Jérusalem-Est : la colonisation

Rédigé par Reine.

La ville de Jérusalem, enjeu majeur.

La ville de Jérusalem, capitale autoproclamée de l’Etat d’Israël depuis 1967 et ville sainte des trois religions monothéistes, en cristallisant les tensions et divisions, est un enjeu majeur des pourpalers de paix entre Israël et l’Autorité palestinienne.

La Vieille Ville de Jérusalem
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I. Un peu d’histoire

En 1947, selon le Plan de partage de l’ONU (Résolution 181), Jérusalem doit être un « corpus separatum » sous contrôle international. Après la Première Guerre israélo-arabe de 1948-1949, Israël annexe la partie ouest de la ville (fait reconnu de facto par la communauté internationale), une ligne verte est établie entre l’ouest et l’est, qui est occupé, ainsi que la Cisjordanie, par la Jordanie (annexion non reconnue).
Dans la foulée, la Knesset entérine la décision. Les Juifs de l’est de la ville se réfugient en majorité à l’ouest tandis que beaucoup d’Arabes de l’Ouest fuient à l’Est.
Le 11 juin 1967, à l’issue de la Guerre des Six Jours, la partie orientale de Jérusalem – qui comprend la vieille ville – est annexée par les Israéliens. Jérusalem devient la « capitale éternelle et indivisible d’Israël et du peuple juif ».
Des travaux sécurisent l’accès au mur des Lamentations et délogent 5 000 Arabes qui se réfugient dans le camp de Shuafat (au nord-est de Jérusalem).
Dès 1969 débute la construction de colonies qui entourent la ville. En juillet 1980, la Knesset vote la loi fondamentale de Jérusalem « Capitale éternelle d’Israël ». Le Conseil de sécurité de l’ONU (dont les Etats-Unis) répond par la Résolution 478 qui rend cette décision illégitime. C’est pourquoi les ambassades étrangères sont, encore aujourd’hui, à Tel-Aviv et non à Jérusalem.
En 1993, les Accord d’Oslo prévoient, à leur stade final, la discussion du statut de Jérusalem. Ehoud Barak, négociateur puis Premier ministre de 1999 à 2001, veut signer un document d’inspiration américaine qui prévoit de rendre aux Palestiniens la partie non juive de la Vieille Ville et les faubourgs de l’Est non colonisés. Mais, minoritaire et battu aux élections par Ariel Sharon en 2001, il doit interrompre les négociations.
Or parallèlement, l’administration israélienne, en 1995, a mis au point un plan métropolitain, la « Grande Jérusalem », qui doit englober Jérusalem entière, ses faubourgs de l’est et 15 % du territoire de Cisjordanie.
Depuis 2001, ce plan est à l’œuvre , renforcé par la construction du mur de séparation à partir de 2003.

L'extension de Jérusalem
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II. La progression de la colonisation depuis 1967

Entre 1967 et 1970, une continuité territoriale est établie entre Jérusalem-Ouest et le mont Scopus situé au nord-est. C’est l’ « arc septentrional » (Ramat Eskhol, Givat Shapira, Givat Hamivtar). Dans les années 1970, c’est une progression cardinale : au Nord (Pisgat Zeev, Neve Yaakov), à l’Ouest (Ramot Allon), à l’Est (Mizrah, Talpiyyot), au Sud (Gilo). Ces implantations marquent la nouvelle limite municipale de Jérusalem.
Après 1977 est constitué l’« anneau périphérique » dans un rayon de 10 à 20 km du centre de Jérusalem, formant une seconde enceinte.
Depuis 1990, et particulièrement ces dernières années, l’expansion israélienne se renforce puisque les colonies sont de plus en plus éloignées de la ville.
On désenclave par l’ouest grâce à un ensemble de routes qui relient la côte (surtout Tel-Aviv) à Jérusalem et à ses colonies. Par ailleurs, on allonge ce corridor en occupant à l’est des terres et des quartiers palestiniens (avec par exemple l’extension de Maaleh Adumim à l’est). On établit une continuité territoriale entre Israël et les colonies en comblant les espaces vides.
Par conséquent, on fragmente le territoire palestinien en établissant des implantations juives entre deux villages arabes, en « gelant » des terres pour les occuper ensuite, afin de compenser une plus faible démographie juive.
D’ailleurs, les colonies ressemblent souvent à des citadelles en surplomb, entourées de barres d’immeubles compactes. On limite ou on interdit la construction de maisons palestiniennes en rendant les permis très longs et difficiles à obtenir. Les routes sont différenciées selon les populations et très contrôlées à de nombreux checkpoints.
Enfin, le mur, appelé « clôture de sécurité » par les Israéliens et « mur d’annexion » par les Palestiniens, a permis d’empiéter sur quelques parcelles à l’est. Rempart efficace contre les attentats commis par des kamikazes de la cause palestinienne qui ont fait de très nombreuses victimes civiles israéliennes dans les années 1990-2000, il ne suscite pas de débat en Israël, sauf pour quelques ONG des droits humains qui tentent de contrôler la légalité de son implantation (terres morcelées, villages cernés ou divisés…).
On peut déplorer ce manque de débat au sein de la société israélienne.

La fragmentation de l'espace
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III. Population de Jérusalem Est: quelques chiffres

  • En 1990, 120 000 Israéliens juifs / 150 000 résidents arabes.
  • En 1993, 160 000 / 155 000 –.
  • En 2000, 190 000 / 200 000 –.
  • En 2013, 200 000/ 260 000 –.
  • En 2014, est prévue la construction de 1 076 logements israéliens à Jérusalem- Est.

A terme

La colonisation israélienne de Jérusalem-Est (terme employé par l’ONU et l’UE en place de Jérusalem pour les Israéliens) risque de rendre impraticable une solution de paix à deux Etats avec comme capitales, Jérusalem-Ouest et la partie juive de la vieille ville pour Israël et Jérusalem-Est pour la Palestine.
Car deux projets menacent encore l’intégrité d’une future Palestine : la colonisation intensive au sud, qui à terme reliera Jérusalem à Bethléem (ville palestinienne) et le projet E1, qui doit étendre la plus peuplée des colonies, Maaleh Adumim, 30 000 habitants, jusqu’au mont Scopus et au reste de l’Etat hébreu. S’il est mené à son terme, ce projet coupera Ramallah de Bethléem, divisera la Cisjordanie en deux, qui sera elle-même séparée de Gaza.

Notes

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Une réponse à Jérusalem-Est : la colonisation

  1. martine gandelon dit :

    très interessant mais pas très optimiste pour la suite, pour la paix

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