Colloque : l’antisémitisme en France XIXè-XXIè siècle. L’intervention de Dan Arbib.

la-police-espagnole-a-interpelle-mardi-a-malaga-au-sud-de_3733103_1000x500J’ai tenu à isoler l’intervention du philosophe Dan Arbib car il m’a paru très éclairant sur ces problématiques et tout en nuances. Il traite des paradoxes de la situation actuelle des Juifs en France. Entre analyse et témoignage il revient sur quatre tensions qui, selon lui, rendent la situation des juifs de France difficilement supportable.
* l’ambiguïté du rapport à l’Etat : les Juifs, se sentant menacés, en cherchant l’aide de l’Etat se trouvent dissociés du reste de la société. Ils ressentent avec tristesse l’opposition entre la douleur exprimée par les Français au lendemain du 13 novembre et  l’indifférence de cette même société civile lors des assassinats de Toulouse en 2012 ou même de l’hypercacher en janvier, quand ils pensent que c’est surtout l’attaque de Charlie Hebdo qui a suscité la grande marche du 11 Janvier. Or ce tête-à-tête des Juifs avec l’Etat reconnaît implicitement l’existence d’une communauté au mépris de l’universalisme et de la laïcité. Ce qui accroît la singularité des Juifs, séparés des autres dans un corps social déchiré. Les Juifs sont malgré eux renvoyés à leur « être-juif » dans une problématique qui ne peut être réglée que par la République.
* l’ambiguïté de la double allégeance : la tentation de fuir en Israël dessine de nouveaux paradoxes. La plupart des Français qui émigrent aujourd’hui le font plus par sentiment d’insécurité que par par sionisme. Les effets de ces départs sont souvent désastreux et ceux qui partent dans ces conditions se sentent d’autant plus français par nostalgie. Il n’est jamais facile de s’exiler. Ceux qui restent sont soupçonnés de double allégeance par rapport à la France et à Israël.
* l’ambiguïté du repli communautaire dû aux menaces qui s’accompagne paradoxalement d’une demande accrue de laïcité.
* l’ambiguïté des fidélités politiques : l’antisémitisme qui a longtemps été l’apanage de l’extrême droite se retrouve aujourd’hui dans certaines extrême gauches sous l’aspect d’un antisionisme dévoyé qui n’est pas critique de la politique d’ Israël mais délégitimation de son existence. Certains groupes s’entêtent à attribuer tous les torts du monde à Israël. Les Juifs qui votaient autrefois majoritairement à gauche se retournent vers la droite et sont paradoxalement tentés par l’extrême droite de Marine Le Pen qui a rompu en apparence avec l’antisémitisme et oriente son discours contre les musulmans en prônant une laïcité pure et dure.
Dan Arbib conclut en philosophe : l’antisémitisme n’est pas une « passion » ordinaire, elle affecte la conscience même des Juifs en créant en eux des béances, des tensions tragiques déchirantes.

Inutile de dire que je suis ressortie de ces trois jours de colloque nourrie, mais sonnée et pessimiste, me rendant compte que les intervenants ont surtout constaté un état des lieux inquiétant et offert peu de remèdes pour nous réconforter. Tout en pensant qu’un tel colloque dédié à l’antisémitisme en France (et c’est important de le faire entendre) a forcément tendance à mettre la loupe sur ce phénomène. Il faut être vigilant mais ne pas tomber dans la paranoïa.

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