Le Golem, toujours d’actualité

A propos de l’exposition Golem ! Avatars d’une légende d’argile
8 mars – 16 juillet 2017, au Musée d’art et d’histoire du judaïsme

Le Golem, dans la tradition juive, est un artefact d’apparence humaine, fait d’argile et animé par des procédés magiques afin d’assister ou de défendre son créateur.
Le mot golem (en hébreu « matière informe ») apparaît dans la Bible pour désigner l’état inachevé d’Adam lorsqu’il est façonné par Dieu et encore en attente du souffle divin. Si le Talmud mentionne des créations d’êtres artificiels et débat des problèmes suscités, c’est surtout la légende associée à la figure d’un rabbin du XVIe siècle, le Maharal de Prague, qui va populariser la figure du Golem dans l’imaginaire yiddish.

Le succès des diverses légendes circulant sur ce thème doit beaucoup au contexte social de l’époque : les populations juives d’Europe centrale vivent sous la menace constante d’accusations de meurtres rituels et de pogroms contre lesquels les prières restent sans effet. Un mythe se propage : un rabbin cabaliste peut créer, grâce à des formules magiques associées au nom ineffable de Dieu, une sorte de géant borné mais protecteur qui mettra la communauté à l’abri des exactions.
Elie Wiesel, (in Le Golem, légende d’une légende)  témoigne de cette image  :
« A nos yeux, c’était un sauveur. Un sauveur muet et malheureux. Voilà ce qu’il était. Nul ne le comprenait car nul ne vivait à sa hauteur. (……..) C’était un saint. »

Mais les histoires deviennent plus tragiques, le Golem échappe à son créateur jusqu’à devenir un monstre qui se retourne contre lui. Cette version menaçante se répand dans le monde yiddish, s’introduit dans les contes populaires chrétiens, dont les contes de Grimm se font l’écho, et inspire indirectement le Frankenstein de Mary Shelley.
Ainsi, imaginé au cœur d’un monde juif opprimé cherchant désespérément une force de protection, cette créature peut prendre aussi la forme d’une figure maléfique.

Le récit initial exalte le pouvoir des noms, la force cachée dans le verbe et les lettres hébraïques, mais il porte aussi en germe l’orgueil coupable de l’homme volant à Dieu le privilège de la création humaine, il laisse voir les risques imprévisibles d’une entreprise démesurée.

Dans l’imaginaire moderne du XXe siècle, le Golem, comme archétype de création d’un être humanoïde, se prêtera à toutes les métamorphoses ; il apparaît au cinéma, au théâtre, en littérature, et dans toutes les formes d’expression artistiques, il nourrit la réflexion sur des formes contemporaines de ce qui semble un dépassement de l’humain (robots, intelligence artificielle) ou ambition démesurée de dépasser la nature (OGM, manipulations génétiques..)

Le Musée d’art et d’histoire du judaïsme explore ces avatars du Golem dans un parcours chronologique passionnant, à la fois savant et ludique, illustré par des livres, peintures, dessins, photos, extraits de film, objets, jeux vidéos…
On peut ainsi voir un extrait de Der Golem, réalisé en 1920 par Paul Wegener, film culte considéré comme un chef d’oeuvre du cinéma expressionniste allemand. De Gérard Garouste, et comme une métaphore de la création artistique, un tableau assez terrible, Le Golem (1946), inspiré d’un passage du Journal de Kafka : un rabbin griffu (Garouste lui-même) a fait naître un golem, masse sanguinolente effrayante, que des personnages présents, agglutinés, langue pendante. goûtent avidement.
Dans un registre plus joyeux, le thème du justicier protecteur reprend du service dans des comics américains dont les auteurs sont souvent d’origine juive; on rencontre aussi un étonnant golem de toutes les couleurs de Niki de Saint Phalle, des petits robots, des jeux vidéo…

Voulez-vous faire vous-même votre golem ? La recette en est fournie ; il faut :

  • de l’argile ou, à défaut, une terre de bonne qualité,
  • maîtriser la prononciation du nom ineffable,
  • effectuer une marche circulaire en récitant 221 formes d’alphabet secret.
  • Afin d’animer la créature ainsi produite, ne pas oublier d’inscrire le mot Emeth « Vérité » (Aleph, Mem, Tav) sur son front.
  • Si le golem devient furieux, il est conseillé d’effacer rapidement le Aleph de son crâne, ce qui donne met (« il est mort »), et le golem redeviendra poussière.

On sort charmé de cette belle exposition, riche de questions d’actualité, et féconde pour interroger les nouveaux golems. Que devient l’humain avec les robots tueurs ** ?
Et si La Galatée de Pygmalion semble un mythe jumeau moins menaçant, que penser des fiancé(e)s robots *** et de l’usage des biotechnologies « afin d’améliorer les caractéristiques physiques et mentales des êtres humains » dans une perspective « transhumaniste » **** ?

……….

Notes

* Golem sur Wikipedia

** Faut-il interdire les robots tueurs autonomes ? Le Monde, 17-10-2015 . Avant qu’une course aux armements ne s’engage, une campagne lancée par des scientifiques et des ONG réclame l’interdiction de ces armes.

10 raisons pour lesquelles il faut interdire les «robots tueurs» Amnesty international, 25-12-16

*** Le robot mari libère la femme 290b7 – La Gazette du Palais (pdf). Sur la très sérieuse revue juridique, cette question posée par Xavier Labbée professeur à l’université Lille 2 -Droit et Santé  : Peut-on aimer et épouser un robot ? La question, qui se pose avec le développement des humanoïdes, remet en cause l’un des fondements du droit : la distinction entre les personnes et les biens.

Par Laurent Alexandre et Jean-Michel Besnier, Les robots font-ils l’amour ?: Le transhumanisme en 12 questions, Dunod, Octobre 2016

**** Transhumanisme sur Wikipedia

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