{"id":4539,"date":"2026-10-24T16:08:43","date_gmt":"2026-10-24T15:08:43","guid":{"rendered":"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/?p=4539"},"modified":"2026-10-24T16:08:43","modified_gmt":"2026-10-24T15:08:43","slug":"le-fabuleux-piano-sonia-devillers-editions-robert-laffont-2026","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/le-fabuleux-piano-sonia-devillers-editions-robert-laffont-2026\/","title":{"rendered":"Le fabuleux piano \u2013 Sonia Devillers \u2013 \u00e9ditions Robert Laffont 2026"},"content":{"rendered":"<p>Le magnifique piano \u00e0 queue n\u00b02, de chez Erard, command\u00e9 par Wilhelm Enoch, arrive au si\u00e8ge des \u00e9ditions Enoch, boulevard des Italiens, le 12 janvier 1892.<\/p>\n<div id=\"attachment_4541\" style=\"width: 213px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/PIANO-DEVILLERS.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-4541\" class=\" wp-image-4541\" src=\"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/PIANO-DEVILLERS-272x300.png\" alt=\"\" width=\"203\" height=\"224\" srcset=\"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/PIANO-DEVILLERS-272x300.png 272w, https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/PIANO-DEVILLERS.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 203px) 100vw, 203px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-4541\" class=\"wp-caption-text\">piano \u00e0 queue Erard<\/p><\/div>\n<p>C\u2019est Carl, le p\u00e8re, qui a cr\u00e9\u00e9 cette maison d\u2019\u00e9ditions de partitions : n\u00e9 \u00e0 Francfort sur le Main, il avait, avec sa femme et ses enfants, quitt\u00e9 l\u2019Allemagne pour la France apr\u00e8s la r\u00e9volution de 1848 et la forte r\u00e9pression qui s\u2019en \u00e9tait suivi. A l\u2019\u00e9poque, les Juifs d\u2019Allemagne n\u2019avaient toujours pas les m\u00eames droits que leurs concitoyens. Ce n\u2019\u00e9tait pas le cas en France depuis la r\u00e9volution. Carl choisit donc de s\u2019installer \u00e0 Paris. Ce fut aussi le cas, \u00e0 la m\u00eame p\u00e9riode, du p\u00e8re de mon arri\u00e8re-grand-m\u00e8re, Emil Cohen, venu lui du Nord de l\u2019Allemagne.<\/p>\n<p>Autour du piano, au si\u00e8ge des Editions, chaque semaine Wilhelm et sa femme Evelyn, n\u00e9e Astruc, tiennent salon.\u00a0 Avec leurs enfants\u00a0: Marguerite, Daniel et Georges, ils y c\u00f4toient les plus grands musiciens de l\u2019\u00e9poque\u00a0: Ravel, Chabrier, Debussy\u2026 A la mort de Wilhelm, en 1913, le piano rejoindra l\u2019appartement de Daniel, sa femme Anna et leurs deux fils Jacques et Robert, rue de Courcelles, dans le 17<sup>\u00e8me<\/sup> arrondissement.<!--more--><\/p>\n<p>La maison Enoch est devenue Enoch, p\u00e8re et fils. C\u2019est une maison d\u2019\u00e9dition musicale reconnue.<\/p>\n<p>Si les Enoch sont \u00ab\u00a0des isra\u00e9lites, des juifs assimil\u00e9s appartenant \u00e0 la bonne soci\u00e9t\u00e9, une \u00e9lite en quelque sorte\u00a0\u00bb comme l\u2019\u00e9crit Sonia Devillers, ils vivent avec anxi\u00e9t\u00e9 l\u2019Affaire Dreyfus (1894-1906) et les innombrables publications antis\u00e9mites de l\u2019\u00e9poque et des ann\u00e9es suivantes qui ont pignon sur rue.<\/p>\n<p>A partir des ann\u00e9es 1931, pour suivre la famille Enoch dont le piano est partie int\u00e9grante, Sonia Devillers s\u2019appuie sur des carnets tenus au jour le jour par Jacques Enoch, le fils ain\u00e9 de Daniel, n\u00e9 en 1900. Des carnets qui refl\u00e8tent \u00e0 la fois la vie tr\u00e9pidante et festive de Jacques mais aussi au fil des ann\u00e9es, ses inqui\u00e9tudes, ses interrogations, ses regrets\u2026<\/p>\n<p>La seconde guerre mondiale arrive, Daniel et Anna se refusent \u00e0 quitter Paris, au grand dam de Jacques r\u00e9fugi\u00e9 en Savoie. Rattrap\u00e9s par le sort des 70 000 juifs de France d\u00e9port\u00e9s, ils sont arr\u00eat\u00e9s le 8 octobre 1943 et partiront pour Auschwitz d\u00e8s le 24 (convoi 61). D\u00e9nonc\u00e9s par un voisin comme ne portant pas leurs \u00e9toiles jaunes devant le local des poubelles de leur immeuble ! Peu de temps apr\u00e8s, leur appartement est enti\u00e8rement pill\u00e9 avec\u2026 le piano.<\/p>\n<p>Jacques perdra aussi son fr\u00e8re Robert. Celui-ci est pris par la Gestapo en juin 1944 en tant que Juif, intern\u00e9 et tortur\u00e9 \u00e0 la prison de Montluc \u00e0 Lyon. Le 8 juillet, d\u00e9sign\u00e9 comme otage par Klaus Barbie, suite \u00e0 l\u2019explosion de la gare de Portes-L\u00e8s-Valence par la R\u00e9sistance, Robert est fusill\u00e9 avec 29 autres prisonniers.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement \u00e0 ces assassinats, Sonia Devillers montre et explicite l\u2019organisation implacable de l\u2019\u00ab\u00a0aryanisation\u00a0\u00bb (1) des entreprises juives, du pillage des instruments de musique et des partitions, du mobilier (\u00ab\u00a0op\u00e9ration Meubles\u00a0\u00bb), le vidage complet des appartements des Juifs, y compris bien s\u00fbr leurs outils de travail, qui accompagne et facilite leur d\u00e9portation et leur mort. On associe m\u00eame \u00e0 cette entreprise les intern\u00e9s du camp de Drancy, juifs bien s\u00fbr, pour stocker, trier, r\u00e9parer, avec des conditions inhumaines, dans des camps parisiens (situ\u00e9s dans les magasins g\u00e9n\u00e9raux pr\u00e8s d\u2019Austerlitz, chez L\u00e9vitan et dans un h\u00f4tel particulier de la rue Bassano dans le 17<sup>\u00e8me<\/sup> ). Avant le d\u00e9part de tous ces biens pour l\u2019Allemagne.<\/p>\n<p>Dans une lettre cod\u00e9e datant du 15 mars 1942, Pierre Jacob, mon grand-p\u00e8re maternel r\u00e9fugi\u00e9 \u00e0 Clermont Ferrand, \u00e9crit\u00a0\u00e0 un ami : \u00ab\u00a0De Paris, on nous signale la progression du chiffre d\u2019affaires de la soci\u00e9t\u00e9 sp\u00e9cialis\u00e9e dans le nettoyage des appartements par le vide. On garantit une st\u00e9rilisation parfaite\u00a0\u00bb. Jacques Enoch, de retour dans l\u2019appartement de ses parents en novembre 1944, \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0il est totalement vide\u00a0\u00bb. Une st\u00e9rilisation parfaite en effet, qui affectait parall\u00e8lement les personnes et les biens, en particulier, Daniel, Anna, Robert et leur appartement, dont le piano bien s\u00fbr.<\/p>\n<p>Jacques est le seul survivant de la famille. Il aura une fille, Danielle, n\u00e9e juste apr\u00e8s-guerre, qui a aid\u00e9 Sonia Devillers dans sa recherche.<\/p>\n<p>Jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent la famille Enoch n\u2019a pas retrouv\u00e9 le piano Erard n\u00b02, num\u00e9ro de s\u00e9rie 68037.<\/p>\n<p>La seule chose positive fut que l\u2019administrateur \u00ab\u00a0aryen\u00a0\u00bb des \u00e9ditions Enoch \u00ab\u00a0a tenu bon malgr\u00e9 les lois sc\u00e9l\u00e9rates\u00a0: il n\u2019a pas vendu les \u00e9ditions Enoch\u00a0\u00bb. Il en a remis, apr\u00e8s-guerre, les cl\u00e9s \u00e0 Jacques qui a pu leur redonner vie, notamment gr\u00e2ce \u00e0 la production et la publication des F<em>euilles mortes qui se ramassent \u00e0 la pelle (2), <\/em>de Pr\u00e9vert et Kosma\u2026<\/p>\n<p>Partant d\u2019un piano, Sonia Devillers rend ainsi hommage \u00e0 la famille Enoch repr\u00e9sentative de Juifs immigr\u00e9s qui s\u2019\u00e9taient fait une place \u00e0 Paris et furent d\u00e9cim\u00e9s par les nazis, avec la complicit\u00e9 active de la France. De la famille Enoch, seul Jacques surv\u00e9cut.<\/p>\n<p>SD \u00e9voque en passant sa propre famille maternelle juive, venue de Roumanie (3) dans les ann\u00e9es 60, ayant d\u00fb tout quitter, vendue par le r\u00e9gime communiste contre des animaux(4)&#8230; Elle \u00e9voque en particulier sa grand-m\u00e8re Gabriela qui voit son piano emport\u00e9 par les d\u00e9m\u00e9nageurs. \u00ab Ce vide-l\u00e0, elle ne le remplira jamais \u00bb, \u00e9crit sa petite-fille.<\/p>\n<p>Avec ce r\u00e9sum\u00e9, je ne vous ai pas tout d\u00e9voil\u00e9 du livre. Je vous engage \u00e0 le d\u00e9couvrir.<\/p>\n<p><strong>Notes :<\/strong><br \/>\n(1) Voir aussi les articles de Reine sur ce blog : <em><a href=\"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/spoliation-et-aryanisation-des-biens-juifs-sous-vichy-restitutions-et-reparations-dans-lapres-guerre\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Spoliation et \u00ab aryanisation \u00bb des biens juifs sous Vichy : restitutions et r\u00e9parations dans l\u2019apr\u00e8s-guerre (1) <\/a>et\u00a0<a href=\"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/spoliation-et-aryanisation-des-biens-juifs-sous-vichy-restitution-et-reparation-1995-2025-2\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Spoliation et \u00ab\u00a0aryanisation\u00a0\u00bb des biens juifs sous Vichy : restitution et r\u00e9paration 1995-2025 (2)<\/a><br \/>\n<\/em>(2) <em>Les Feuilles mortes, <\/em>est une chanson \u00e9crite par Jacques Pr\u00e9vert et compos\u00e9e par Joseph Kosma, initialement pour le film <em>Les Portes de la nuit<\/em> de Marcel Carn\u00e9, film sorti fin 1946. Elles ont \u00e9t\u00e9 interpr\u00e9t\u00e9 par Yves Montand, Cora Vaucaire, Juliette Gr\u00e9co, etc.<br \/>\n(3) Voir l\u2019article de Claire sur ce blog : <a href=\"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/bref-apercu-de-la-longue-histoire-des-juifs-en-roumanie\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><em>Bref a<\/em>per\u00e7u de la longue histoire des Juifs en Roumanie<\/a><br \/>\n(4) Cette histoire est racont\u00e9e par Sonia Devillers dans son livre : <em>Les export\u00e9s<\/em>, Editions Flammarion 2022.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref1\" name=\"_edn1\"><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le magnifique piano \u00e0 queue n\u00b02, de chez Erard, command\u00e9 par Wilhelm Enoch, arrive au si\u00e8ge des \u00e9ditions Enoch, boulevard des Italiens, le 12 janvier 1892. 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