Que devient le camp de la paix en Israël ?

« Où est passé le camp de la paix ? » Rencontre organisée par La Paix Maintenant le 28 novembre 2016 avec Avi Buskila, secrétaire général de Shalom Akhshav  (1) et Yuval Rahamim, directeur du Forum des ONG pour la paix

lapmaint28-11-16Depuis les élections législatives de 2015 qui ont conforté le Likoud et l’extrême droite au pouvoir, la gauche israélienne, découragée et privée de soutien populaire, ne voyait pas de solution au conflit israélo-palestinien en dehors d’une intervention internationale ou d’événements extérieurs.

Avi Buskila, nouveau directeur de Shalom Akhshav, bouscule cette résignation défaitiste à l’impuissance ; selon son analyse, la société israélienne est d’abord minée par les difficultés de vie quotidienne d’une grande partie de la population et par le souci constant de la sécurité d’Israël. Il faut donc, pour résoudre le conflit israélo-palestinien, ne pas dissocier de cet objectif les questions sociales qui mobilisent une grande partie de la population. Il faut montrer que c’est la poursuite du conflit qui grève le budget de l’Etat au dépens des aides sociales et du développement économique, et qui, surtout, empêche le pays de retrouver le sentiment de sécurité auquel tous aspirent. Continuer la lecture

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Comme deux soeurs (Ahayiot, ahayiot) de Rachel Shalita (2015)

51rgwl-q9nl-_sx195_Le roman raconte le parcours de deux amies d’enfance, Tsiona et Véra, habitant Tel-Aviv du début des années 20 jusqu’en 1947, un an avant la fondation de l’état d’Israël. Elles appartiennent à deux milieux sociaux différents : Tsiona vit avec sa mère Hannah, veuve depuis peu et contrainte de travailler dur tandis que Véra est la fille de deux artistes, son père Léon est peintre et fait des allers et retours entre Tel-Aviv et Paris; et sa mère Dvorah est une ancienne pianiste reconvertie en infirmière. On voit ces deux personnages grandir à travers quelques étapes d’apprentissage fondatrices : dans les deux premières parties le jardin d’enfants, l’école, le départ du lycée à 18 ans, dans les deux dernières parties l’expérience de la vie d’adulte. A 18 ans Véra, dont la mère est morte d’un cancer, part vivre à Paris avec son père qui a là-bas une femme et une fille secrètes ; Tsiona s’engage dans la vie d’un kibboutz de pionniers dans le Néguev. Après une ellipse d’un an, à 19 ans, Véra débarque sans prévenir au kibboutz de Tsiona et s’efforce sans grand succès de s’adapter à la vie rude et collective pour laquelle Tsiona, au contraire, révèle de grandes qualités. L’arrivée d’un rescapé de la Shoah, Yossef, un poète, provoque, après maints rebondissements romanesques, la séparation définitive des deux amies. Véra vit une grande histoire d’amour avec Yossef, mais enceinte quitte subrepticement le kibboutz la veille de leur mariage. En voulant la rejoindre Yossef trouve la mort dans une embuscade de Palestiniens au sud de Tel-Aviv et l’on apprend à la fin que Tsiona, comme Véra, attend un enfant de Yossef. Deux enfants du même père qui seront… »comme des soeurs »? Continuer la lecture

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Les Falashas et Israël

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Opération Moïse (1984)                                                Jeunes Israéliens d’origine éthiopienne                                                                                                            (2015)

Les Falashas, dont le nom, employé par les autres Ethiopiens et ressenti comme péjoratif, signifie dans sa racine guèze ( langue éthiopienne savante et liturgique) « émigré, étranger, sans-terre », sont un peuple qui vit dans le nord de l’Ethiopie depuis l’Antiquité et qui se revendique et se nomme lui-même « Beta Israël » (maison, famille d’Israël). Depuis 1975 ils sont reconnus comme juifs par le Rabbinat et le gouvernement d’Israël et ont obtenu à ce titre de bénéficier de la loi du Retour*.

Leurs origines restent assez obscures. On sait qu’ils appartiennent au peuple agäw, premiers indigènes d’Ethiopie, issus de peuplades couchitiques* et sémitiques. Les historiens disposent de très peu de sources claires avant le XIVè siècle. Une première hypothèse suppose la présence, jusqu’au Vè siècle ap.J.C, de Juifs en Ethiopie venus de la Mer rouge qui auraient accru leur population par des mariages et des conversions. Une seconde hypothèse affirme que les Beta Israël viendraient de groupes chrétiens fondamentalistes refusant le Nouveau Testament et possédant une tradition monastique. Les deux hypothèses prévalent et se chevauchent parfois, aucune n’étant assurée.
Par ailleurs les Falashas se définissent eux-mêmes à travers deux récits mythiques : le premier fait intervenir Ménélik, fils du couple légendaire de Salomon et de la Reine de Saba, qui aurait emmené d’Israël avec lui des juifs pour porter l’arche d’alliance en Ethiopie. Le second récit imagine que les Falashas sont les descendants d’une des dix Tribus perdues d’Israël déportées par les Assyriens en -722, la Tribu de Dan, qui se serait exilée en Ethiopie. Cette dernière thèse est acceptée par le Rabbinat israélien. Continuer la lecture

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Réglement du conflit israélo-palestinien : espoir pas mort ?

L’observation des guerres au Proche Orient, de la montée des fanatismes religieux, de la situation intérieure israélienne, de l’affaiblissement constant des forces de paix, éloigne toujours davantage la perspective d’un règlement du conflit israélo-palestinien et nous laisse souvent découragées. Aussi faut-il saluer les initiatives de ceux qui ne renoncent pas et qui, contre vents et marées, se révoltent contre cette situation.

tair1Le mouvement des jeunes israéliens qui refusent l’armée perdure et se renouvelle chaque année malgré les peines d’emprisonnement et la marginalisation sociale que cela implique.  Il se structure même : le mouvement des objecteurs « Mesarvot » rassemble maintenant toutes les lettres, pétitions, entreprises, actions et objecteurs des dernières années afin de faire œuvre commune. Continuer la lecture

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L’Europe ferme ses frontières

Depuis de nombreuses années, l’Union Européenne, contrairement aux valeurs qu’elle affiche dans sa charte des droits fondamentaux, en particulier celle de solidarité (1),  cherche par tous les moyens à ce que le plus possible de migrants, qu’ils le soient pour des raisons économiques ou de conflit, donc susceptibles de demander l’asile (2), ne parviennent pas à ses frontières.barbeles-europe-plantu

A des degrés divers et sauf l’Allemagne ces deux dernières années, les gouvernements européens caressent leurs opinions dans un sens de repli sur soi, au lieu de mettre en avant des solidarités qui, de fait, existent et pourraient s’amplifier. Le dernier référendum proposé par le gouvernement hongrois : « Voulez-vous que l’Union européenne décrète une relocalisation obligatoire de citoyens non hongrois en Hongrie sans l’approbation du Parlement hongrois ? » était clairement xénophobe. Heureusement, s’il a tout de même recueilli 92% de non, n’a attiré que 44% de votants, entrainant son invalidation.

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Une expérience personnelle : l’enseignement du français aux demandeurs d’asile et réfugiés.


8296691-12985575Dans un monde en plein basculement, où la violence de la guerre et du terrorisme le dispute au cynisme, à l’indifférence ou à l’impuissance internationale, poussant à l’exil sur les routes d’Europe ou sur la mer Méditerranée des millions de personnes (voir l’article de Marianne), je me suis demandé comment je pouvais me rendre et me sentir utile depuis ma place de Française, enseignante en lettres et descendante de grands-parents réfugiés en France à la fin des années 1920, qui avaient fui les pogroms en Pologne et Russie, pour trouver une vie meilleure « au pays des Droits de l’Homme ». Depuis un an j’aide des demandeurs d’asile et des réfugiés statutaires à apprendre et comprendre la langue française ou à perfectionner leur niveau. Je pratique ce bénévolat dans le cadre de deux associations très différentes.

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Que se passe-t-il en Syrie ?

L’échec des initiatives de résolution du conflit israélo-palestinien, le renforcement au pouvoir du gouvernement le plus à droite de l’histoire d’Israël, la faiblesse et l’impuissance en Israël, comme d’ailleurs dans le camp palestinien très divisé, des forces progressistes capables d’imposer un processus de paix, la place toujours plus grande des religieux et des colons dans la vie politique, la perspective toujours plus lointaine de création d’un Etat palestinien, suscitent des analyses très pessimistes de la situation.

procheorientcarteBeaucoup d’observateurs pensent que le gouvernement israélien ne fera rien pour débloquer cette situation et qu’une solution ne peut venir que de l’extérieur. C’est le point de vue de représentants de la gauche israélienne laminée, et exprimé notamment, lors du colloque JCall du 10 avril 2016 (1), par Mossi Roz, député du parti Meretz., développé aussi par Elie Barnavi, ancien ambassadeur d’Israël en France.

Quels événements, quelles interventions internationales peuvent modifier la donne du conflit israélo-palestinien, maintenant relégué à l’arrière plan d’une actualité dominée par les guerres du Proche Orient ?   Continuer la lecture

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Israël entre chaos régional et défis intérieurs.

Israël entre chaos régional et défis intérieurs. C’est le titre du dernier et intéressant colloque organisé par JCall le 10 avril dernier.
JCall10-04-16La matinée, consacrée à la situation du Proche Orient, a tenté de repérer dans l’analyse des rapports de force et des stratégies des différents acteurs, ce qui pouvait contribuer à rétablir la paix dans la région et entre Israéliens et Palestiniens.
Exposés de Hubert Védrine (ancien ministre des Affaires étrangères), Bernard Rougier (université de Paris 3), Kendal Nezan (directeur de l’Institut Kurde de Paris) et Amiram Levin (général de réserve de l’armée israélienne).
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Would you have sex with an Arab ? Film de Yolande Zauberman (2011)

20170633Cette réalisatrice française a coutume, dans ses documentaires et ses fictions, de questionner les disparités ethniques et les systèmes de castes dans les sociétés du monde entier : apartheid en Afrique du Sud dans Classified people (1987), castes en Inde dans Caste criminelle (1989), religions ennemies dans la Pologne des années 30 dans Moi Ivan, toi Abraham (1993).
Dans ce film tourné en simple caméra DV à Tel-Aviv et à Jérusalem, principalement dans le monde de la nuit (bars, rues, clubs, fête « queer » palestinienne, rave party sur une plage etc.) elle fait parler, au hasard des rencontres, des femmes et des hommes israéliens arabes ou juifs, à partir de cette question : « Would you have sex with an Arab? (pour les juifs) ou « with a Jew »? (pour les arabes). S’ils répondent par la négative, souvent mal à l’aise ou quelquefois agressifs, elle leur en demande les raisons. S’ils disent oui, pour l’avoir vécu ou n’y voir aucun obstacle éventuel, elle les pousse à se raconter. Les interviews font intervenir aussi des personnalités choisies comme Juliano Mer-Khamis*, et Gédéon Lévy* et alternent avec des plans plus oniriques évoquant des rues, une baignade nocturne de jeunes gens juifs et arabes dans une rivière près de Jérusalem, ou encore l’avancée majestueuse sur un boulevard de Tel-Aviv, d’un travesti palestinien vêtu d’une longue robe rouge avec traîne.
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Bruxelles 2016 / Evian 1938 : un même NON à l’accueil des réfugiés

Ils sont des millions à fuir la guerre en Syrie et en Irak, dont des familles entières. Face à cette catastrophe politique et humanitaire, les pays européens sont incapables de se coordonner et de proposer des solutions légales de passage et un accueil digne de ce nom. Ou plutôt, ils refusent cet accueil.conférence d'Evian 1938

Pour la seule Syrie, on compte environ 8 millions de déplacés à l’intérieur du pays et 4 millions de réfugiés principalement dans les pays limitrophes (Liban, Turquie, Jordanie). Au Liban, par exemple, ces derniers représentent 20 % de la population. Sauf dans une certaine mesure l’Allemagne, au moment où Angela Merkel a ouvert les portes, tous les autres pays européens, à un degré ou à un autre, refuse d’en accueillir un nombre significatif.

Au fur et à mesure que se ferment ainsi les frontières européennes, des passeurs proposent, pour des sommes astronomiques, des places sur des bateaux qui chavirent en mer, des camps se créent près des frontières, dans lesquels les gens vivent dans des conditions déplorables. Par exemple, à la frontière gréco-macédonienne où plus de 10 000 personnes « vivent » dans des conditions sanitaires et humaines inacceptables.

Face à cela, l’Union européenne conclut, le 18 mars à Bruxelles, un accord avec la Turquie, pays où on sait que les droits de l’homme sont fort peu respectés, dont le gouvernement mène la guerre contre les ressortissants kurdes et musèle l’opposition, accord qui propose une relance du processus d’adhésion à l’Union européenne. Continuer la lecture

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