 l&rsquo;Unesco.<\/p>\n<p><strong>Thalidomide<\/strong> : s\u00e9datif anti naus\u00e9eux utilis\u00e9 entre 1950 et 1960, prescrit aux femmes enceintes, ce qui causa de nombreuses malformations cong\u00e9nitales. Ce scandale sanitaire fut reconnu seulement en 1961 et le m\u00e9dicament fut retir\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Autant commencer par l\u00e0 : Godard est pour moi un cin\u00e9aste majeur de l&rsquo;histoire du cin\u00e9ma, j&rsquo;ai vu presque tous ses films, et ce qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 ou dit n&rsquo;enl\u00e8vera rien \u00e0 son immense talent. Symbole de la modernit\u00e9, autant &hellip; <a href=\"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/__trashed\/\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[6],"tags":[18,73],"class_list":["post-2814","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-culture","tag-antisemitisme-2","tag-cinema"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2814","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2814"}],"version-history":[{"count":17,"href":"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2814\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2831,"href":"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2814\/revisions\/2831"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2814"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2814"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2814"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}