Rencontre avec Ali Abu Awwadn responsable palestinien de l’ONG Roots

Comment ne pas céder au découragement devant le saccage des perspectives de paix entre Israéliens et Palestiniens ? Confortée par l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis, l’extrême droite politique ou religieuse est au pouvoir dans la société israélienne, le gouvernement invente des lois pour légaliser les implantations sauvages en territoires occupés, il en autorise de nouvelles…

Refusant de jeter l’éponge, La Paix Maintenant France et JCall organisent régulièrement des rencontres avec des groupes qui, sur place, se battent pour défendre un autre avenir.
A leur initiative, le 9 mars dernier, Ali Abu Awwad, le responsable palestinien de l’ONG Judur / Shorashim  est venu présenter son action lors d’une rencontre intitulée « Colons et Palestiniens ensemble dans un même État ? »

Ali Awwad a rapporté quelques faits marquants de son parcours : enfant palestinien, il naît en zone « West Bank », Cisjordanie occupée,  où rapidement sa mère, militante du Fatah, est arrêtée et emprisonnée en Israël. Il entre alors, adolescent, en résistance contre l’occupation, et se retrouve lui aussi dans la prison où sa mère est incarcérée. Ils feront l’un et l’autre 17 jours de grève de la faim pour avoir le droit de se rencontrer.
La prison reste une rude expérience, mais Ali Awwad sait voir l’aspect positif de cet épisode : assigné dans le quartier des politiques, opposants cultivés et organisés, il a trouvé là une formation intellectuelle, selon ses dires, « meilleure qu’à l’université » qu’il n’avait pu fréquenter, et l’accès à une bonne bibliothèque. Il avait pu aussi observer que l’auto-organisation généreuse du groupe et la qualité des cours dispensés avaient suscité une sorte de respect de la part des gardiens israéliens.
C’est pendant cette période que son frère aîné est tué par l’armée israélienne.

Par quelles démarches intellectuelles est-il finalement convaincu que la « guerre des pierres » ne peut aboutir et qu’il faut trouver d’autres moyens de résistance face à Israël ? Est-ce le modèle de Gandhi ? Le temps a manqué pour plus d’explications….

Il prône la non violence, une sortie négociée du conflit, et fonde en 2014, avec Shaul Judelman, Israélien de la colonie Tekoa *, l’ONG Judur / Shorashim / Roots. Leur site précise « Roots est une initiative menée par un comité mixte palestinien et israélien basé en Cisjordanie. Nous travaillons au sein de nos propres communautés au cœur du conflit; La haine et la suspicion cèdent la place à la confiance, l’empathie et le soutien mutuel. Grâce à nos projets et à nos ateliers, nous nous efforçons de jeter les bases d’une réalité permettant de construire des accords futurs entre nos gouvernements. En seulement deux ans et demi de croissance rapide, notre travail a atteint près de 18 000 personnes»
Ali Awwadn’a pas d’illusion sur les possibilités de changement à court terme de la société israélienne, l’objectif est de changer les mentalités, sur la base d’une compréhension mutuelle. « Nous sommes deux peuples confrontés à la souffrance, à la violence, rejetés de partout, pourquoi ce sort commun ne pourrait-il nous rendre solidaires en dépit des différences idéologiques ? »
Il ne renonce pas à la création d’un Etat palestinien à côté de l’Etat israélien, mais il ne voit que le rétablissement de la confiance mutuelle pour avancer vers une solution négociée. A terme, pourquoi ne pas envisager deux Etats entretenant des accords et des liens suffisants pour accueillir sur leurs terres des résidents de l’autre Etat, des colons israéliens en Palestine, des Palestiniens en Israël, des passages faciles entre les deux Etats ?

En faisant ces projets, Ali Awwad prend sans doute acte de la situation : plus de 600 000 Israéliens ont afflué en terre palestinienne, pour des raisons religieuses, politiques ou simplement économiques; le gouvernement d’Israël n’a ni la volonté ni le pouvoir politique de les faire partir. De son côté, l’autorité palestinienne n’a pas les moyens politiques ni militaires d’imposer son projet d’Etat à Israël.
Il faut
donc chercher d’autres voies pour aboutir et l‘organisation Roots n’a pas été fondée par des rêveurs déconnectés de la réalité :  Roots organise, dans les territoires occupés, des groupes de dialogue au moins une fois par semaine entre les membres des communautés locales, habitants palestiniens et colons israéliens ; les désaccords sur les faits du passé et la réalité du présent sont nombreux mais le dialogue ouvre un espace pour la compréhension mutuelle et la recherche de solutions.

Un militant israélien de Roots a raconté dans quelle condition il avait rejoint cette organisation : parti de France en 1995 plein de rêves et d’espoir pour vivre en Israël, pays « juif et démocratique », son enthousiasme s’était éteint quelques semaines plus tard avec l’assassinat d’Yitzhak Rabin. Pour qu’Israël reste un pays démocratique, il a rejoint Roots. Il a cité cette parole du Rabbi Froman de Tekoa «  la terre d’Israël n’appartient pas à notre peuple, c’est notre peuple qui appartient à cette terre, et d’autres peuples lui appartiennent aussi ».

La recherche désespérée d’une solution de paix amène des hommes de bonne volonté, palestiniens et israéliens, à explorer toutes les voies possibles, celles du dialogue pour Roots, ou la mise en jeu de leur propre vie comme le font depuis quelques jours plus de mille prisonniers palestiniens en grève de la faim**.
Israël se montrerait lucide en écoutant ces mouvements pacifiques…

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*Tekoa est une colonie israélienne en Cisjordanie, implantée à une vingtaine de km d’Hébron.

**cf Le Monde, 17-04-17 « En Israël, des détenus Palestiniens commencent une grève de la faim collective

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