L’Europe ferme ses frontières

Depuis de nombreuses années, l’Union Européenne, contrairement aux valeurs qu’elle affiche dans sa charte des droits fondamentaux, en particulier celle de solidarité (1),  cherche par tous les moyens à ce que le plus possible de migrants, qu’ils le soient pour des raisons économiques ou de conflit, donc susceptibles de demander l’asile (2), ne parviennent pas à ses frontières.barbeles-europe-plantu

A des degrés divers et sauf l’Allemagne ces deux dernières années, les gouvernements européens caressent leurs opinions dans un sens de repli sur soi, au lieu de mettre en avant des solidarités qui, de fait, existent et pourraient s’amplifier. Le dernier référendum proposé par le gouvernement hongrois : « Voulez-vous que l’Union européenne décrète une relocalisation obligatoire de citoyens non hongrois en Hongrie sans l’approbation du Parlement hongrois ? » était clairement xénophobe. Heureusement, s’il a tout de même recueilli 92% de non, n’a attiré que 44% de votants, entrainant son invalidation.

Quels sont donc les principaux moyens employés par les pays européens pour repousser ainsi tous ces hommes, femmes, enfants fuyant la misère ou la guerre, ou souvent les deux ? (on ne parle pas ici des cas d’un certain nombre de catégories comme les scientifiques ou les étudiants, ni de ceux qui arrivent pour des raisons de regroupement familial)

  • Le refus de visa

Chaque pays a un pouvoir discrétionnaire sur la délivrance de visas. Et s’il n’est pas obligatoire de disposer d’un visa pour demander l’asile dans un pays, dans les faits ceux qui n’en disposent pas effectuent le voyage dans des conditions illégales et incroyablement dangereuses, à la merci des passeurs. Or les visas sont depuis longtemps délivrés au compte-gouttes aux ressortissants de pays d’émigration. Il suffit de voir autour de nous les difficultés, pour les ressortissants de pays du Maghreb ou d’Afrique subsaharienne ou les Français de l’une de ces origines, pour faire venir des membres de leur famille même pour de courte durée. Beaucoup n’essaient même plus. Ce qui donne des statistiques trompeuses puisque par définition n’y sont pas comptés ceux qui renoncent à faire une demande.

Quand vous vivez dans un pays en guerre, que vous n’avez pas de visa, comment ne pas chercher à fuir illégalement, souvent au péril de votre vie ? « Ce sont ces mêmes personnes qui, au cours de leur parcours migratoire, et à défaut d’avoir emprunté les voies légales d’arrivée sur le territoire français, vont se retrouver dans une situation de très grande vulnérabilité », dit le rapport du Défenseur des Droits sur « les droits fondamentaux des étrangers en France », publié en mai 2016.

Le terme pudique de « grande vulnérabilité » peut recouvrir des tortures, des blessures dues aux conditions effroyables de passage en mer (2) ou des sévices subis dans les pays traversés comme c’est le cas en Libye actuellement. Sans parler de celles et ceux qui trouvent directement la mort sur leur parcours.

  • La sous-traitance de la gestion des flux migratoires à des pays non européens, comme la Turquie et des pays d’Afrique.

Des accords entre des pays européens et des pays non européens sont régulièrement passés pour retenir les migrants dans ces pays, qu’ils en soient ressortissants ou ressortissants de pays voisins. Le processus de Khartoum, par exemple, a été signé en novembre 2014 avec une vingtaine de pays de l’Est de l’Afrique, du Soudan à la Lybie  pour que ces pays, qui sont pour la plupart d’effroyables dictatures avec tout ce que cela comporte d’atteinte aux droits, qui n’ont souvent pas ratifié la Convention de Genève, exercent des contrôles à leurs frontières, créent des camps où doivent être traitées les demandes d’asile (3) en contrepartie d’aides diverses.

L’accord passé en mars dernier entre l’Union Européenne et la Turquie conduit, entre autres, à renvoyer des demandeurs d’asile en Turquie, pays de moins en moins « sûr »; la Turquie ne se prive pas d’en renvoyer certains dans leur pays d’origine, notamment l’Afghanistan et l’Irak, avec tous les dangers que cela représente, en négociant des accords de réadmission avec les pays concernés.

  • Des frontières infranchissables à l’intérieur de l’Europe ou à la frontière européenne

Contrairement aux accords de Schengen, des contrôles ont été rétablis comme à la frontière franco-italienne, à Vintimille.

Le 11 octobre dernier, Libération publiait un reportage sur « le sentier du désespoir » :

« C’est un chemin qui porte deux noms prédestinés, «sentier de l’Espoir» et «Pas de la mort». Reliant le village de Grimaldi à la ville de Menton, il est l’un des passages pour franchir la frontière italo-française. Depuis plusieurs mois, face à la présence policière dans les trains, sur la route et le bord de mer, des migrants empruntent cet itinéraire risqué. »

Un mur a été érigé à Calais, frontière du Royaume Uni en France !

Les frontières européennes se parsèment elles aussi de clôtures : entre la Hongrie et la Serbie, entre les enclaves espagnoles et le Maroc, entre la Bulgarie et la Turquie…

En conclusion, une Europe institutionnellement inaccueillante. Face à cela, une partie de la société s’organise, de manière individuelle ou collective, à travers des associations, des ONGs… pour venir en aide aux migrants, réclamer une Europe plus ouverte. Nous en parlerons dans un prochain billet.

  1. Voir préambule de la charte des droits fondamentaux de l’Union Européenne
  2. voir le témoignage bouleversant de M. Bartolo, directeur sanitaire de l’ile de Lampedusa dans la vidéo du colloque tenu au sénat le 14 octobre  (témoignage à 10h12)
  3. Lire l’interview de Catherine Teule, vice-présidente de l’association européenne des droits de l’homme
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