Pourparlers de paix, quels leviers pour de nouvelles perspectives ?

Rédigé par Claire

Suite à Pourparlers de paix : chronologie d’un échec

MeisterManessischenL’échec consternant des négociations laisse peu d’espoir à court terme d’une paix juste entre Israéliens et Palestiniens. Quel contexte, quels événements pourraient faire bouger une situation qui paraît aujourd’hui bloquée ? Nous pointons ici quelques facteurs susceptibles de modifier la donne.

  • Réglement pacifique global au Proche Orient ?

Perspective qui semble bien lointaine, mais le contexte régional est souvent invoqué pour ne pas avancer dans un processus de paix. Pour Benyamin Nétanyahou, la menace iranienne empêche tout processus de paix.
Les plus pessimistes ne voient aucune perspective d’accord tant que l’instabilité politique et la menace de fondamentalistes islamistes caractériseront les pays du Proche Orient.

  • Rôle de l’ONU et des organisations internationales ?

La reconnaissance de la Palestine dans les organisations internationales représenterait une belle victoire symbolique, mais le pouvoir de coercition de ces organisations est limité. Le droit de veto des Etats Unis peut aussi faire obstacle à certaines demandes.

L’adhésion comme membre à part entière de la Palestine à l’Unesco le 31 octobre 2011 avait constitué un premier pas vers cette reconnaissance. D’autres instances peuvent mener une action efficace. Ainsi, l’Unicef a publié, en utilisant des statistiques de l’ONG israélienne B’tselem, un rapport selon lequel environ 700 enfants palestiniens de 12 à 17 ans sont chaque année arrêtés, interrogés et détenus par l’armée, la police et les agents de sécurité israéliens. En octobre 2013, quelques mois après la publication de ce rapport accablant, Israël avait annoncé une série de réformes et « de méthodes alternatives » pour répondre aux recommandations de l’agence des Nations unies.

  • Nouvelles pressions politiques des Etats Unis ?

Le dossier israélo-palestinien est-il toujours l’une des priorités de la diplomatie américaine ? Les Etats Unis n’ont sans doute pas mis tout leur poids pour convaincre Nétanyahou d’abandonner sa politique « d’implantation » ; les soutiens au gouvernement israélien ne manquent pas à l’intérieur du pays et Israël reste un atout sûr dans l’espace mouvant du Proche Orient. Mais surtout, les priorités se déplacent : l’Amérique s’est désengagée en Irak et en Afghanistan, s’est bien gardée d’intervenir en Syrie et remet d’autant plus volontiers son rôle de gendarme du monde aux organisations internationales que l’exploitation du gaz de schiste lui assure une grande indépendance à l’égard des producteurs de pétrole. Les Etats Unis, superpuissance autrefois incontestée, observent maintenant la croissance du géant économique chinois et voient là les nouveaux enjeux de leur développement. Pour autant, les efforts de John Kerry ont été réels pour trouver une solution à ce dossier brûlant, sur lequel Bill Clinton avait déjà échoué : la création négociée d’un Etat palestinien pouvait contribuer à la stabilité de la région.

Barack Obama a pris acte de son échec et parlé de « pause » dans les négociations. Dans quelles conditions le dossier pourra-t-il être ouvert à nouveau ?

  • Rôle de l’Union européenne ?

Le poids de l’Europe n’est pas négligeable. D’après le site officiel « L’UE collabore avec l’Autorité palestinienne en vue d’instaurer les institutions d’un futur État palestinien démocratique ». « La Commission européenne est le premier pourvoyeur d’aide financière aux Palestiniens ».

Très peu intervenue de fait pendant longtemps, l’UE a manifesté en 2013 son opposition à l’Occupation de la Cisjordanie par Israël. Une directive publiée en juillet 2013 rend en effet inéligible aux financements européens, à partir du 1er janvier 2014, toute entité israélienne — entreprise, université, laboratoire de recherche, association — située au-delà des frontières de 1967 et exerçant une activité dans une colonie en Cisjordanie ou à Jérusalem-Est.
Certains auteurs considèrent cependant qu’il s’agit de mesures de « protestation sans conviction» Cf Monde diplomatique Faillite de l’Union européenne en Palestine.
Des progressistes juifs européens réunis dans Jcall croient à une possible relance des pourparlers et, pour sauver la solution à deux Etats, lancent début mai 2014 un appel aux dirigeants européeens pour proposer avec les Etats-Unis un accord-cadre.

  • Poids de l’opinion publique en faveur de la démocratie ?

John Kerry a évoqué au cours d’une réunion à huis clos à Washington, le 25 avril, le risque qu’Israël se transforme un jour en « Etat d’apartheid » faute d’un accord de paix avec les Palestiniens.

Beaucoup d’Israéliens sont cependant choqués ou révoltés par les discriminations ou les exactions commises dans les territoires occupés; la perspective pour Israël de devenir un Etat d’apartheid suscite beaucoup d’émotion et la comparaison avec la situation qui prévalait autrefois en Afrique du Sud est contestée avec indignation.
Une victoire électorale de la gauche israélienne changerait-elle maintenant la donne ?

L’action de JCall s’inscrit également dans la volonté de « conserver à Israël son caractère à la fois juif et démocratique ».

  • Pressions économiques sur Israël ?

Le boycott d’Israël a une longue histoire : une première forme est née contre le sionisme en 1945 à l’initiative de la Ligue arabe, il contestait sous différentes formes la légitimité de l’Etat d’Israël, a suscité des réactions juridiques internationales et eu une efficacité économique limitée. Voir article Wikipedia « Jusqu’à la fin des années 1970, le boycott fut appliqué et respecté par tous les membres de la Ligue. L’Égypte fut le premier pays à renoncer au boycott en 1980. Le 30 septembre 1994, les pays du Conseil de coopération des États arabes du Golfe décidèrent de n’appliquer que le boycott primaire. La Jordanie – qui maintenait des relations commerciales depuis 1967 avec la Cisjordanie occupée – et l’Autorité palestinienne abandonnèrent le boycott en 1995. Enfin, en 2005, l’Arabie saoudite et Bahreïn mirent fin à leur participation au boycott afin de se mettre en conformité tant avec les lois des États-Unis qu’avec les règles de l’Organisation mondiale du commerce. En 2008, seuls le Liban, la Syrie et l’Iran avaient encore recours au boycott ».

Une nouvelle campagne de BDS (Boycott Désinvestissement, Sanctions) a été lancée en 2005 par 171 ONG palestiniennes.( Cf Wikipedia ). Elle appelle au boycott total d’Israël (économique, culturel, sportif, diplomatique…) et ne trouve qu’un écho limité : cette action semble implicitement contester, comme le boycott de 1948, la légitimité de l’Etat d’Israël.
Ce boycott total n’est d’ailleurs pas soutenu par Mahmoud Abbas qui limite l’appel aux produits issus des colonies (cf blog Ch. Enderlin). Ce boycott limité, appuyé sur l’illégalité de l’occupation de la Cisjordanie et de Jérusalem Est, a commencé à remporter de réels succès.
L’échec des pourparlers de paix peut impulser un mouvement plus actif encore, comme l’aurait relevé John Kerry, ce qui inquiète sérieusement les entreprises et les autres acteurs économiques israéliens. Les articles suivants en témoignent.
Après l’échec de Kerry, l’heure est au boycott. Par Michel Warschawski, Politis, 24 avril 2014.
Israël s’inquiète du boycott international. Par Pierre Puchot, Médiapart, 26 avril 2014.
Pourquoi le boycott commence à faire peur à Israël. Par Catherine Gouëset, l’Express, 06/02/2014.

  • Un Etat bi-national ?

Au moment où le processus de paix israélo-palestinien entre dans une phase critique, le fils du président palestinien Mahmoud Abbas recommande à son père d’opter pour la création d’un État binational. C’est aussi ce qu’envisage un article d’Al Ahram publié par Hicham Mourad le 07-05-2014.
La philosophe Judith Butler se prononce également pour la solution d’un Etat binational ou de deux Etats binationaux dans son livre Vers la cohabitation : judéité et critique du sionisme (Fayard, Coll. Histoire de la pensée, oct. 2013).) et dans un entretien sur France Culture.

Cette perspective est envisagée par des intellectuels ayant en vue une société idéale, mais ne correspond guère aux désirs et à la réalité des représentations des populations israéliennes et palestiniennes. On peut imaginer d’ailleurs les arrières pensées de certains pour garder ou conquérir la suprématie politique avec, en ligne de mire, l’image rêvée du Grand Israël ou de la Palestine restituée. L’exemple du Liban ou de l’ex Yougoslavie n’incitent pas à l’optimisme.

  • Où allons-nous maintenant ?

Un article d’Adam Keller publié fin avril 2014, pose avec acuité cette question. Adam Keller est un des Israéliens fondateurs de Gush Shalom. A quoi bon reprendre des négociations qui ne font que couvrir le processus ininterrompu de colonisation ? Il s’interroge sur l’incapacité des Etats Unis à convaincre Israël de décider la paix avec les Palestiniens et conclut : Et ceci annihile son unique justification pour être le seul médiateur entre Israël et les Palestiniens. Il faudra trouver autre chose.
Il juge aussi improbable un changement de politique en Israël mais D’un autre côté, si le gouvernement israélien était amené sous la pression internationale à signer un accord avec les Palestiniens, quelle chance y aurait-il pour que les citoyens israéliens soutiennent ce fait accompli via un referendum ou des élections ? Là, une chance raisonnable et même une forte chance. Cela passerait évidemment par de très fortes pressions, tant sur le terrain qu’aux niveaux diplomatiques et économiques.

Traduction de ce texte en français sous le titre Négociations avec la Palestine, un but en soi ? sur le site de Médiapart.

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