Bethléem

Rédigé par Reine.

Bethléem
(film de Yuval Adler)

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Co-écrit par un Israélien et un Palestinien et réalisé en 2013, c’est le premier long métrage de Yuval Adler et de son coscénariste Ali Waked, journaliste à Al Arabiya.
La préparation du film a duré quatre ans (2006-2010) et a permis de collecter de nombreuses informations sur les parties qui s’affrontent, auprès des services de renseignement israéliens, de militants du Hamas et des Brigades d’Al-Aqsa, de chefs de cabinet de ministres palestiniens également présents dans le film.

Résumé

Sanfur, 17 ans, jeune Palestinien de Bethléem, vit dans l’ombre de son frère Ibrahim, un chef des Brigades d’Al-Aqsa prêt à commettre un attentat à Jérusalem. Razi, un agent des services secrets israéliens, a entamé depuis deux ans une relation « de confiance » avec Sanfur afin d’obtenir des renseignements sur Ibrahim. Sanfur, qui manque d’estime paternelle, est pris dans un conflit intérieur entre Razi, son père de substitution, qui le manipule, et la loyauté à son frère dont il admire la cause.
De la même façon Razi est déchiré entre son devoir d’agent secret israélien et la tendresse qu’il ressent pour cet adolescent en révolte. En raison de ses maladresses Sanfur, bien qu’aidant en secret son frère, se fait repérer comme collaborateur de l’Etat israélien par des membres des Brigades Al-Aqsa : pour cela, il devra « payer ».
Quant à Razi son ambivalence le dessert auprès de ses supérieurs et le conduit à commettre de graves imprudences. Je ne dévoilerai ni les péripéties ni la fin pour en laisser la surprise aux futurs spectateurs.

Rencontre

A la suite de cette avant-première, une rencontre est organisée entre le cinéaste israélien Yuval Adler, son scénariste palestinien Ali Waked, le journaliste, ancien otage en Irak, Georges Malbrunot et les spectateurs.

Une fiction réaliste

Cette fiction, largement inspirée par la réalité du terrain, cherche à donner une vision la plus objective possible du conflit, puisqu’il alterne en permanence le regard de Razi et celui de Sanfur. L’action se situe en 2005 au moment où le chef de l’Autorité palestinienne qui veut parvenir à un cessez-le-feu avec Israël est contrecarré par les Brigades d’Al-Aqsa, elles-mêmes infiltrées par le Hamas. La relation entre Razi et Sanfur nous semble peut-être utopique mais elle reflète bien la complexité du conflit : l’agent s’attache à son informateur en même temps qu’il le manipule en jouant sur sa fêlure intérieure, ici l’absence d’amour du père. Et en miroir l’informateur aussi ; tous deux sont devenus pour l’autre un agent double.
Au cours de la rencontre d’autres aspects du film sont évoqués. Par exemple, dans la scène de la morgue, le Hamas est vu volontairement de manière négative car il s’infiltre en Palestine et empêche les négociations de paix.
Le personnage de Baldawi, un des chefs des Brigades d’Al-Aqsa, est méprisé en raison de son origine bédouine. Pour Ali Waked, ce mépris reflète la réalité : selon lui la société palestinienne est très hiérarchisée en fonction des dates d’arrivée dans le pays : les plus influents sont ceux qui résidaient avant 1948, puis les réfugiés de 1948, puis ceux de 1967. Les Bédouins sont considérés comme des citoyens de seconde zone.

Autre particularité Deux des personnages principaux, Razi et Baldawi, sont joués (et très bien) par des amateurs: l’acteur qui joue Razi est en fait chanteur-compositeur et a fait son service militaire dans les Territoires dans une unité d’élite. Celui qui joue Baldawi a couvert la seconde Intifada comme cameraman pour le journal El Arabiya. Tous les deux se sont servis de leur expérience personnelle pour interpréter leur rôle.
Ce film, parlé en hébreu et en arabe, a été largement vu en Israël et à Jérusalem-Est. Il est en voie de traduction en arabe pour être programmé en Palestine. Il a reçu 6 prix en Israël (dont celui de Meilleur Film) en 2013 et la même année le Prix de la Quinzaine des réalisateurs à la Mostra de Venise.
En présentant le plus objectivement possible tous les acteurs du conflit, en humanisant au plus près ces liens complexes, le film émeut et peut permettre au spectateur de fonder son propre jugement. Je vous le conseille.

Note

  • Bethléem est un film de Yuval Adler (sortie en salles le 19 février 2014).
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