Billet d’humeur en hommage à Leila Shahid

Leila Shahid n’est plus, comme n’est plus tout ce qu’elle avait promu de toute sa force et sa capacité de persuasion : L’espoir d’une paix « juste et durable » entre Israéliens et Palestiniens qu’avec beaucoup d’autres nous avons soutenue, une paix que les accords d’Oslo signés en 1993 avaient essayé d’installer. Au lieu de paix, s’est accentuée la guerre. De l’effrayant massacre du 7 octobre 2023 à la guerre contre Gaza et maintenant la colonisation et l’expulsion des Palestiniens qui s’accentuent en Cisjordanie, sans parler du Liban, des milliers de civils sont morts et des milliers d’autres blessés.

Leila Shahid a décidé de quitter la vie ce 18 février, à Lussan dans le Gard où elle vivait. Elle avait 76 ans.

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Les Juifs en France (2) : des expulsions à l’Expulsion (1226-1501)

1  Sous les derniers Capétiens (1226-1328) et les Valois (1328-1515)

     1.1 Des brimades à la première expulsion de 1306

Sous l’influence du concile de Latran*IV en 1215,  le sort des Juifs se dégrade fortement. la mise en place du dogme de l’eucharistie* entraîne les premières accusations de

Rumeur de « meurtre rituel »

profanation d’hosties et de meurtres rituels* et des tentatives de séparation entre Juifs et Chrétiens plus ou moins suivies : quartiers délimités (il n’y aura cependant jamais de ghetto en France) et premiers signes distinctifs. Les successeurs de Philippe Auguste vont  restreindre puis interdire le prêt à intérêt (1235). Les convertis sont surveillés au cas où ils se conduiraient comme des Marranes*. Les guildes de commerçants et d’artisans sont interdites aux Juifs.

 

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Les Juifs en France et à côté (3) : deux cas particuliers, la juiverie de Paris et les Juifs du Pape. Conclusion

La juiverie de Paris

Les Juifs sont présents à Paris depuis le VIè siècle et s’y maintiennent jusqu’en 1394, en nombre et fortune variables selon les décisions royales.

Stèle de Dame Floria
Paris 1364

1 Topographie

Habitat juif de Paris
XII-XIVè siècles

On sait que des commerçants juifs étaient installés  dès l’antiquité gallo-romaine à Lutèce, dans la juiverie de la Montagne Ste Geneviève, rue Cujas, près des thermes de Lutèce dans le 5è arrondissement. Puis on les trouve rue Galande (juiverie de St Julien le pauvre). Une  nouvelle mention de leur présence apparaît dans l’Histoire des Francs de Grégoire de Tours au VIè siècle, la via Judearia. Ils sont chassés par Dagobert en 636, et reviennent deux siècles plus tard sous les Carolingiens. Ils sont installés dans l’île de la Cité, dans les rues de la Juiverie, de la Pelleterie et de la Vieille-Draperie. Continuer la lecture

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Les Juifs en France (1) : de la Gaule gallo-romaine au début du XIIIè siècle

Quelle place occupe l’histoire des Juifs dans l’histoire de France? Dans le manuel d’histoire

Stèle d’Auch Vè-VIIè siècle

Malet-Isaac, une seule phrase leur est consacrée, quand aujourd’hui on enseigne à grandes lignes aux élèves quelques moments marquants : l’émancipation sous la Révolution, l’affaire Dreyfus, Vichy et la Shoah. Mais rien sur les périodes gallo-romaine, médiévale et moderne. L’étude des archives juives date de la fin du XIXè siècle avec la création de la société des études juives en 1880 et les monuments et objets ont été longtemps ignorés (découverte en 1976 d’ une école juive souterraine à Rouen), ou négligés (prise en compte récente de stèles funéraires par exemple). De plus la plupart des historiens s’intéressant à cette minorité française sont juifs, un « entre-soi » qui ne favorise pas l’insertion des données dans l’histoire générale de la France. Pour autant y-a-t-il eu occultation volontaire ? Sans doute pas car l’historiographie des minorités intégrées à une majorité est un pan de la recherche relativement récent. Deux livres sont parus récemment : Histoire des juifs en France, de Michel Abitbol (chez Perrin en 2024) qui traite très peu du Moyen-Age, et un livre-somme sous la direction de Sylvie-Anne Goldberg, Histoire juive de la France (chez Albin Michel 2023), dont la table des matières s’étend du premier siècle jusqu’à aujourd’hui et travaille de manière approfondie et illustrée par une somptueuse iconographie cette histoire à la jonction de l’histoire générale de la France et de la diaspora et qui démontre aussi comment les juifs de France ont joué un rôle fondamental dans l’ histoire juive mondiale. Continuer la lecture

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Le dernier des Camondo : biographie de Pierre Assouline Gallimard, 1997

L’auteur parcourt l’histoire de la famille Camondo en cinq chapitres et un épilogue. En préambule nous avons accès à un arbre généalogique qui part du patriarche Abraham Salomon Camondo (1781-1873) et finit par la dernière génération, Fanny (1920-1943) et Bertrand (1923-1943).

Le premier chapitre commence par un historique détaillé de la Plaine Monceau, dans l’ouest parisien, qui sous l’influence du baron Haussmann et des frères Pereire devient le haut-lieu de la bourgeoisie parisienne. De nombreux hôtels particuliers sont construits dont l’Hôtel Violet rue de Monceau qui appartiendra à la famille Camondo et que Moïse fera détruire pour le reconstruire entièrement. Assouline conte sa visite par le menu de cette demeure devenue musée, emplie de collections du XVIIIè siècle, que Moïse (1860-1935) a fait bâtir en 1914 tel un « Petit Trianon ». Continuer la lecture

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Le fascisme qui vient ?

Apocalypse nerds Comment les technofascistes ont pris le pouvoir*, c’est le titre d’un petit livre percutant où l’on découvre, sidéré, les idées, les projets, les modes de vie et d’action des multimilliardaires « seigneurs de la tech »  entourant Donald Trump.
En écrivant ce livre, très sérieusement documenté, Nastasia Hadjadji et Olivier Tesquet, alertent sur leur prise de pouvoir insidieuse, sur la neutralisation de la démocratie gangrenée par des techno-fanatiques comme Elon Musk ou par des néo-réactioonnaires* comme PeterThiel*.
Les multimilliardaires de la Silicon Valley, soutiens de Trump, utilisent leur indécente fortune pour financer les initiatives qui leur plaisent, les plus réactionnaires, les plus folles ou dangereuses ; des cités-Etat autonomes sécessionnistes, des projets eugénistes et trans-humanistes, des rêves d’immortalité, portés par une puissance financière sans borne. Ils ne partagent pas tous les mêmes lubies, mais se rejoignent dans l’ambition de dominer l’ordre mondial et de déterminer le futur de l’humanité. Continuer la lecture

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Les mémoires de Glückel Hameln

Portrait imaginaire de Glückel, sous les traits de Bertha Pappenheim
d’après Leopold Pilichowski (1869-1934), peintre polonais

Glückel Hameln nait à Hambourg en 1645, dans une famille juive ashkénaze (1). On la connaît sous plusieurs noms, celui de son père, Leib Staden, souvent nommé Pinkerle, et surtout celui de son premier mari, Haïm, originaire de Hameln, une petite ville près de Hanovre.

Glückel épouse Haïm à l’âge de 14 ans, lui en a 17. Ils auront… quatorze enfants dont douze atteindront l’âge adulte. Cinq ans après la mort de Haïm, elle entreprend d’écrire ses mémoires, sous la forme de sept livres.

Elle s’en explique dès les premières pages :
« J’ai commencé à écrire tout cela, avec l’aide de Dieu, après la mort de votre père; et cela me fait du bien lorsque mes lourds soucis me rendent mélancolique… J’ai passé de nombreuses nuits sans sommeil et je me suis efforcée de ne pas sombrer dans le chagrin, Dieu m’en garde. C’est ainsi que je me lève souvent la nuit pour consacrer mes heures sans sommeil à écrire ces pensées. » Continuer la lecture

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Toutes les vies de Théo, roman de Nathalie Azoulai (P.O.L, 2025)

Théo Ravier et Léa Woks se rencontrent à 25 ans lors de séances de tir, en 1998. Très vite ils s’installent ensemble, et  trois ans après ont une fille, Noémie. Léa est avocate,  Théo  est un historien d’art d’origine bretonne et allemande. La mère de Théo, Marie, a élevé son fils dans la culpabilité de la Shoah. Léa, d’origine juive ashkénaze, appartient à une famille laïque, plus tournée vers le passé que vers Israël. Seul Dan, le cousin de Léa, est tourné vers Israël , allant même jusqu’à travailler pour ses services secrets.Théo, influencé par l’éducation maternelle, se sent plus Juif que Léa, et se spécialise dans les rapports entre peinture et Shoah. Dix ans après, on les retrouve lors d’un voyage en Israël où Léa fait part  de son malaise et exprime son rejet des Juifs religieux, et plus largement des groupes juifs. Continuer la lecture

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Gaza

Comment dire l’horreur avec laquelle nous assistons, impuissantes, à l’anéantissement du peuple palestinien ? Rien ne saurait justifier les atrocités commises le 7 octobre, mais qu’est-ce qui pourra justifier l’extermination par les armes et la famine d’hommes, de femmes et d’enfants prisonniers d’un espace sans issue ?
Les stratèges israéliens du nationalisme religieux ne s’encombrent pas de compassion; l’élimination du Hamas et de la population censée le soutenir ouvre la voie au « Grand Israël » revendiqué par une extrême droite messianique sans scrupule, soutenue par Donald Trump. Continuer la lecture

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Film Oui (Ken) de Nadav Lapid (2025) présenté au Festival de Cannes 2025, en salles le 17 septembre

Y,
Photo du film

Ce film a fait partie de la sélection La Quinzaine des cinéastes à Cannes en mai 2025, et j’ai eu l’occasion de le voir en avant-première à Paris en présence de l’auteur. Il s’agit du cinquième long métrage de Nadav Lapid*. Le synopsis est simple. A Tel-Aviv, Y musicien de jazz. et Yasmine danseuse, qui vivent avec leur enfant d’1 an et demi, pour gagner leur vie se vendent à des soirées d’ultra riches. Au cours de ces fêtes orgiaques ils amusent la galerie,  répondent à tous les caprices des invités jusqu’à la maltraitance (ramper, lécher des bottes etc.), se prostituent en fin de soirée chez des nantis en mal d’affection. En un mot ils se soumettent, disent « oui » (ken en hébreu) à tout. Continuer la lecture

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