Les séries israéliennes : épisode 2 Our Boys (Nos garçons), Betipul (En thérapie)

Deux exemples de séries.

Our boys (2019) de Joseph Cedar, Hagaï Levi, Tawfik Abu-Wael
10 épisodes

Cette série revient sur des événements qui ont conduit à la guerre à Gaza en juillet 2014.  Le 12 juin 2014, trois adolescents juifs qui faisaient de l’autostop pour rentrer chez eux, sont enlevés puis assassinés par deux terroristes palestiniens du Hamas au nord d’Hébron en Cisjordanie. Leurs corps sont retrouvés le 30 juin. Des militants du Hamas sont arrêtés, les rues s’enflamment en Israël. Dans la nuit du 1er au 2 juillet, un adolescent palestinien de Jérusalem est enlevé et brûlé vif par trois jeunes religieux juifs ultra orthodoxes. Le 8 juillet, en réponse à des tirs de roquette depuis Gaza, commence la guerre « Bordure protectrice ». Le 23 septembre les deux meurtriers du Hamas sont abattus par les services israéliens. Continuer la lecture

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L’antisémitisme aux Etats-Unis (suite)

En lien avec l’article sur les Juifs américains partie 5 (aujourd’hui), et celui sur le roman de Philip Roth, Le Complot contre l’Amérique, je vous conseille la lecture de l‘entretien de l’historien Pierre Birnbaum avec le journal Le Monde (du 8 janvier) à propos de la parution de son livre Les Larmes, de l histoire de Kichinev à Pittsburgh (Gallimard).
Le titre de l’article : « La vallée des larmes de l histoire juive s’étend jusqu’à la société américaine ».

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L’Etat français et les cultes religieux juifs et musulmans

1 – Comment la République française gère-t-elle actuellement ses relations avec les instances religieuses ?

En France, la loi de séparation de l’église et de l’Etat, du 9 décembre 1905, instaure le principe de laïcité : il n’y a plus de religion d’Etat ni de religion officielle en France, les pratiques religieuses font partie des droits humains (n.1) mais relèvent de la sphère privée.Inspiré par Voltaire, Émile Combes sépare l'Église et l'État. Caricature anticléricale anonyme, Castres, Centre national et musée Jean-Jaurès.
Cette loi détermine la forme actuelle des relations de l’Etat avec les institutions religieuses. L’article 4 prévoit que l’État prend en compte l’organisation interne de chacun des cultes dans la mesure où cette organisation n’entre pas en contradiction avec les règles républicaines.

Les relations que l’Etat entretient actuellement avec les institutions religieuses sont précisées sur un site gouvernemental (n.2) dans le chapître « l’administration et les cultes » en trois paragraphes décrivant son rôle : Continuer la lecture

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Conférence JCall / La paix maintenant ( 8 novembre 2021) : Premier bilan du nouveau gouvernement israélien

En Israël, les élections législatives de mars 2021 ont enfin permis de clore la période Netanyahou, inculpé depuis 2019 pour corruption, fraude et abus de confiance. Un nouveau gouvernement de coalition très large a été investi le 13 juin.

Il s’appuie sur les élus à la Knesset (parlement israélien) des partis suivants : Yamina (parti de Naftali Bennett, très à droite, réunissant laïcs et religieux), Nouvel Espoir (fondé par Gideon Saar, ancien du Likoud ; situé plutôt à la droite du Likoud), Israël Beytenou (parti laïc et nationaliste fondé par Avigdor Liberman, également ancien du Likoud), Yesh Atid (parti centriste et laïc de Yaïr Lapid), le parti Bleu-Blanc (coalition centriste présidée par Benny Gantz),  le parti travailliste (parti qui a longtemps dirigé le gouvernement israélien mais très déclinant, actuellement sous la présidence de Merav Michaeli), le Meretz (parti laïc et socialiste, à gauche du parti travailliste, présidé par Nitzan Horowitz), Ra’am liste arabe unie (parti arabe, présidé par Mansour Abbas).

La coalition représente 61 députés sur 120, donc a une très faible majorité. Naftali Bennett est premier ministre pour deux ans et sera ensuite remplacé par Yair Lapid.

Pour faire un premier bilan, les organisations JCall et La Paix Maintenant ont reçu le 8 novembre (1) :
– Gaby Lasky, avocate spécialiste des droits de l’homme, députée du Meretz, membre des commissions des Lois : « Statut des femmes et Egalité des genres » et « Affaires étrangères et Défense ».
– Denis Charbit, historien politologue, Open University of Israël, auteur de nombreux ouvrages sur le sionisme et la société israélienne (2).

Gaby Lasky prend la parole la première :
Elle considère ce gouvernement de très large coalition comme un miracle après les années Netanyahou. Si le Meretz a décidé d’y participer malgré ses différences essentielles avec les autres partis, c’est parce qu’il pensait que ce gouvernement pouvait sauver la démocratie et qu’il serait possible de travailler sur des sujets communs.

GL considère qu’il y a eu d’ores et déjà des avancées : un nouveau budget a enfin été voté début novembre alors que le budget précédent n’avait pu qu’être reconduit depuis 2018. Nisan Horowitz, ministre de la Santé et membre du Meretz, a obtenu 2 milliards de shekels (0,58 milliards d’euros) pour le budget de la santé ; une réforme de la cacherout diminue le rôle du rabbinat dans les prises de décision. Il y a un nouveau statut pour l’environnement qui aligne Israël avec d’autres pays. Des mesures d’égalité entre hommes et femmes, religieux et non religieux, juifs et arabes ont été actés. Par exemple la réalisation de trois nouvelles villes dans le Neguev pour les bédouins. Pour Gaby Lasky c’est un gouvernement de changement. Continuer la lecture

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Les séries israéliennes : épisode 1

Pourquoi et comment un si petit pays* (environ 9 millions d’habitants) produit-il un si grand nombres de séries de TV, populaires non seulement en Israël mais aussi à l’étranger et qui en outre se voient adaptées dans le monde entier à l’instar de Betipul (20 versions), de Kvodo ou de Hatufim? Pourtant les conditions historiques, politiques et économiques sont loin d’être favorables : la télévision est apparue très tard dans les foyers israéliens. Jusqu’au début des années 1980 il existait une seule chaîne qui diffusait des émissions éducatives et de la propagande militaire. Les premiers téléfilms apparaissent avec le cable et une 2ème chaîne privée, dans les années 1990 (série télévisuelle Florentine en 1997). Encore aujourd’hui, malgré le niveau excellent des moyens technologiques et les succès, les conditions financières de production restent aléatoires et précaires. Aucune aide de l’Etat dans un environnement ultra-libéral. Les auteurs travaillent souvent isolés, essaient de trouver des financements, trouvent parfois des sociétés de production qui les financent comme Keshet Production, mais sont la plupart du temps soumis au bon vouloir de plateformes numériques comme HBO ou Netflix (qui co-produisent de très nombreuses séries israéliennes). Enfin dès que des sujets politiques ou religieux sont abordés comme dans Our boys ou Fauda, les réactions de membres politiques (de la droite dure en général), ou de la société civile et religieuse peuvent être virulentes. Voilà un contexte bien compliqué qui interroge : pourquoi, malgré tout, une telle profusion de séries de qualité? Comme disent certains  créateurs « Low cost, high quality »(bas coût, haute qualité). Continuer la lecture

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A serious man : film d’Ethan et Joël Coen (2009)

Mes recherches sur les Juifs américains m’ont donné l’idée de revoir A serious man et de prolonger ces articles en parlant de ce film largement autobiographique des frères Coen, qui rend bien compte de la vie d’une communauté juive dans une banlieue américaine, en l’occurence celle de Minneapolis (Minnesota).
A la fin des années 1960 (les titres de musique pop rock aident à dater), Larry Gopnik*, « un homme sérieux » a tout pour être heureux. Enseignant de physique quantique à l’Université, il doit prochainement être titularisé, il est marié avec Judith, a deux enfants adolescents, une maison coquette avec pelouse. Sauf que, un « mauvais jour », le sort s’acharne contre lui. Telles les plaies d’Egypte, les très mauvaises nouvelles se succèdent à un rythme effréné : Judith veut divorcer pour épouser leur meilleur ami Sy Ableman et l’envoie vivre dans un motel, ses enfants adolescents Sarah et Daniel ne lui parlent que pour se plaindre ou lui demander de l’argent, son frère Arthur, chômeur qui campe dans le salon et la salle de bains où il s’enferme des heures, est appréhendé par la police pour comportement sexuel déviant. On apprend aussi que Daniel au lieu de préparer sérieusement sa bar mitzvah*, a des embrouilles avec un copain à qui il achète de l’herbe et qu’il ne peut rembourser qu’en volant son père. Et pour couronner le tout, un étudiant coréen lui a glissé une enveloppe dans son bureau pour qu’il remonte sa note de partiel, ce qu’il refuse de faire dans un premier temps. Objet de lettres calomnieuses et de menaces anonymes, il voit sa titularisation devenir incertaine. Enfin son effrayant voisin, chasseur aux propos suprémacistes, empiète sur sa pelouse. En quelques heures l’homme sérieux Larry (« Mensch* » en yiddish)  bascule dans le pathétique, le grotesque, et devient un « schlemil* » (un idiot malchanceux). Continuer la lecture

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Les Juifs au temps de Napoléon

On a beaucoup parlé du règne de Napoléon à l’occasion du bicentenaire de sa mort en 1821. Nous avons voulu nous pencher sur sa politique vis-à-vis des Juifs.

Grand Sanhédrin – février 1807

Rappel : L’acquisition de la citoyenneté par les Juifs de France
Le 27 septembre 1791, après de nombreux débats, l’assemblée constituante accorde la citoyenneté aux Juifs de France (1). Ils deviennent ainsi les premiers Juifs émancipés en Europe. Toute discrimination légale à leur égard est supprimée : nécessité d’autorisation de résidence, d’autorisation de mariages, interdiction de tel ou tel métier, impôt spécifique…
Cela concerne environ 40 000 personnes : 20 000 à 25 000 en Alsace, 2 000 à Metz et 1 500 dans le pays messin, 4 000 en Lorraine, 2 300 à Bordeaux, 1 000 à 1 200 vers Bayonne, 2 500 à Avignon et dans le Comtat Venaissin, 500 à Paris. Cela entrainera peu à peu pour eux un bouleversement social important qui leur permettra de sortir d’une très grande précarité, sans que l’antisémitisme auquel ils étaient confrontés ne disparaisse. L’affaire Dreyfus en sera un siècle plus tard un dramatique exemple.
La Terreur, avec sa politique antireligieuse, apportera elle-même au cours de la dernière décennie du 18ème siècle son lot d’exactions : fermeture de synagogues, interdiction de pratiquer le culte, on inquiète les notables juifs. Mais la citoyenneté reste acquise.

Voici l’état général avant le Directoire puis l’entrée en scène de Bonaparte suite au coup d’état du 18 brumaire an VIII (9 novembre 1799).

La politique de Napoléon vis-à-vis des Juifs
Si la citoyenneté n’est pas remise en cause, on assiste sous Napoléon à la fois à des avancées au point de vue de l’organisation du culte et du lien du judaïsme avec l’Etat et un retour brutal à des discriminations que la Révolution avait abolies.
L’acquisition de la citoyenneté avait totalement modifié le rapport des Juifs à la communauté juive. D’un lien contraint, on passe à un lien choisi, qu’il reste à organiser (2).

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Les Juifs américains : 5 Aujourd’hui

Qu’en est-il de la communauté juive américaine à l’heure actuelle?

La place de la religion varie suivant les contextes comme pour les autres monothéismes . Les Juifs pratiqueraient plutôt moins que les Protestants et que dans les autres communautés (25% des Juifs prieraient chaque jour contre 75% des Protestants noirs par exemple). Plus les Juifs sont intégrés, moins ils suivent une pratique religieuse. Le Judaïsme se divise en 3 courants principaux : les Réformés (environ 35%), les Conservateurs (43%) et les Orthodoxes (14%). Actuellement les Conservateurs

Juifs orthodoxes dans le quartier de Williamsburg à New-York en 2017

perdent des adeptes au profit des Orthodoxes qui sont les seuls à vivre dans des quartiers séparés, selon une religion très traditionnelle et rigoriste. Ces pourcentages sont indicatifs et évolutifs, et de nombreux Juifs refusent toute affiliation à un courant et adaptent leur pratique à leur convenance. Comme en Europe ils mêlent les fêtes juives et chrétiennes (Hanouka* et Noël), se rendent à la synagogue pour les grandes fêtes et pour rencontrer d’autres juifs, surtout quand ils sont éparpillés dans les banlieues ou des villes de taille moyenne. Continuer la lecture

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Les Juifs américains : 4 De 1945 à aujourd’hui

A la fin de la seconde guerre mondiale deux tiers des Juifs d’Europe ont disparu dans les camps et avec eux la culture juive du Yiddishland*. La prise de conscience de cette tragédie s’accompagne pour les Juifs américains d’une grande culpabilité, du remords de n’avoir rien ou pas assez fait, pour les sauver. Beaucoup d’entre eux ont perdu des membres de leur famille restés en Europe et le procès d’Eichmann à Jérusalem en 1961, relayé entre autres journalistes par la philosophe Hannah Arendt dans le New-Yorker, accentue cette prise de conscience. En Europe, les Juifs survivants sont parqués dans des camps de personnes déplacées, apatrides, ne sachant où aller. Il faut attendre 1948 pour que le président Truman puisse ouvrir les frontières aux réfugiés. Cette loi sera élargie en 1950 puis en 1965, amendements qui permettent à 1 million de personnes d’immigrer. Les 2 millions de Juifs soviétiques ont un sort plus problématique. Beaucoup se sont « déjudaïsés » et plus ou moins assimilés après la guerre. Mais l’antisémitisme virulent de Staline à la fin des années 1950 qui se termine en « procès des blouses blanches » puis la Guerre des Six jours en 1967, où l’Urss arme les états arabes, favorisent le retour à une conscience juive. Sous diverses influences, dont celle des dissidents soviétiques, et en raison de deals économiques avec les Américains, les autorités d’URSS ouvrent plus ou moins les frontières entre 1968 et 1993. 280 000 Juifs  partent pour les Etas-Unis, un million pour Israël.
Enfin on note depuis les années 1980 une immigration volatile d’environ 400 000 Israéliens, jeunes et majoritairement juifs (mais pas toujours).  A cela s’ajoute une faible immigration de Juifs d’Asie centrale et d’Iran. Continuer la lecture

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A la recherche des traces du ghetto de Varsovie

En séjour à Varsovie, un jour du début d’été 2012, je suis partie à la recherche des traces du ghetto :

Des traces du passé juif important de la ville, je n’ai vu jusqu’à présent que de petites statuettes de Juifs religieux et des chandeliers argentés dans les vitrines des boutiques de la vieille ville. Comme ces objets qu’on retrouve dans les tombes égyptiennes et qu’on expose dans les musées.

J’ai aussi dîné dans un restaurant d’une rue du quartier Muranow, au cœur de l’ancien quartier juif, qui proposait certains des plats alors habituels des Juifs de Varsovie ; il y avait sur les murs des photos de la rue commerçante et animée, au début du 20ème siècle, quand la majorité de ses habitants étaient juifs. Avec ses hommes en caftan ou en costume moderne, ses marchands d’objets en tout genre, ses femmes pressées…

Je me suis munie d’un plan marquant la délimitation du mur du ghetto ou plutôt des murs puisque le périmètre du ghetto s’est rétréci au fur et à mesure des années, comme un nœud coulant enserrant mortellement de plus en plus de gens :

  • Première enceinte de novembre 1940 à octobre 41
  • Nouvelle enceinte à partir de septembre 1942.

Le ghetto est en plein centre-ville, directement adossé à la vieille ville, encastrant le cimetière juif, avec les lignes de chemin de fer qui s’accrochent au Nord, comme une vaste pompe aspirante. De Varsovie à Auschwitz.

positionnement dans la ville (en plein cœur !)

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