Le Golem, toujours d’actualité

A propos de l’exposition Golem ! Avatars d’une légende d’argile
8 mars – 16 juillet 2017, au Musée d’art et d’histoire du judaïsme

Le Golem, dans la tradition juive, est un artefact d’apparence humaine, fait d’argile et animé par des procédés magiques afin d’assister ou de défendre son créateur.
Le mot golem (en hébreu « matière informe ») apparaît dans la Bible pour désigner l’état inachevé d’Adam lorsqu’il est façonné par Dieu et encore en attente du souffle divin. Si le Talmud mentionne des créations d’êtres artificiels et débat des problèmes suscités, c’est surtout la légende associée à la figure d’un rabbin du XVIe siècle, le Maharal de Prague, qui va populariser la figure du Golem dans l’imaginaire yiddish.

Le succès des diverses légendes circulant sur ce thème doit beaucoup au contexte social de l’époque : les populations juives d’Europe centrale vivent sous la menace constante d’accusations de meurtres rituels et de pogroms contre lesquels les prières restent sans effet. Un mythe se propage : un rabbin cabaliste peut créer, grâce à des formules magiques associées au nom ineffable de Dieu, une sorte de géant borné mais protecteur qui mettra la communauté à l’abri des exactions. Continuer la lecture

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Des solidarités envers les migrants et réfugiés (1)

Avril 2017 : court séjour en Italie, dans les Pouilles. Nous y avons croisé, le long des routes ou dans les petites villes, des Africains à pied, en petit groupe ou seuls, avec un petit bagage. L’Italie est en effet un des pays de première arrivée de migrants venus d’Afrique par la mer, via la Lybie. A condition que ces femmes, hommes et enfants puissent y arriver, après un voyage en mer des plus périlleux, sans parler du passage par la Lybie qui semble l’être au moins autant.

A notre retour, bien qu’Italie et France fassent partie de l’espace Schengen, contrôle par la police des frontières à l’aéroport. La France, comme d’autres pays européens, l’a en partie rétabli, en principe à titre provisoire.

L’Italie est un des exemples de ces pays aux frontières de l’Europe, où arrivent les migrants qui, s’ils veulent demander l’asile, doivent le demander dans ce premier pays d’arrivée. C’est le règlement européen Dublin III dont de nombreuses associations demandent la suppression. Détectés en tant que « dublinés » dans tout autre pays, dont la France, leur demande d’asile et les droits qui vont avec ne seront pas pris en compte. Ils doivent, en principe, retourner dans le premier pays d’entrée pour faire la demande. C’est, de la part des gouvernements, faire preuve de beaucoup d’hypocrisie et d’un grand déficit de solidarité et de partage !

Cela à titre d’exemple des situations inextricables, angoissantes et souvent dangereuses auxquelles sont confrontés les migrants (voir un précédent article).

Face à ces multiples problèmes la solidarité de citoyens, via des associations ou à titre individuel, s’organise et tente de s’amplifier. Continuer la lecture

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Judas roman d’Amos Oz (2016)

Giotto le Baiser de Judas (1304-1306)

 

Le dernier roman de l’écrivain israélien Amos Oz*, cofondateur du mouvement La Paix Maintenant, nous emmène dans la Jérusalem coupée en deux de l’hiver 1959-1960. Dans une maison isolée, dans une atmosphère de huis clos, cohabitent trois personnages hantés par leur passé : Shmuel Asch* est un jeune homme de 25 ans, empoté, timide et sentimental, qui vient d’abandonner des études brillantes par manque d’argent -son père est ruiné- et parce que sa fiancée l’a abandonné pour en épouser un autre. Il est ainsi amené à s’occuper quelques heures par jour d’un vieil homme paralytique et discoureur, Guershom Wald, en échange du gîte et d’un peu d’argent. Avec cet ancien professeur d’histoire, cynique et pessimiste, Shmuel l’idéaliste a des discussions passionnées sur le sionisme, la création récente de l’Etat d’Israël, la question arabe, ou encore  sur Jésus et Judas. La relation entre ces deux hommes, au départ difficile, va évoluer au cours de ces quelques mois en un lien profond et filial qui répare le passé : Guershom a perdu pendant la guerre de 1948 son fils Micha et Shmuel a vécu une enfance triste avec des parents peu aimants.

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Rencontre avec Ali Abu Awwadn responsable palestinien de l’ONG Roots

Comment ne pas céder au découragement devant le saccage des perspectives de paix entre Israéliens et Palestiniens ? Confortée par l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis, l’extrême droite politique ou religieuse est au pouvoir dans la société israélienne, le gouvernement invente des lois pour légaliser les implantations sauvages en territoires occupés, il en autorise de nouvelles…

Refusant de jeter l’éponge, La Paix Maintenant France et JCall organisent régulièrement des rencontres avec des groupes qui, sur place, se battent pour défendre un autre avenir.
A leur initiative, le 9 mars dernier, Ali Abu Awwad, le responsable palestinien de l’ONG Judur / Shorashim  est venu présenter son action lors d’une rencontre intitulée « Colons et Palestiniens ensemble dans un même État ? »

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Un pôle de l’histoire juive ashkénaze : le shtetl

 

Marc Chagall : le shtetl            

                                                                                                     Rivka (ma grand-mère)                                                                                                              Perla (mon arrière-                                                                                                                              grand-mère)                                                                                                                            Annette(ma mère)

                                                                                                   à Pulawy, Pologne en 1936


Je commencerai cet article par une blague du shtetl adaptée aux années 50 :
Deux juifs d’un shtetl polonais discutent, assis au bord d’un trottoir. L’un d’eux lit le journal et informe l’autre du résultat d’un match sportif qui a opposé l’Argentine au Paraguay. Et alors?, dit l’autre. Alors voilà 2-1 pour l’Argentine. L’autre réfléchit longtemps, intensément, avant de lâcher enfin : Et c’est bon pour nous?

Le mot yiddish « shtetl » (pluriel « shtetlech ») vient de l’allemand dialectal « Städtle », petite ville, et désigne de manière affectueuse un village ou une grosse bourgade juive d’Europe centrale et orientale, aux confins du rural et de l’urbain. Il naît à la fin de l’époque médiévale, au         XIVème siècle, quand les juifs allemands eux-mêmes d’origines diverses, implantés depuis le IXème siècle dans des villes de la Moselle et du Rhin, doivent fuir vers l’Est à cause des persécutions liées à la religion (rôle des Croisades et de la Peste noire 1348- 1351) et au rôle économique prépondérant d’une petite catégorie de juifs jalousé par les chrétiens. Le « yiddishland »  devient un vaste territoire jamais stable, qui comprend jusqu’en 1939, début de sa désintégration et de sa disparition totale sous les coups des Nazis et de leurs collaborateurs, les régions ou pays suivants : la Pologne, la Russie de l’ouest, l’Ukraine, la Biélorussie, les pays baltes (surtout la Lituanie), la Moldavie, la Galicie, la Roumanie orientale, la Transylvanie, la Bohême, la Slovaquie, la Bucovine, la Ruthénie subcarpathique…dont les appartenances changent au gré des événements politiques et des guerres, en premier lieu les partages successifs de la Pologne (1772, 1793, 1795), le démantèlement de l’Empire austro-hongrois en 1918 et bien sûr les deux guerres mondiales et les effets des totalitarismes.

En outre, et c’est un point important, les shtetlech sont eux-mêmes traversés dès le XVIIIème siècle et jusqu’en 1939 par les idées qui se répandent en Europe de l’Ouest et en Russie, à savoir le courant des Lumières qui imprègne fortement la Haskalah* née en Allemagne, puis le socialisme international et le bundisme, le sionisme enfin dans la seconde moitié du XIXème siècle.

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BILLET D’HUMEUR

En France, depuis 2012, les attentats provoqués par des groupes islamistes radicaux ont visé et tué des militaires, des Juifs dont des enfants, les journalistes et dessinateurs de Charlie Hebdo, plusieurs policiers, près de 150 personnes en tout, femmes et hommes, dans des cafés parisiens ou au Bataclan pour écouter de la musique, plus de 80 personnes réunies pour fêter le 14 juillet à Nice, un prêtre… sans parler des nombreux blessés…

Il y avait eu auparavant l’horrible meurtre à petit feu d’Ilan Halimi, dont on a tant tardé à reconnaître le caractère antisémite.

Face à cela, des associations, des organisations, si elles évoquent rapidement les « horreurs des attentats », insistent bien davantage sur la victimisation des musulmans de France et plus largement des « racialisés » ou « racisés » qui seraient dominés par les « blancs », visent un racisme d’Etat, ne considèrent la société que selon les « races » : les Blancs, les Juifs et nous, tel est le titre du dernier ouvrage d’Houria Bouteldja, porte-parole du PIR « parti des indigènes de la République ». Tout un programme !

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Que devient le camp de la paix en Israël ?

« Où est passé le camp de la paix ? » Rencontre organisée par La Paix Maintenant le 28 novembre 2016 avec Avi Buskila, secrétaire général de Shalom Akhshav  (1) et Yuval Rahamim, directeur du Forum des ONG pour la paix

lapmaint28-11-16Depuis les élections législatives de 2015 qui ont conforté le Likoud et l’extrême droite au pouvoir, la gauche israélienne, découragée et privée de soutien populaire, ne voyait pas de solution au conflit israélo-palestinien en dehors d’une intervention internationale ou d’événements extérieurs.

Avi Buskila, nouveau directeur de Shalom Akhshav, bouscule cette résignation défaitiste à l’impuissance ; selon son analyse, la société israélienne est d’abord minée par les difficultés de vie quotidienne d’une grande partie de la population et par le souci constant de la sécurité d’Israël. Il faut donc, pour résoudre le conflit israélo-palestinien, ne pas dissocier de cet objectif les questions sociales qui mobilisent une grande partie de la population. Il faut montrer que c’est la poursuite du conflit qui grève le budget de l’Etat au dépens des aides sociales et du développement économique, et qui, surtout, empêche le pays de retrouver le sentiment de sécurité auquel tous aspirent. Continuer la lecture

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Comme deux soeurs (Ahayiot, ahayiot) de Rachel Shalita (2015)

51rgwl-q9nl-_sx195_Le roman raconte le parcours de deux amies d’enfance, Tsiona et Véra, habitant Tel-Aviv du début des années 20 jusqu’en 1947, un an avant la fondation de l’état d’Israël. Elles appartiennent à deux milieux sociaux différents : Tsiona vit avec sa mère Hannah, veuve depuis peu et contrainte de travailler dur tandis que Véra est la fille de deux artistes, son père Léon est peintre et fait des allers et retours entre Tel-Aviv et Paris; et sa mère Dvorah est une ancienne pianiste reconvertie en infirmière. On voit ces deux personnages grandir à travers quelques étapes d’apprentissage fondatrices : dans les deux premières parties le jardin d’enfants, l’école, le départ du lycée à 18 ans, dans les deux dernières parties l’expérience de la vie d’adulte. A 18 ans Véra, dont la mère est morte d’un cancer, part vivre à Paris avec son père qui a là-bas une femme et une fille secrètes ; Tsiona s’engage dans la vie d’un kibboutz de pionniers dans le Néguev. Après une ellipse d’un an, à 19 ans, Véra débarque sans prévenir au kibboutz de Tsiona et s’efforce sans grand succès de s’adapter à la vie rude et collective pour laquelle Tsiona, au contraire, révèle de grandes qualités. L’arrivée d’un rescapé de la Shoah, Yossef, un poète, provoque, après maints rebondissements romanesques, la séparation définitive des deux amies. Véra vit une grande histoire d’amour avec Yossef, mais enceinte quitte subrepticement le kibboutz la veille de leur mariage. En voulant la rejoindre Yossef trouve la mort dans une embuscade de Palestiniens au sud de Tel-Aviv et l’on apprend à la fin que Tsiona, comme Véra, attend un enfant de Yossef. Deux enfants du même père qui seront… »comme des soeurs »? Continuer la lecture

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Les Falashas et Israël

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Opération Moïse (1984)                                                Jeunes Israéliens d’origine éthiopienne                                                                                                            (2015)

Les Falashas, dont le nom, employé par les autres Ethiopiens et ressenti comme péjoratif, signifie dans sa racine guèze ( langue éthiopienne savante et liturgique) « émigré, étranger, sans-terre », sont un peuple qui vit dans le nord de l’Ethiopie depuis l’Antiquité et qui se revendique et se nomme lui-même « Beta Israël » (maison, famille d’Israël). Depuis 1975 ils sont reconnus comme juifs par le Rabbinat et le gouvernement d’Israël et ont obtenu à ce titre de bénéficier de la loi du Retour*.

Leurs origines restent assez obscures. On sait qu’ils appartiennent au peuple agäw, premiers indigènes d’Ethiopie, issus de peuplades couchitiques* et sémitiques. Les historiens disposent de très peu de sources claires avant le XIVè siècle. Une première hypothèse suppose la présence, jusqu’au Vè siècle ap.J.C, de Juifs en Ethiopie venus de la Mer rouge qui auraient accru leur population par des mariages et des conversions. Une seconde hypothèse affirme que les Beta Israël viendraient de groupes chrétiens fondamentalistes refusant le Nouveau Testament et possédant une tradition monastique. Les deux hypothèses prévalent et se chevauchent parfois, aucune n’étant assurée.
Par ailleurs les Falashas se définissent eux-mêmes à travers deux récits mythiques : le premier fait intervenir Ménélik, fils du couple légendaire de Salomon et de la Reine de Saba, qui aurait emmené d’Israël avec lui des juifs pour porter l’arche d’alliance en Ethiopie. Le second récit imagine que les Falashas sont les descendants d’une des dix Tribus perdues d’Israël déportées par les Assyriens en -722, la Tribu de Dan, qui se serait exilée en Ethiopie. Cette dernière thèse est acceptée par le Rabbinat israélien. Continuer la lecture

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Réglement du conflit israélo-palestinien : espoir pas mort ?

L’observation des guerres au Proche Orient, de la montée des fanatismes religieux, de la situation intérieure israélienne, de l’affaiblissement constant des forces de paix, éloigne toujours davantage la perspective d’un règlement du conflit israélo-palestinien et nous laisse souvent découragées. Aussi faut-il saluer les initiatives de ceux qui ne renoncent pas et qui, contre vents et marées, se révoltent contre cette situation.

tair1Le mouvement des jeunes israéliens qui refusent l’armée perdure et se renouvelle chaque année malgré les peines d’emprisonnement et la marginalisation sociale que cela implique.  Il se structure même : le mouvement des objecteurs « Mesarvot » rassemble maintenant toutes les lettres, pétitions, entreprises, actions et objecteurs des dernières années afin de faire œuvre commune. Continuer la lecture

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