Les élections en Israël du 27 octobre 2026

Les élections du 27 octobre* sont le premier vote des Israéliens depuis les massacres du 7 octobre 2023 et la guerre menée depuis à Gaza. La participation a été très importante, gonflée par de nombreux électeurs résidant à l’étranger venus spécialement pour le vote (on ne peut voter à distance) : rappelons qu’1 électeur sur 9 réside à l’étranger). 78% des Israéliens juifs et 80% des Israéliens arabes se sont déplacés. Des électeurs et des politiques ont parlé de « vote existentiel pour l’Etat ».

Dans un bureau de vote à Jérusalem le 27 octobre

Les résultats :

Likoud  (Netanyaou, droite)  27 sièges

Yashar* (Eisenkot, droite)  21

Ensemble (Lapid pour le centre, 5 et Benett pour la droite, 7 )= 12

Liste arabe unifiée (Jabareen, Tibi, gauche laïque)  11

Démocrates ( Golan, Travaillistes et Meretz, gauche laïque)  8

Israël Beytenou* (Lieberman, droite laïque et nationaliste)  7

Liste arabe unie (Abbas, conservateurs et religieux)  8

Otzma Yehudit* (Ben Gvir, extrême droite religieuse et nationaliste)  7

Judaïsme unifié de la Torah  (ultra-orthodoxes ashkénazes) 7

Shas (ultra-orthodoxes séfarades)  6

Parti sioniste religieux + Zehout* (Smotritch, extrême droite religieuse et nationaliste)  6   

Bureau de vote dans le quartier orthodoxe de Bnei Brak au nord de Tel-Aviv

Cinq autres partis se présentaient (dont Les Réservistes) mais aucun n’a pu être représenté (moins de 3,25% des voix).

De toute évidence c’est une assemblée très marquée à droite et à l’extrême droite (88 sièges sur 120) et très religieuse : 4 partis se définissent ainsi et totalisent 26 sièges.
Les deux partis arabes ont progressé et obtiennent 19 sièges, se posant peut-être en

Arabes israéliens votant à Tayibé (centre)

arbitres. L’alliance pro-Netanyaou totalise 53 sièges (en recul de 11 sièges) mais le Likoud reste  nettement le premier parti. L’alliance pro-Eisenkot totalise seulement 48 sièges. Le seul moyen d’arriver en tête serait de s’unir aux deux listes arabes mais Eisenkot y a toujours été opposé contrairement aux Démocrates qui lui sont alliés.

 

A ce jour, aucune coalition majoritaire ne se dégage. Les partis doivent présenter un gouvernement plausible le 11 novembre.

Les résultats de ces élections sont très décevants et ne nous aident pas à espérer un changement radical de politique en ce qui concerne des solutions pour les Israéliens progressistes et la situation des Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie. Comment peut-on expliquer que Netanyaou et son parti ne soient pas totalement désavoués par les électeurs? Que nous disent ces résultats de la société israélienne?

Place des otages à Tel-Aviv le 24 octobre 2026

La campagne sur fond de guerre non terminée à Gaza et au sud Liban et peut-être en passe de reprendre en Iran, a été comme dans de nombreux pays (USA, France etc.) marquée par une grande violence verbale faite d’insultes et de menaces du côté du Premier ministre et de ses partisans, installant une atmosphère victimaire et quelque peu paranoïaque :

-Contre les Arabes israéliens accusés de « voler les élections » (des méthodes d’intimidation dans les bureaux de vote des villes arabes sont documentées).

-Contre les laïques qui auraient « oublié d’être juifs ».

-Contre les électeurs de gauche traités de « gauchistes et de traîtres » souvent assimilés aux « élites ashkénazes du pays » (en opposition aux Mizrahim*).

-Contre la diaspora accusée de tous les maux

Les discours populistes ont été émaillés d’incidents graves en Cisjordanie de la part des colons galvanisés par les discours racistes des ministres Ben Gvir et Smotritch et en retour de représailles palestiniennes (assassinat de deux soldats israéliens à un checkpoint près de Hébron le 23 octobre).

Les élections interviennent dans un climat très particulier. D’une part de nombreux Israéliens, même s’ils sont minoritaires, sont fatigués de s’être mobilisés depuis 2022 par d’amples manifestations contre les attaques anti-démocratiques des deux derniers gouvernements de Netanyaou (projet sur la Justice seulement suspendu, loi de l’Etat-nation de 2018*, séparation des sexes dans certaines universités sous la pression des religieux, votée en juillet 2026, attaques récurrentes contre les juges de la Cour Suprême et  peine de mort pour les seuls terroristes palestiniens votée en mats 2026).

D’autre part depuis les massacres du 7 octobre 2023 la société se retrouve traumatisée, figée, sidérée. et en état de guerre quasi permanente. Mais le fait est, elle a voté massivement à droite et à l’extrême droite, les religieux messianiques progressant inexorablement. Sur la question palestinienne (Gaza, Cisjordanie), aucun candidat ne propose de plan. Netanyaou, Eisenkot, Benett s’opposent de la même façon à la création d’un état palestinien et ne disent rien sur l’avenir de Gaza. La gauche de Yaïr Golan (Démocrates) et Eisenkot souhaitent mettre fin à l’extension de la colonisation en Cisjordanie. Les Démocrates désirent intégrer les listes arabes dans la coalition, amener plus d’égalité entre les citoyens juifs et arabes mais ne soumettent eux non plus aucun plan concret sur une solution de paix pour Gaza. La question palestinienne est comme fantôme, taboue. Toute la campagne a tourné autour de la personne de Netanyaou, de ses escroqueries et de la commission d’enquête sur le 7 octobre qu’il a refusée, principal point d’opposition avec Eisenkot. On assiste à un curieux et tragique paradoxe : les Israéliens n’ont pas rejeté en bloc un homme qui ne les a pas

Manifestants pro-Netanyaou

protégés, qui les a installés dans une guerre permanente pour ne pas être jugé, qui a méprisé la question des otages (autrefois si précieux), qui a  même envoyé la police contre les familles qui les réclamaient, qui a menti effrontément en rejetant les failles de sécurité sur toutes les institutions de surveillance (Shin Bet, Mossad, Police, armée et même sur les « observatrices « de la frontière de Gaza, les premières à être tuées par le Hamas). Eisenkot avait annoncé la couleur morale en nommant son parti « Yashar », c’est-à-dire « droit, intégrité ». Il se différencie de Netanyaou sur la politique intérieure : il souhaite supprimer la loi d’Etat-nation de 2018 et rétablir un Etat juif et démocratique. Il veut obliger les religieux à faire l’armée. Et dénonce fermement les milices de colons  qui agissent dans les Territoires occupés qu’il qualifie de « terroristes juifs ». Revendiquant une attitude intègre, il veut ouvrir une commission d’enquête sur le 7 octobre et faire juger Netanyaou. C’est un pragmatique qui veut ramener la cohésion sociale au nom de l’identité de l’Etat. Sur la politique étrangère, il a toujours été favorable à des guerres contre les ennemis (Hamas, Hezbollah, Iran), mais des guerres courtes aboutissant à des plans de paix.  Nous verrons dans les prochains jours ce qu’il fera avec les listes arabes ou si l’on s’achemine vers un gouvernement d’union nationale avec alternance Eisenkot/Netanyaou. Ce que redoute l’opposition et voudrait éviter le Président Herzog.

Comme le dit Elie Barnavi* : « On est la seule démocratie du Proche et Moyen Orient. Mais cette démocratie est en danger de mort ». La place d’Israël à l’international n’a jamais été aussi fragile, le succès des Démocrates aux élections des midterms menace de plus en plus le soutien  financier et militaire des Américains, y compris des Républicains. Trump sur Foxnews a déclaré il y a quelques jours vouloir arrêter l’aide  aux Israéliens, à la fin de l’année, bien avant l’expiration de l’accord fixé à 2028, pensant peut-être à juste titre que c’est l’une des causes de son échec aux élections de mi-mandat (surtout l’intervention conjointe en Iran).

Depuis ma place de Française juive appartenant à la diaspora, suis-je condamnée, dans une totale impuissance, à voir ce pays auquel j’ai pu être attachée et que j’ai pu considérer comme un refuge possible, se transformer en une théocratie totalitaire?

Je vous conseille le documentaire  de Lucas Menget : Israël, une démocratie en péril sur France 5 (en replay)

PS : au moment de boucler cet article on apprend qu’Eisenkot a de grandes chances d’être choisi comme Premier Ministre. Le début d’un espoir?

 

SOURCES

Revue K : n° 295 , Elections en Israël, 15 textes pour comprendre

Différents articles du journal Le Monde des 22, 23, 25, 27, 29, 30, 31 octobre et 1er novembre 2026

Différents articles Wikipedia

 

NOTES

Le système politique israélien est hérité des modèles britannique et ottoman. Il repose sur une proportionnelle intégrale. Pour élire tous les quatre ans les 120 membres de la Knesset  (le parlement), on vote en  un seul tour  et avec un choix unique pour un parti. Il n’existe qu’une circonscription, et il faut un minimum de 3,25% des voix à un parti pour être élu. 61 députés sont requis  pour obtenir la majorité et former un gouvernement. En général aucun parti n’arrive à une majorité et commence le temps des tractations en vue de coalitions. Ce moment peut durer plusieurs semaines et si aucune majorité ne se dégage on revote. Quand une coalition devient majoritaire le Président de l’Etat (en ce moment Isaac Herzog) autorise la formation d’un gouvernement formé d’un Premier Ministre et de ministres, responsables devant le Parlement. Rappelons aussi qu’Israël n’a pas de Constitution et que les gouvernements s’appuient sur les Lois Fondamentales fondées par étapes depuis 1958. (Lois sur l’organisation des partis et des élections, le service militaire, la vie sociale, depuis 1992 sur les libertés et la dignité). Seule la Cour Suprême* peut contrecarrer des projets de lois de l’exécutif. Le contrôle opéré par la Cour Suprême est implicite et ne repose pas sur une loi, ce qui lui confère une certaine fragilité.

Cour Suprême : au sommet du système judiciaire. Elle se compose de 15 membres nommés par le Président sur proposition d’un comité de juges indépendants. Elle siège à Jérusalem dans un bâtiment relié à la Knesset. Elle est à la fois cour d’appel au pénal et au civil et Haute Cour de justice où elle contrôle les décisions des gouvernements et la conformité des lois projetées aux Lois fondamentales. Elle s’est déclarée incompétente en ce qui concerne le conflit israélo-palestinien.

Partis : Yashar (droit, intégrité), Israël Beytenou (Israël, notre maison), Zehout (identité).

Mizrahim : au départ communautés juives arabes, perses, d’Asie centrale immigrées en Israël surtout après 1948, auxquelles on rajoute les immigrés d’Afrique du Nord (appelés Séfarades). Agrègent tous ceux qui ne sont pas ashkénazes.

Elie Barnavi : né en 1946, historien et ancien ambassadeur en France. Appartient au mouvement La Paix maintenant, partisan de la solution à deux Etats.

 

 

 

 

 

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