{"id":969,"date":"2017-05-26T15:28:32","date_gmt":"2017-05-26T14:28:32","guid":{"rendered":"http:\/\/maclarema.fr\/blog\/?p=969"},"modified":"2017-06-05T11:36:01","modified_gmt":"2017-06-05T10:36:01","slug":"judas-roman-damos-oz-2016","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/judas-roman-damos-oz-2016\/","title":{"rendered":"Judas roman d&rsquo;Amos Oz (2016)"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2017\/05\/738_le-baiser-de-judas.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-986 alignleft\" src=\"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2017\/05\/738_le-baiser-de-judas-300x300.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2017\/05\/738_le-baiser-de-judas-300x300.jpg 300w, https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2017\/05\/738_le-baiser-de-judas-150x150.jpg 150w, https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2017\/05\/738_le-baiser-de-judas.jpg 410w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>Giotto <em>le Baiser de Judas<\/em> (1304-1306)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Le dernier roman de l&rsquo;\u00e9crivain isra\u00e9lien Amos Oz*<\/strong>, cofondateur du mouvement La Paix Maintenant, nous emm\u00e8ne dans la J\u00e9rusalem coup\u00e9e en deux de l&rsquo;hiver 1959-1960. Dans une maison isol\u00e9e, dans une atmosph\u00e8re de huis clos, cohabitent trois personnages hant\u00e9s par leur pass\u00e9 : <strong>Shmuel Asch*<\/strong>\u00a0est un jeune homme de 25 ans, empot\u00e9, timide et sentimental, qui vient d&rsquo;abandonner des \u00e9tudes brillantes par manque d&rsquo;argent -son p\u00e8re <a href=\"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2017\/05\/images.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-988 alignright\" src=\"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2017\/05\/images-205x300.jpg\" alt=\"\" width=\"205\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2017\/05\/images-205x300.jpg 205w, https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2017\/05\/images-699x1024.jpg 699w, https:\/\/maclarema.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2017\/05\/images.jpg 737w\" sizes=\"auto, (max-width: 205px) 100vw, 205px\" \/><\/a>est ruin\u00e9- et parce que sa fianc\u00e9e l&rsquo;a abandonn\u00e9 pour en \u00e9pouser un autre. Il est ainsi amen\u00e9 \u00e0 s&rsquo;occuper quelques heures par jour d&rsquo;un vieil homme paralytique et discoureur, <strong>Guershom Wald<\/strong>, en \u00e9change du g\u00eete et d&rsquo;un peu d&rsquo;argent. Avec cet ancien professeur d&rsquo;histoire, cynique et pessimiste, Shmuel l&rsquo;id\u00e9aliste a des discussions passionn\u00e9es sur le sionisme, la cr\u00e9ation r\u00e9cente de l&rsquo;Etat d&rsquo;Isra\u00ebl, la question arabe, ou encore \u00a0sur J\u00e9sus et Judas. La relation entre ces deux hommes, au d\u00e9part difficile, va \u00e9voluer au cours de ces quelques mois en un lien profond et filial qui r\u00e9pare le pass\u00e9 : Guershom a perdu pendant la guerre de 1948 son fils Micha et Shmuel a v\u00e9cu une enfance triste avec des parents peu aimants.<\/p>\n<p><!--more--><strong>Atalia Abravanel<\/strong>, le troisi\u00e8me personnage, est une femme de 45 ans, qui s\u00e9duit Shmuel par sa beaut\u00e9 myst\u00e9rieuse et sensuelle. Le jeune homme, plein de d\u00e9sir mais transi devant l&rsquo;ind\u00e9pendance et la franchise ironique de cette femme puissante, parviendra \u00e0 l&rsquo;approcher, malgr\u00e9 sa maladresse, au cours de trois promenades initiatiques dans la ville et d&rsquo;une nuit \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s. On apprend peu \u00e0 peu le secret qui lie Atalia \u00e0 Guershom Wald. Elle est la veuve de son fils Micha et vit dans la m\u00eame maison que son beau-p\u00e8re depuis ce drame. Elle est aussi la fille d&rsquo;un sioniste id\u00e9aliste\u00a0(fictif) rejet\u00e9 comme tra\u00eetre en 1947 par Ben Gourion et le Comit\u00e9 ex\u00e9cutif sioniste pour avoir milit\u00e9 pour un \u00ab\u00a0non-\u00e9tat juif et arabe\u00a0\u00bb. Un p\u00e8re, abandonn\u00e9 par sa femme, peu attentif \u00e0 sa fille et qui est mort en 1951 dans cette m\u00eame maison.<br \/>\nFinalement Atalia pousse Shmuel\u00a0\u00e0 partir vivre sa vie, ce qu&rsquo;il fera en prenant un car au hasard pour une ville nouvelle dans le d\u00e9sert du N\u00e9guev.<\/p>\n<p><strong>Ce roman, plein d&rsquo;entrelacs,<\/strong> ne se contente pas de raconter une histoire. Il permet aussi \u00e0 l&rsquo;\u00e9crivain de partager avec nous des d\u00e9bats de fond sur les id\u00e9aux du sionisme confront\u00e9s \u00e0 la cr\u00e9ation d&rsquo;Isra\u00ebl (avec en creux la question actuelle de la cr\u00e9ation d&rsquo;un Etat\u00a0palestinien et de la coexistence des deux peuples) et une r\u00e9flexion th\u00e9ologique, intellectuelle et politique sur \u00a0Judas. Prenant pr\u00e9texte de la th\u00e8se de Shmuel qui travaille sur la figure de J\u00e9sus dans la tradition juive, Amos Oz partage avec nous ses\u00a0lectures\u00a0savantes qui convoquent entre autres les Evangiles, des rabbins c\u00e9l\u00e8bres, \u00a0des philosophes, des \u00e9crivains. Et \u00e0 travers\u00a0les point de vue de Shmuel et de Guershom il revisite les diff\u00e9rentes figures de Judas, qu&rsquo;il consid\u00e8re comme mal interpr\u00e9t\u00e9es depuis l&rsquo;Antiquit\u00e9. En fait Judas n&rsquo;a pas trahi le Christ , au contraire il est, par sa foi aveugle, \u00ab\u00a0le premier chr\u00e9tien, le dernier, le seul\u00a0\u00bb. Il livre J\u00e9sus pour que la crucifixion advienne, pour prouver que J\u00e9sus, dans sa double nature, va ressusciter. Et c&rsquo;est d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 par le d\u00e9sespoir humain de J\u00e9sus sur la croix qu&rsquo;il se pend. <strong>Ainsi Judas,\u00a0qui livre J\u00e9sus\u00a0pour de l&rsquo;argent, figure fondatrice de l&rsquo;antijuda\u00efsme chr\u00e9tien, n&rsquo;est<\/strong> <strong>paradoxalement pas un tra\u00eetre<\/strong> mais un homme en avance sur son temps et la figure initiale d&rsquo;une longue cha\u00eene de tra\u00eetres chers \u00e0 Amos Oz : dans le roman, Abravanel p\u00e8re bien s\u00fbr mais aussi Guershom qui se sent tra\u00eetre \u00e0\u00a0son fils pour l&rsquo;avoir pouss\u00e9\u00a0par sionisme \u00e0 aller faire la guerre (alors qu&rsquo;il aurait pu en \u00eatre exempt\u00e9), Antek, le grand-p\u00e8re de Shmuel, assassin\u00e9 comme tra\u00eetre par les sionistes dans les ann\u00e9es 30 ou encore Shmuel se sentant coupable de ne pas avoir aim\u00e9 ses parents au point de s&rsquo;en inventer d&rsquo;autres. Amos Oz cite aussi p\u00e8le-m\u00eale Lincoln, De Gaulle, Herzl imaginant un \u00e9tat juif en Ouganda, Camus, Sartre et tous les dirigeants isra\u00e9liens ayant voulu faire la paix avec les Palestiniens, tous visionnaires et tous appel\u00e9s tra\u00eetres. Jusqu&rsquo;\u00e0 lui, Amos Oz, qui consid\u00e8re cette insulte \u00e0 son \u00e9gard \u00ab\u00a0comme un honneur\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Amos Oz<\/strong> n&rsquo;est jamais manich\u00e9en. Il adopte successivement les points de vue de ses personnages qui s&rsquo;influencent mutuellement, sans prendre parti. Il ne choisit pas entre l&rsquo;id\u00e9aliste Abravanel et le pragmatique Ben Gourion. D&rsquo;ailleurs\u00a0il nous a d\u00e9j\u00e0 dit, dans son essai <em>Aidez-nous \u00e0 divorcer*<\/em>, que \u00ab\u00a0le contraire de la guerre n&rsquo;est pas la paix mais le compromis\u00a0\u00bb. En revanche en explorant la figure de Judas il entend bousculer les clich\u00e9s antis\u00e9mites et r\u00e9duire les fractures entre tradition juive et tradition chr\u00e9tienne. Il rappelle, \u00e0 propos de ce livre particuli\u00e8rement personnel, qu&rsquo;il a mis cinq\u00a0ans \u00e0 \u00e9crire, que son p\u00e8re s&rsquo;appelait Judas comme son propre fils.<\/p>\n<p><strong>Ce roman\/essai<\/strong>, \u00e0 la fois <strong>po\u00e9tique<\/strong> (cf les promenades dans une J\u00e9rusalem nocturne neigeuse et venteuse),<strong> sensible et ironique<\/strong> par le cheminement de ses trois personnages complexes et <strong>discursif\u00a0<\/strong>par la confrontation d&rsquo;id\u00e9es m&rsquo;a\u00a0int\u00e9ress\u00e9e. Mais les nombreux d\u00e9tours th\u00e9ologiques, tr\u00e8s document\u00e9s, dispersent et alourdissent la magie fictive car ils ne sont pas articul\u00e9s au r\u00e9cit avec assez de l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, comme chez Kundera par exemple. Sauf au chapitre 47, une p\u00e9pite, o\u00f9\u00a0Judas, devenu personnage,\u00a0expose sa d\u00e9tresse \u00a0\u00e0 la premi\u00e8re personne, dans un monologue path\u00e9tique et \u00e9poustouflant.<\/p>\n<p><strong>Notes<\/strong><\/p>\n<p><strong>Amos Oz : <\/strong>voir <a href=\"http:\/\/maclarema.fr\/fpEcrivains.html\">lien maclarema<\/a>\u00a0\u00e9crivains engag\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>Sholem Asch :<\/strong> (1880-1957) <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Sholem_Asch\">\u00e9crivain yiddishophone <\/a>qui a \u00e9crit sur des figures des<br \/>\nEvangiles.<\/p>\n<p><strong><em>Aidez-nous \u00e0 divorcer <\/em><\/strong>(2004)<em> :<\/em>\u00a0essai d&rsquo;Amos Oz, \u00e9ditions\u00a0Gallimard.<\/p>\n<p><strong>Judas Iscariote<\/strong> :<a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Judas_Iscariote\"> article de wikip\u00e9dia.<\/a><\/p>\n<p><strong><em>La Derni\u00e8re tentation du Christ <\/em><\/strong>(1988) : film am\u00e9ricain de Martin Scorsese (1988) \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0o\u00f9 J\u00e9sus demande \u00e0 Judas de le livrer pour que s&rsquo;accomplissent les Ecritures.<\/p>\n<p><strong><em>Histoire de Judas<\/em><\/strong> (2015) : film fran\u00e7ais de Rabah Ameur-Za\u00efm\u00e8che<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Giotto le Baiser de Judas (1304-1306) &nbsp; Le dernier roman de l&rsquo;\u00e9crivain isra\u00e9lien Amos Oz*, cofondateur du mouvement La Paix Maintenant, nous emm\u00e8ne dans la J\u00e9rusalem coup\u00e9e en deux de l&rsquo;hiver 1959-1960. 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